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31 août 2017

L’album du mois : Ghostpoet – « Dark Days + Canapés »

par Mathias Riquier

Article extrait de Tsugi 105, en kiosque le samedi 9 septembre. 

On avait mal compris. Quand Obaro Ejimiwe, alias Ghostpoet, avait sorti son troisième album Shedding Skin il y a deux ans, le ton avait déjà changé. Le rappeur anglais, multinommé au Mercury Prize, avait déjà modifié sa façon d’envisager le hip-hop, et son phrasé traînard et nonchalant avait muté en une sorte de spoken word introspectif, le tout reposant sur des bricolages de guitares lunaires. Y voyait-on le signe d’un destin non assumé de relève du rap british pour intellectuels ? Dark Days + Canapés, son quatrième album en six ans (ce type est un métronome), continue en tout cas à creuser un sillon dont seul Ejimiwe connaît la destination. Et une fois accepté ce principe, il ne reste plus qu’à déguster. L’électronique ? Elle effleure les instrus – pardon, les arrangements – de manière discrète et sporadique, et ne prend jamais les commandes d’un morceau. Ce disque, qui donne la mesure du talent de composition d’un artiste désormais pleinement dans sa seconde phase créative, tient davantage d’une oscillation entre dub progressif, trip-hop organique au discours musical pessimiste et rock embrumé de tonnes d’effets de guitare. Un titre comme « Dopamine If I Do », parfaitement inqualifiable et pourtant pas expérimental pour un sou, joue avec des nappes de cordes sublimes et un peu glauques à la fois, une batterie suggestive qui emprunte au jazz, des pads de piano… Et la voix de Ejimiwe, qui fait finalement figure de liant, donne à ce Dark Days + Canapés une élégance folle, car parfaitement mise en avant (cela n’a pas toujours été le cas), toujours utilisée à bon escient, langoureuse sans en faire des tonnes et au timbre terriblement humain. Pas franchement une chimie propice à claquer des tubes, mais là encore, il faut attendre trois petites écoutes pour les déceler : « Live>Leave » et sa ligne mélodique simplissime, mais transformée en machine à chair de poule grâce à un équilibre stable entre new wave, rock dubby et trip-hop tristounet. Le single, « Trouble + Me », déchirante ballade produite à la perfection et pourtant pleine d’aspérités, incarne parfaitement le travail de production de Leo Abraham (Brian Eno, Jon Hopkins…), qui joue avec le souci du détail sans jamais tuer l’émotion que dégage cet album. Un délice pour qui se sent prêt à s’abandonner à la saveur de la mélancolie.

Si vous êtes plutôt Spotify : 

Dark Days + Canapés (PIAS), sortie ce vendredi 1er septembre.

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