La bouse du mois : London Grammar — “Truth Is A Beautiful Thing”

Arti­cle extrait de Tsu­gi 103, en kiosque au mois de juin ou disponible à la com­mande ici

Il est très rare qu’un pre­mier album soit dis­tin­gué dans cette rubrique. Par con­tre, les sec­onds essais sont plus nom­breux à être hon­orés, le cap de la con­fir­ma­tion étant tou­jours dif­fi­cile à franchir. C’est la source de mul­ti­ples décep­tions. Le trio anglais n’échappe pas à la règle. Le suc­cesseur du très réus­si If You Wait (2013) n’arrive pas à con­va­in­cre. Bien sûr la présence et la voix de la mag­né­tique chanteuse Han­nah Reid sont tou­jours là. Mais qua­tre ans plus tard, l’effet de sur­prise ne joue plus. Com­ment être con­quis par cette suite inter­minable de com­po­si­tions neurasthéniques ? Avec l’impression d’écouter des chan­sons inter­change­ables où les mul­ti­ples tour­ments d’amour de Reid lui four­nissent un matériel inépuis­able pour dis­tiller une longue plainte. Ses deux com­plices, le multi‐instrumentiste et com­pos­i­teur Dominic “Dot” Major, asso­cié au gui­tariste Dan Roth­man, sem­blent eux n’avoir qu’une seule idée en tête : imag­in­er l’écrin musi­cal le plus sopori­fique pos­si­ble afin de ne pas faire de l’ombre à cette Castafiore des temps mod­ernes. Si on recon­naît volon­tiers avoir été alpagué sur scène par le charme puis­sant de Han­nah Reid, sans les images, le son tombe à plat. On défie quiconque de rester con­cen­tré sur les 80 (!) min­utes que dure ce pen­sum romantico‐mélancolique, façon col­lec­tion Har­le­quin élec­tron­ique. Quand vient le huitième titre “Bones Of Rib­bon”, on est même au bord de la crise de nerfs, n’arrivant plus à sup­port­er les fortes poussées aiguës de la Lon­doni­enne. Le meilleur morceau étant sans nul doute le dernier, non seule­ment parce qu’il mar­que pour nous l’arrêt du sup­plice, mais surtout parce qu’il s’agit d’une reprise, celle de “Bit­ter Sweet Sym­pho­ny” de The Verve, lui‐même inspiré par “The Last Time” des Rolling Stones. Comme “la vérité est une belle chose”, on peut donc être cer­tain que Lon­don Gram­mar ne pren­dra pas ombrage de notre dis­tinc­tion men­su­elle. Si cela pou­vait leur don­ner des idées la prochaine fois.

Si vous êtes plutôt Spo­ti­fy : 

Truth Is A Beau­ti­ful Thing (Because Music), sor­ti le 9 juin

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