©Emma Le Doyen

🤝 Hubert Blanc-Francard (Cassius) : “J’avais envie de dire la vérité”

Deux ans après la fin trag­ique de Cas­sius, c’est avec un livre qu’Hubert Blanc-Francard effectue son retour. Une auto­bi­ogra­phie sincère et élé­gante qui dévoile sans fausse pudeur les couliss­es de la créa­tion et les aléas du succès.

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Il y a une chose qu’on rĂ©alise vite Ă  la lec­ture des auto­bi­ogra­phies de musi­ciens ou en croisant frĂ©quem­ment leur chemin, rares sont ceux capa­bles de met­tre leur ego de cĂ´tĂ© pour Ă©vo­quer leur par­cours avec une vĂ©ri­ta­ble hon­nĂŞtetĂ© intel­lectuelle. Tous Ă©vo­quent leurs doutes, les hauts, les bas, les alĂ©as, sou­vent douloureux, de la crĂ©a­tion, mais peu sont capa­bles de faire un pas de cĂ´tĂ© pour se livr­er en toute humil­itĂ©. Ă€ l’approche de la cinquan­taine, Hubert Blanc-Francard, plus con­nu sous le pseu­do­nyme de Boom­bass, a ressen­ti le besoin de s’attaquer Ă  ce dif­fi­cile exer­ci­ce dans un livre qui lui a demandĂ© « un tra­vail fou » et dans lequel il ne cherche jamais Ă  se don­ner le beau rĂ´le. « J’avais envie de dire la vĂ©ritĂ© », explique aujourd’hui cette fig­ure de la french touch et moitiĂ© du duo Cas­sius avec son com­parse Philippe Zdar, trag­ique­ment dĂ©cĂ©dĂ© en 2019. C’est l’une des grandes qual­itĂ©s de ces pages, vives et fortes, qui ressem­blent plus Ă  un Ĺ“uvre lit­tĂ©raire qu’à une biogra­phie d’artiste tra­di­tion­nelle. Com­mencĂ©, et mĂŞme qua­si­ment achevĂ© avant l’accident qui coû­ta la vie Ă  son cama­rade et mit fin Ă  Cas­sius après cinq albums, Boom­bass, une his­toire de la french touch racon­te avec humour et ten­dresse le chem­ine­ment intime de cet enfant de la balle, fils d’un des plus grands ingĂ©nieurs du son et pro­duc­teurs français (Dominique Blanc-Francard), neveu d’une fig­ure du jour­nal­iste musi­cal (Patrice Blanc-Francard) et frère d’un chanteur pop­u­laire (Math­ieu Blanc-Francard alias Sin­clair). ÉlevĂ© dans les stu­dios au cĂ´tĂ© des musi­ciens dont son père enreg­is­trait les albums, Gains­bourg notam­ment, Boom­bass a « très tĂ´t Ă©tĂ© fusion­nel avec la musique ». Après s’être rĂŞvĂ© bat­teur vien­dront la dĂ©cou­verte du hip-hop et du sam­pling et la ren­con­tre essen­tielle avec Philippe Zdar dans les couloirs du stu­dio Plus XXX Ă  Paris. Une ami­tiĂ© scel­lĂ©e Ă  jamais les fess­es sur la pho­to­copieuse du stu­dio, comme il le racon­te. Il y aura l’euphorie du tra­vail sur les pre­miers albums Ă  suc­cès du rappeur MC Solaar (le pre­mier, Qui sème le vent rĂ©colte le tem­po, vient d’être rĂ©Ă©ditĂ©, et le suiv­ant, Prose com­bat, va l’être sous peu) avec Zdar et Jim­my Jay, la dĂ©cou­verte de la house, des raves et les pre­miers titres de La Funk Mob – eux aus­si rĂ©Ă©ditĂ©s –, qui devien­dra Cas­sius. Des suc­cès et des Ă©checs qu’Hubert BlancFran­card racon­te d’une très plume. 

Qu’est-ce qui t’a poussé à écrire ce livre ?

Je soupçonne que j’avais ce pro­jet en moi depuis très longtemps. Il a lente­ment mûri. Depuis l’enfance, j’ai envie de racon­ter des his­toires. J’ai beau­coup lu, mais la musique a pris le dessus. J’ai tou­jours acheté des cahiers que je trim­bal­lais sans les noir­cir, écrire me parais­sait un Ever­est inac­ces­si­ble. Et puis en 2017, j’ai arrêté de fumer et un médecin m’a dit « il est temps de vous atta­quer à quelque chose de très per­son­nel et de très ambitieux ». Un déclic.

 

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Tu as lu beau­coup d’autobiographies de musi­ciens avant d’écrire ce livre ?

J’en ai tou­jours lu. Celles des édi­tions Allia notam­ment, sur l’histoire du funk par exem­ple, même si cela m’a presque blo­qué. D’autant qu’au départ je ne voulais pas écrire une auto­bi­ogra­phie, mais un livre sur la musique. Mais je me dis­ais que, n’étant pas jour­nal­iste, je n’y arriverais jamais. Je ne fais jamais les choses sim­ple­ment, je suis du genre à lire Proust avant de pren­dre un sty­lo. Ça n’aide pas. Ce n’est qu’en 2018, après quelques ten­ta­tives laborieuses, que j’ai soudain com­pris que ce que je devais racon­ter était le chem­ine­ment qui m’a amené à la musique. À la même époque, j’avais eu le pressen­ti­ment d’une cat­a­stro­phe, que j’imaginais finan­cière. J’ai ven­du tous mes syn­thé­tiseurs de col­lec­tion pour me don­ner un peu d’aisance et j’ai con­sacré tout mon temps à l’écriture. Écrire, relire, cor­riger, couper et écrire à nou­veau est devenu une obses­sion, huit à neuf heures par jour. Même lors de l’enregistrement de Dreems (le dernier album de Cas­sius, NDR), qui s’est fait très rapi­de­ment, j’ai con­tin­ué à écrire. Je me demande si je revivrai jamais une transe pareille.

“J’ai mis beau­coup de temps à arriv­er à écrire sur Cassius.”

Tu as mis du temps à trou­ver l’architecture du livre ?

Je me suis longtemps posĂ© la ques­tion de la fin. Je ne savais oĂą et com­ment ter­min­er. Puisque je racon­tais mon chem­ine­ment, il m’est longtemps paru nor­mal de stop­per le livre au moment de l’enregistrement du pre­mier album de Cas­sius. Mais tous mes pre­miers lecteurs me dis­aient « tu t’arrĂŞtes au milieu du chemin». J’ai mis beau­coup de temps Ă  arriv­er Ă  Ă©crire sur Cassius. 

En défini­tive, dix ans de ta vie musi­cale occu­pent les trois quarts du livre et les vingt derniers à peine un quart…

J’ai essayĂ© de repro­duire le sen­ti­ment d’accĂ©lĂ©ration que j’ai ressen­ti Ă  la mort de Philippe. Après un pre­mier cap de douleur, mon cerveau a Ă©tĂ© envahi par un incon­trĂ´lable afflux de pen­sĂ©es dĂ©sar­tic­ulĂ©es. Comme un effet de « fast foward » fou. Je pen­sais que le livre Ă©tait ter­minĂ© au moment de la mort de Philippe. Cela n’a pas Ă©tĂ© sim­ple, mais j’ai repris le man­u­scrit, pour le retailler et y faire des ajouts, mod­i­fi­ant Ă  nou­veau le rythme. J’ai beau­coup enlevĂ©, mais tou­jours au prof­it du rythme du livre. Je voulais qu’il avance vite. Le plus dif­fi­cile a Ă©tĂ© de ter­min­er d’écrire en pĂ©ri­ode de deuil. 

Le sous-titre du livre est Une his­toire de la french touch, mais en rĂ©al­itĂ© c’est plutĂ´t «une vie au cĹ“ur de la french touch». Ton pro­jet n’est jamais de racon­ter la french touch, c’est un texte bien plus intime. 

Comme je le fais quand je com­pose de la musique, je me suis mis en per­ma­nence dans la peau du lecteur. Je ne voulais pas l’ennuyer. Je me dis­ais : si c’est un musi­cien qui racon­te, on a envie de savoir ce qui se passe Ă  l’intĂ©rieur de sa tĂŞte. 

D’ailleurs, tu ne te donnes pas tou­jours le beau rôle.

C’est une ques­tion de per­son­nal­itĂ©. J’ai beau­coup de mal avec les gens qui se met­tent con­stam­ment en valeur, sans recul. Ce n’est pas ça la vie. J’ai fait plein de con­ner­ies, Philippe aus­si, et on en a fait ensem­ble. On apprend de ses erreurs. En rĂ©al­itĂ©, ce sont leurs faib­less­es qui ren­dent les gens attachants. Si c’est pour lire que tout est gĂ©nial, autant rester sur Insta­gram. Dans ce livre, j’avais surtout envie de dire la vĂ©ritĂ©. 

Est-ce qu’il t’est arrivĂ© de t’autocensurer ? Comment fait-on le por­trait de gens vivants et connus ? 

Écrire sur mes aven­tures avec mes potes Ă  l’adolescence n’était pas dif­fi­cile. En revanche, arrivĂ© Ă  l’âge adulte, quand j’ai dĂ» par­ler de gens que j’ai ren­con­trĂ©s dans l’univers de la musique, Phar­rell, Solaar ou les Daft Punk, cela a Ă©tĂ© bien plus com­pliquĂ©. Il faut faire atten­tion Ă  ce qu’on dit tout en trou­vant le moyen de dire ce que l’on pense. Les Ă©crits restent, con­traire­ment aux con­ver­sa­tions de fin de soirĂ©es entre potes durant lesquelles je suis le pre­mier Ă  aimer tailler des costards. C’est très sim­ple de dire du mal, mais plus com­pliquĂ© de faire un por­trait juste de quelqu’un. Cela a Ă©tĂ© la plus grande dif­fi­cultĂ© de ce livre. Tout comme l’écriture des scènes dia­loguĂ©es. Incar­n­er une per­son­ne par les mots qu’il emploie n’a rien de sim­ple. Tu dĂ©voiles l’envers du dĂ©cor, notam­ment durant les annĂ©es Cassius. 

On com­prend que la sor­tie de votre deux­ième album, Au rĂŞve, en 2002, a Ă©tĂ© par­ti­c­ulière­ment dif­fi­cile. Com­ment avez-vous survĂ©cu Ă  la vio­lence du rejet dont a souf­fert ce disque ? 

Ça a été très chaud et cela a été com­pliqué de le faire com­pren­dre dans le texte, d’autant que ce n’est que mon point de vue, je n’en ai jamais réelle­ment par­lé avec Philippe. D’ailleurs, nous avons dû faire une pause après cet album. Cas­sius aurait pu s’arrêter là. Il faut recon­naître qu’il est sur­pro­duit. On y a passé trop de temps. Au rêve est si riche qu’il est indi­geste. Sor­tant d’un suc­cès comme celui qu’on a con­nu avec 1999 (sor­ti en… 1999, ndr), nous avions per­du tout recul. Je crois qu’on avait pris la grosse tête. Et puis ce disque était trop dif­férent du pre­mier. Il est sor­ti à un moment où la musique avait changé, la french touch avait été bal­ayée par l’arrivée de The Strokes. Un groupe nor­mal aurait sor­ti rapi­de­ment après 1999 un disque très sim­i­laire, plutôt que de pass­er comme nous des mois en stu­dio pour pro­duire un album qui n’avait rien à voir avec le précé­dent. Voilà un con­seil que je donne à tout musi­cien qui com­mence à avoir du suc­cès, rien ne sert de chang­er trop abrupte­ment de cos­tume. La seule chose qui aurait pu sauver Au rêve, c’est un énorme tube, comme sur les albums des Daft Punk qui n’ont jamais eu à se préoc­cu­per du con­texte, mais il n’y avait pas de tube sur ce disque. Cette expéri­ence a été une bonne leçon. Il faut par­fois pren­dre de gross­es tartes.

“Cas­sius Ă©tait la ver­sion italo-corse-espagnole des Daft Punk.”

Un autre moment dif­fi­cile a été la tournée Ibi­for­nia, durant laque­lle vous ne par­venez jamais à maîtris­er l’énorme machiner­ie qui a été con­stru­ite pour le live.

Le point com­mun avec la péri­ode Au rêve, c’est la méga­lo­manie. Cha­cun de nous lais­sait l’autre faire et Philippe et moi nous enfermi­ons dans notre délire. Cette machine incroy­able qui a été con­stru­ite pour la tournée d’Ibifornia était bien trop com­plexe, mais le pire c’est qu’on y allait à recu­lons. On n’avait pas vrai­ment envie de l’utiliser. Dans ces cas-là, tu fais per­dre du temps et de l’argent a tout le monde. Ibi­for­nia, c’est l’album du trop-plein de tout, le disque est encore une fois trop chargé, on a touché trop d’argent en avance et l’infrastructure du live était déli­rante. Notre man­ag­er, Sébastien Far­ran (qui fut égale­ment le dernier man­ag­er de John­ny Hal­ly­day, ndr) est un excel­lent négo­ci­a­teur. Il avait réus­si à ven­dre Ibi­for­nia aux Améri­cains sur la lancée du suc­cès de Ran­dom Access Mem­o­ries des Daft Punk. Les mecs se sont dit: « Cool, on a la suite. » D’ailleurs, toute la car­rière de Cas­sius est à met­tre en par­al­lèle avec celle des Daft Punk, comme nous étions amis et qu’on évolu­ait dans les mêmes sphères, les labels imag­i­naient tou­jours qu’on allait car­ton­ner comme eux, mais à chaque fois, on a raté le train. Cas­sius était la ver­sion italo-corse-espagnole des Daft Punk, jamais à l’heure au rendez-vous.

Après l’échec d’Ibifornia, vous aviez envoyé des pots de con­fi­tures à quelques jour­nal­istes en annonçant que vous alliez vous recon­ver­tir dans l’épicerie. Cet humour sur vous-même a tou­jours ren­du Cas­sius attachant.

MĂŞme s’il nous est arrivĂ© de pĂ©ter les plombs, nous Ă©tions par­faite­ment syn­chros avec Philippe sur l’autodĂ©rision. Cela ne sert Ă  rien d’avoir une grande gueule. Si tu es moins fort, il faut savoir le reconnaĂ®tre. 

Finale­ment, le moment où tu sem­bles le plus heureux musi­cale­ment, c’est la péri­ode de tes débuts et l’enregistrement des pre­miers albums de MC Solaar.

Heureux, je ne sais pas, c’était il y a trente ans et on a tou­jours ten­dance à embel­lir les sou­venirs, mais c’était une péri­ode d’innocence et de fraîcheur incroy­able. Le genre de moments mag­iques après lesquels on court ensuite toute une vie. Celui où les portes s’ouvrent.

La décou­verte du sam­pling sem­ble avoir été déter­mi­nante dans ta vie musi­cale.

Il faut se méfi­er de cet out­il, les gens te dis­ent que ton morceau est génial, mais en fait ils n’écoutent que le sam­ple. (rires) Tu as tout de suite un bon son, mais ce principe de recy­clage ne peut pas dur­er éter­nelle­ment. Ce qu’on a beau­coup fait ensuite avec Philippe, c’est de par­tir d’un sam­ple qui dis­paraît ensuite. Mais sans le sam­pling, j’aurais peut-être beau­coup plus galéré à faire de la musique.

“Notre ren­con­tre était par­faite, Philippe pou­vait faire des choses qui m’étaient impos­si­bles et inversement.”

Tu racon­tes avec une grande fran­chise ta rela­tion avec Philippe Zdar. Vous étiez comme deux frères dont les per­son­nal­ités se com­plè­tent, mais la dimen­sion extrême­ment solaire de Philippe n’avaitelle pas quelque chose d’écrasant ?

(Il cherche ses mots, com­mence plusieurs phras­es qu’il arrête au vol…) Oui… C’est comme un cou­ple, il faut trou­ver sa place… Cha­cun a son rôle. Cela peut être épuisant. Notre ren­con­tre était par­faite, Philippe pou­vait faire des choses qui m’étaient impos­si­bles et inverse­ment. C’est très bien jusqu’à un cer­tain point… Il faut recon­naître qu’on n’était pas sim­ples ni l’un ni l’autre.

En 2005, il est fait cheva­lier des Arts et Let­tres, mais pas toi, tu avais refusé ?

Non et je n’ai pas com­pris ce qui s’est passé. Je ne suis pas doué pour ça, je n’ai aucun diplôme. (rires) J’étais heureux pour Philippe. J’ai assisté à la remise de sa médaille, avec le min­istre de l’époque, Renaud Donnedieu de Vabres, qui a fait des tonnes d’erreurs durant son dis­cours. C’était telle­ment pathé­tique que je me suis dit que ce n’était pas très grave de ne pas l’avoir eue aus­si, mais quand même… Philippe a pris la médaille. On ne s’est pas fâché, mais je lui ai dit «on est cen­sé être un groupe ». Cette médaille, j’aurais adoré qu’on me la pro­pose pour que je la refuse. (rires)

Toi qui as con­nu la vie de stu­dio à tra­vers ton père, pourquoi n’as-tu pas voulu repren­dre celui de Philippe ?

Avoir un stu­dio ne m’a jamais intĂ©ressĂ©. C’est un lieu super, un for­mi­da­ble out­il, mais c’est comme les avions, avant d’arriver quelque part, le voy­age est inter­minable. Je suis passĂ© au dig­i­tal depuis longtemps. Le principe d’un stu­dio analogique comme Motor­bass est en dĂ©calage avec ma vision de la moder­nitĂ©. C’est un out­il du passĂ©. Quand tu as une idĂ©e, il y a telle­ment de trucs Ă  branch­er que tu as dix fois le temps de l’oublier. J’ai passĂ© au moins 20% de ma vie dans un stu­dio, mais aujourd’hui je n’en peux plus, mĂŞme avec Bey­on­cĂ© je n’y vais pas. Cela ne m’empĂŞche pas de faire de la musique. 

C’est drôle, une fois le livre achevé, tu as enreg­istré des morceaux avec des voix. Dans ta musique main­tenant aus­si, il y a des mots ?

C’était liĂ© Ă  tout ce tra­vail sur le livre, mais je ne sais pas si je suis capa­ble de chanter Ă  nou­veau des mots en français. J’ai la matière pour un album, mais je ne sais pas ce que je vais en faire. En ce moment, je tra­verse un grand « je ne sais pas ». (rires) Mais j’ai envie de pro­duire une musique que je ne fai­sais pas avant.

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