Crédit Photo : Gabrielle Kanner

Kasi Royalty” ou la royauté selon Batuk

Arti­cle extrait de Tsu­gi 112, disponible en kiosque et à la com­mande sur notre bou­tique en ligne, juste ici

Après le panafrican­isme de leur pre­mier album, le pro­duc­teur Spoek Math­am­bo et la chanteuse Man­teiga présentent Kasi Roy­al­ty, cen­tré cette fois sur l’Afrique du Sud, entre house et musiques tra­di­tion­nelles.

Bien­v­enue dans le roy­aume de Batuk. Derrière ce terme qui désigne aus­si bien un tam­bour qu’une danse, se cache désormais un duo (le troisième com­plice Aero Manye­lo ayant lâché l’affaire) formé par la chanteuse Man­teiga et le pro­duc­teur Spoek Math­am­bo. Le groupe débarque en 2016 avec Musi­ca Da Ter­ra, un pre­mier album pensé de manière col­lec­tive. Batuk réunit alors des musi­ciens issus de tout le con­ti­nent africain pour une ambi­tion affichée: utilis­er la musique pour dépasser les frontières et créer une réelle iden­tité panafricaine. “Nous pen­sions que le rythme pou­vait être un bon lien entre des lieux différents.” Aujourd’hui, Spoek et Man­teiga sont de retour avec un nou­v­el album, Kasi Roy­al­ty, qui prend pour décor les town­ships (“kasi” en argot) de Johan­nes­burg où ils ont gran­di. “Nous avons passé telle­ment de temps en tournée que lorsque nous sommes rentrés chez nous, nous voulions faire un disque qui nous rap­pelle la mai­son. C’est un album très sud-africain”, explique Spoek Math­am­bo.

Se mélangent alors musiques tra­di­tion­nelles, jazz de Sowe­to des années 40 et bien évidemment des rythmes piochés dans le kwaito, ce dérivé sud-africain de la house music né dans les town­ships au moment de l’élection de Man­dela. “Quand la house et le kwaito sont arrivés dans les années 90, il y avait une explo­sion des libertés. La house est dev­enue la musique qui a accom­pa­gné cette libération.” Cette union entre house music et con­texte poli­tique se retrou­ve encore aujourd’hui chez Batuk, qui n’hésite pas à alli­er rythmes dansants et mes­sages reven­di­cat­ifs. “Il y a une cita­tion célèbre qui dit que pour faire une déclaration mar­quante, il faut que le pub­lic soit physique­ment impliqué. Quand des per­son­nes dansent ensem­ble, il y a une énergie très forte qui les unit.” Avec un titre comme “Just Breathe”, Kasi Roy­al­ty prend notam­ment une dimen­sion féministe. “Il est temps pour les femmes, et tout spécialement les femmes noires, de par­ler et de défendre leurs idées”, lance Man­teiga. Batuk délivre surtout des textes qui appel­lent tous les indi­vidus à relever la tête. “Ce n’est pas qu’un mes­sage féministe. C’est un mes­sage philosophique et spir­ituel. Don­ner le pou­voir au peu­ple. C’est tout l’esprit du disque: être fort, libre et bien dans sa peau”, précise Spoek Math­am­bo. Voici donc la roy­auté selon Batuk. Une monar­chie où par la musique et par la danse, cha­cun devient roi… Ou reine.

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