La Bouse du mois: Déja Vu de Giorgio Moroder

Chronique extraite de notre mag­a­zine numéro 84, actuelle­ment en kiosque

Le pape de la dis­co frenchy Cer­rone aime déclar­er que son vieux con­cur­rent Gior­gio Moroder cul­tive une cer­taine aigreur à son égard car con­traire­ment au créa­teur de “Super­na­ture” il n’a jamais été recon­nu en tant qu’artiste à part entière mais seule­ment comme pro­duc­teur. Il n’a pas tort. Il est vrai qu’on a plus loué l’Italien pour son tra­vail der­rière Don­na Sum­mer – les inou­bli­ables “I Feel Love” ou “Love To Love You Baby” –, pour ses B.O. magis­trales de Mid­night Express ou Amer­i­can Gigo­lo que pour ses ten­ta­tives mal­adroites pour appa­raître sur le devant de la scène. On oubliera rapi­de­ment son pre­mier essai néo-twist dans les années 60 et on sauvera à peine From Here To Eter­ni­ty, son album dis­co le plus con­nu qui date de 1977. Ce n’est pas ce pitoy­able Déjà Vu qui risque d’arranger ses affaires.

C’est sim­ple, depuis que cette rubrique existe, on n’a jamais enten­du quelque chose d’aussi mau­vais. On en est même car­ré­ment gêné pour lui. Surtout eu égard à son statut de pro­duc­teur culte. Dès l’ouverture disco-soupe ultra-kistchouille “La Dis­co”, on s’est dit que Déjà Vu sen­tait grave le sapin. Mais que dire des morceaux avec des fea­tur­ings vocaux ? On défie quiconque de tenir plus de trente sec­on­des à l’écoute de “Don’t Let Go”, lourde ritour­nelle eurodance-pop beuglée par le pénible Mikky Ekko. Pris au quar­an­tième degré, ce disque révèle quand même une portée comique non nég­lige­able. Com­ment ne pas être plié en deux en enten­dant ces étranges voix sur “I Do This For You” qu’on jur­erait être l’œuvre des Chœurs de l’Armée rouge ? Ah Gior­gio, on aurait tant aimé que tu clô­tures ta bril­lante car­rière sur ta par­tic­i­pa­tion à Ran­dom Access Mem­o­ries des Daft Punk. Qui dis­ait déjà que la vieil­lesse est un naufrage ? 

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