La bouse du mois : Lido — Everything

Arti­cle extrait du numéro 97 de Tsu­gi (novem­bre 2017)

Jusqu’ici, la Norvège était plutôt syn­onyme de bon goût musi­cal. Une terre bien­veil­lante où l’on s’est pas­sion­né dans des gen­res totale­ment dif­férents, pour le folk de Kings Of Con­ve­nience, le space‐disco de Lind­strøm et Prins Thomas, la tech­no savante d’André Brat­ten, la house déjan­tée de Todd Ter­je et même les hits, certes par­fois lour­dauds, de Röyk­sopp. Hélas, on aura beau­coup de mal à partager le même engoue­ment pour le petit dernier à sor­tir des forêts du Grand Nord. Pour­tant, a pri­ori il est bien dans l’air du temps Ped­er Los­ne­gard, alias Lido, beau­coup trop même. Ce fils d’un chef d’orchestre mixe hip‐hop, R&B élec­tron­ique, avec une pointe EDM sur le bien nom­mé Every­thing. Car oui, on trou­ve de tout sur ce pre­mier album et si pos­si­ble en même temps. Soyons hon­nêtes, ce n’est pas le cas de “Cathar­sis” qui ouvre le disque. On a juste l’impression d’écouter un énième track de soul élec­tron­ique très lisse où le jeune homme de 23 ans sem­ble sage­ment réciter une leçon qu’il aurait apprise chez James Blake par exem­ple. Ça se gâte vrai­ment dès le morceau suiv­ant : “Mur­der” et sa talk­box sous héli­um plus proche cepen­dant dans les effets de Don­ald Duck que de Frank Ocean. L’enchaînement “Dye”, son gros beat qui tue, et ses vocaux grais­seux avec “So Cold”, entre future beat et sous‐Drake, manque de nous per­dre défini­tive­ment. Grosse décep­tion donc que cette pre­mière moitié d’album peu engageante et surtout trop imper­son­nelle. Pour­tant jusqu’ici, Lido nous avait séduits en se mon­trant plus aven­tureux comme dernière­ment le touchant “Tokyo Nari­ta” avec Halsey. Tout n’est cepen­dant pas à jeter et en fin de par­cours, le hip‐hop soyeux du très réus­si “Only One” ouvre la porte à une réc­on­cil­i­a­tion pos­si­ble avec l’oeuvre du Norvégien. Dom­mage qu’il nous la referme immé­di­ate­ment sur la gueule en ouvrant à nou­veau en grand les vannes du robi­net R&B à eau tiède (“Angel”). Et ça fait mal. (Patrice Bar­dot)

Si vous êtes plutôt Spo­ti­fy : 

Every­thing (Because), sor­ti le 7 octo­bre

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