L’album du mois : Jagwar Ma — Every Now & Then

Extrait du numéro 96 de Tsu­gi (octo­bre 2016)

Alors que la scène techno-house n’en finit pas de puis­er dans son héritage 90’s, que les ryth­miques jun­gle s’invitent sur les pro­duc­tions dub­step et que le rap de Los Ange­les se sou­vient qu’il a con­nu son heure de gloire avec le G‑funk, on pour­ra s’étonner que peu de groupes aient ten­té de remet­tre le bag­gy sound au goût du jour. Ce courant musi­cal, apparu au tour­nant des années 90 ? Man­ches­ter, incar­ne l’un des moments les plus ent­hou­si­as­mants de la décen­nie, quand le rock déci­da de regarder ce qui se pas­sait du côté des raves, accouchant d’un son psy­chédélique et groovy mag­nifié par les Stone Ros­es, les Hap­py Mon­days ou Pri­mal Scream (bien que ces derniers ne soient pas de Man­ches­ter). Un héritage dont Jag­war Ma sem­ble aujourd’hui le prin­ci­pal béné­fi­ci­aire. Au moment de la sor­tie de son réus­si pre­mier album, Howl­in, en 2013, le groupe aus­tralien s’en était pour­tant défendu, arguant qu’il était réduc­teur de les lim­iter à l’influence Mad­ch­ester. C’était com­préhen­si­ble – per­son­ne n’aime être can­ton­né à une case –, et sans doute vrai – on imag­ine bien qu’ils n’ont pas écouté que ça. Récem­ment, néan­moins, dans une inter­view pour le site Stere­ogum, Gabriel Win­ter­field, chanteur et gui­tariste du groupe, a admis qu’on trou­vait effec­tive­ment beau­coup de références à cette scène sur Howl­in, avant d’ajouter que le nou­v­el album serait dif­férent, son inspi­ra­tion prin­ci­pale venant cette fois de la soul. Une dis­tinc­tion pas aus­si évi­dente à l’écoute. Si l’on note bien un peu plus de groove et de bass­es sur Every Now & Then, il est peu prob­a­ble que ce sec­ond album desta­bilise les fans de la pre­mière heure. Démar­rant avec un morceau très Stone Ros­es, cen­sé selon le groupe faire la jonc­tion avec Howl­in (“Say What You Feel”), le reste rap­pelle finale­ment les deux meilleurs dis­ques de Pri­mal Scream (Screa­madel­i­ca et Van­ish­ing Point), pour ses incli­naisons dub et surtout cette fac­ulté à super­pos­er une mul­ti­tude de styles et d’instruments avec panache. Les envolées pop (“Ordi­nary”) répon­dent aux cuiv­res vaporeux (“Loose Ends”), les tex­tures planantes (“Don’t Make It Right”) à des riffs de gui­tare lourds comme des drops dub­step (“Bat­ter Up”), et on ne s’ennuie pas une sec­onde tout au long de ce douze titres ambitieux, une nou­velle fois mixé par Ewan Pear­son, qu’il serait, mal­gré ses pen­chants nos­tal­giques, injuste de décrire comme une sim­ple madeleine de Proust à des­ti­na­tion des quadras. (Gérôme Darmendrail)

Every Now & Then (Mom+Pop/Marathon Artists/Pias), sor­ti ce 14 octo­bre. A not­er que Jag­war Ma sera en con­cert au Grand Mix (Tour­co­ing) le 18 novem­bre, à la Cigale (Paris) le 19, au Stéréolux (Nantes) le 20 et enfin à la Rock School Bar­bey (Bor­deaux) le 22 dans le cadre du fes­ti­val Les Inrocks 2016.

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