Crédit : Frederique Menard Aubin

Le bel aura du Festival de Jazz de Montréal

Dans la foulée des Fran­co­folies, le Fes­ti­val inter­na­tion­al de Jazz de Mon­tréal a démon­tré une nou­velle fois que sa place était tout en haut de l’échiquier. Une 40e édi­tion d’une grande richesse (500 con­certs dont 200 gra­tu­its) qui a fait s’en­tre­cho­quer les dif­férents courants musi­caux. Et si on avait déjà posé les pieds à Paris au moment du show des fab­uleux Black Pumas, les emballe­ments n’ont pas man­qué. En témoigne ce tier­cé de tête. 

Clay and Friends 

Déjà aux Fran­co­folies, la semaine précé­dente en pre­mière par­tie de Tiken Jah Fakoly, on avait suc­com­bé. Clay and Friends inau­gure ici l’ex­ten­sion du site du Fes­ti­val de Jazz à Ver­dun. Presta­tion presque à domi­cile. Parce que Ver­dun, c’est le ter­rain de jeu des explo­rations et répéti­tions musi­cales des cinq gais lurons. L’at­tache­ment à ce quarti­er dynamique de Mon­tréal joue même les pro­lon­ga­tions dans le titre de leur dernier EP La Musi­ca Pop­u­lar de Ver­dun. Sur scène, Clay and Friends impres­sionne autant par sa joie que par son éclat. Entre Mike Clay — leader hyper­ac­t­if aux idées bouil­lon­nantes -  et sa “gang”, une com­plic­ité déto­nante. Elle crève les yeux, elle est con­tagieuse. Le groupe vous attrape par le col et ne lâche plus prise. Énergie affolante, tour­bil­lon jubi­la­toire, sou­p­lesse radieuse dans les com­po­si­tions. Il y a là la fuite des éti­quettes et du mono­chrome pour ne tir­er que les ficelles d’une musique où les gen­res se croisent har­monieuse­ment. Il y là aus­si, Mike Clay, voix agile et à la périphérie d’un flow hip-hop, chanteur d’une cooli­tude féline et d’une sen­su­al­ité débrail­lée. Il y a là encore Adel, l’ex­plosif et bril­lant beat­box­er, ou des morceaux dia­ble­ment exci­tants dont on est con­traint de plonger la tête la pre­mière (“Going up the coast”, “OMG”, “Smoke sig­nals”…). De l’ur­gence, des couleurs, de la classe, de la pas­sion, de l’hé­don­isme. On ressort de là, ébaubi, totale­ment acquis à leur cause et gon­flé à bloc. Le coup de foudre ne sera pas pas­sager. 

Crédit : Fred­erique Menard Aubin

Blick Blassy

Tou­jours Ver­dun, lieu décidé­ment aspi­rant. Il arrive sur les mots de Rubem Um Nyobé, héros de la résis­tance camer­ounaise assas­s­iné il y a soixante-un ans. Lunettes imposantes et force tran­quille, Blick Bassy ne passe pas par un round d’ob­ser­va­tion. Ses échos pla­nent immé­di­ate­ment dans un sub­lime envol. Intim­ité du plein air et célébra­tion du bas­sa, sa langue mater­nelle. Prox­im­ité en majesté et puis­sance évo­ca­trice du chant. C’est une âme de la mémoire vivante. Ne pas chercher de cou­tures à ses chan­sons de blues-afro con­tem­po­rain, sen­si­bles et envoû­tantes. “Ngwa” irradie de sa pro­fondeur cares­sante, “Mdopol” brille d’une éblouis­sante clarté. L’artiste camer­ounais ne se détourne jamais de ses mélodies de pléni­tude. Une main vers la protes­ta­tion, une autre vers la lumière. Et, dans un même élan, les deux qui se joignent pour une sor­cel­lerie d’amour. 

Melody Gar­dot

Force d’avouer qu’on y est allé légère­ment à recu­lons. Peut-être la crainte incon­sciente d’un con­cert lénifi­ant et stricte­ment cadré dans la très smart salle Wilfrid-Pelletier.  Bien sûr, il ne faut pas s’at­ten­dre à ce que Melody Gar­dot se livre dans des embardées furieuses ou des déra­pages incon­trôlées. Mais on l’au­ra vue se tré­mouss­er sur “Who will con­fort me” pen­dant les solos des musi­ciens, s’adon­ner à des traits d’hu­mour et, surtout, exceller dans l’in­ter­pré­ta­tion. Maîtrise épous­tou­flante en lyrisme, en ron­deur, en suavité, en plaisir pur du son et des sens. Au fir­ma­ment, “Morn­ing Sun”, for­mi­da­ble de vari­a­tions et d’in­ten­sité. En plus de la for­ma­tion guitare-contrebasse-batterie, une sec­tion de cordes à douze musi­ciens pour un jazz gra­cieux et sophis­tiquée. Ils sont au ser­vice de cet artiste à l’ap­parence de femme fatale et, en même temps, à l’élé­gance altière. Melody Gar­dot a reçu le prix Ella-Fiztgerald de la part des organ­isa­teurs. Per­son­ne pour con­tester cette dis­tinc­tion. 

Crédit : Fred­erique Menard Aubin

(Vis­ité 301 fois)