I Love Techno 2018 © Nicko Guihal

Le festival I Love Techno casse son format et s’étend pour la première fois sur trois jours et sept lieux

Cette année, I Love Tech­no explose son for­mat. Alors que les édi­tions précé­dentes se déroulaient sur un jour dans un lieu unique (le parc des expo­si­tions de Mont­pel­li­er), le fes­ti­val s’é­tend dans le temps et dans l’e­space : sur trois jours et sept lieux. On a dis­cuté de ce nou­veau for­mat avec Armel Cam­pagna, directeur et pro­gram­ma­teur d’I Love Tech­no depuis sa créa­tion en France en 2011 qui est aus­si directeur de Main­square et Lol­la­palooza, et Eti­enne Héraud, co-programmateur du fes­ti­val (mais aus­si man­ag­er de Mind Against, Kas:st…). Entre le line-up mas­sif, les afters à foi­son et de nou­velles cabanes pour le main event, I Love Tech­no 2019 va en met­tre plein la vue.

L’or­gan­i­sa­tion du fes­ti­val évolue au fil des années. Cette édi­tion 2019 se déroulera pour la pre­mière fois sur trois jours et sept lieux. Est-ce que vous pou­vez nous en dire plus sur ce change­ment de for­mat ?

Armel : La ver­sion française I Love Tech­no a été créée en 2011, c’est mine de rien un fes­ti­val assez his­torique en France par rap­port à d’autres événe­ments qui sont arrivés après. On avait envie de pass­er à autre chose par rap­port au côté un peu ware­house de l’événe­ment qui était à l’o­rig­ine sur une nuit et un lieu don­né. C’est vrai que ça fait deux ou trois ans que je me dis­ais qu’il fal­lait que j’é­clate un peu ce truc là. L’an­née dernière on a accueil­li un peu plus de 15.000 per­son­nes, ce qui était bien, mais il faut regarder la réal­ité en face : on n’at­teint plus aux 25.000 voire 30.000 qu’on fai­sait il y a six ou sept ans. On n’est pas les seuls, pas mal d’événe­ments de musique élec­tron­ique ont souf­fert cette année. Mais le for­mat multi-jours a un côté plus fidélisant. Donc quoi de mieux que de tra­vailler avec la métro­pole (de Mont­pel­li­er) et créer ce nou­veau for­mat sur trois jours et sept lieux.

Ça fait vivre la ville et per­met aux fes­ti­va­liers de bouger, de vis­iter.

Armel : Exacte­ment. Ce qui était à la fois une bonne et une mau­vaise chose avant c’est que les gens arrivaient et repar­taient trop vite. On n’avait pas le temps de leur pro­pos­er une offre cul­turelle plus large et de leur faire décou­vrir la métro­pole de Mont­pel­li­er qui est cul­turelle­ment hyper forte ! Dans les années 80, Georges Frêche a fait de cette ville un porte-étendard cul­turel avec des cen­taines de lieux. Par exem­ple le ven­dre­di on fait une soirée house française dans le théâtre du domaine d’O. C’est un lieu his­torique de la ville qui n’a encore jamais reçu de musique élec­tron­ique : on va aus­si con­ver­tir des lieux qui n’ont jamais eu cette util­ité là aupar­a­vant.

Et juste­ment, la pro­gram­ma­tion du ven­dre­di ?

Eti­enne : On trou­vait ça super pour une ouver­ture de fes­ti­val de met­tre en avant la scène française qui est foi­son­nante. Qui de mieux que Folam­our pour leader cette soirée : il a eu une énorme année, sa musique tourne énor­mé­ment en France comme à l’é­tranger donc ça nous a paru nor­mal de pro­pos­er un plateau autour de lui pour cette ouver­ture. Ça fai­sait com­plète­ment sens pour nous que cette pre­mière soirée se déroule au théâtre du domaine d’O — qui est un très beau bâti­ment, tout en bois. Le lieu se prête com­plète­ment à la musique de Folam­our, de Piu Piu, de Mézigue aus­si qui présen­tera son tout nou­veau live, et de Palavas, les locaux qui com­men­cent à bien marcher en France et sure­ment bien­tôt à l’é­tranger ! On dédie cette ouver­ture à la house française, c’est une musique qu’on retrou­vera moins sur le main event, qu’on veut assez tech­no pour revenir à l’essence d’I Love Tech­no.

Quelle place pour les jeunes tal­ents à I Love Tech­no ?

Armel : On a tra­vail­lé avec la Sacem pour la Orange Room du ven­dre­di. En fait I Love Tech­no organ­ise depuis qua­tre ans un trem­plin avec le Dernier Cri (autre fes­ti­val à Mont­pel­li­er), avec un con­test live et un con­test DJ. Ça a aidé pas mal de jeunes tal­ents et on a eu des super retours ! D’ailleurs l’an­née dernière dans le cadre du MaMA à Paris, la Sacem avait demandé à I Love Tech­no de venir pour sa soirée French Beats. Cette année encore ils ont souhaité s’as­soci­er, d’où aus­si la pro­gram­ma­tion 100% française. La musique élec­tron­ique est un des genre musi­caux qui s’ex­porte le mieux en Europe. On a une scène foi­son­nante et il faut la défendre.

I Love Tech­no 2018 © Nicko Gui­hal

À la dif­férence des édi­tions précé­dentes, le main event aura lieu en journée (de 14h à 2h). Pourquoi pass­er en mode jour ?

Armel : Sur les édi­tions précé­dentes on avait plein de gens qui nous dis­aient “j’ai mes par­tiels”, “c’est chaud, il faut que je ren­tre en voiture”. Faire le main event de jour c’est plus pra­tique non seule­ment par rap­port aux trans­ports mais même pour les autorités locales. Quand tu dis que tu es for­mat de jour ça ras­sure un peu tout le monde. Mais ce n’est pas plus com­pliqué de le faire la nuit, sim­ple­ment il y a tou­jours ce côté un peu cli­vant avec “les vieux démons de la musique élec­tron­ique”, alors que ce n’est pas du tout ça ! On a un pub­lic super gen­til et fédéra­teur. On crée vrai­ment du lien social, ce n’est pas du tout un fes­ti­val vio­lent.

Eti­enne : Aus­si ce qui nous plaît bien avec plusieurs événe­ments c’est que cha­cun peut se faire sa pro­pre expéri­ence I Love Tech­no. Il y en a qui peu­vent décider de faire le ven­dre­di et le same­di, d’autres de tout faire, ça dépend !

C’est sûr, en plus du côté des afters il y a le choix !

Eti­enne : La propo­si­tion musi­cale reflette bien le fes­ti­val, c’est assez tech­no mais glob­ale­ment très éclec­tique. D’un côté on a Bam­bounou et le crew My Life au Rock­store, et on a aus­si Mar­co Bai­ley et Shlø­mo, qui est un his­torique du Dieze donc ça nous parais­sait super cohérent de le pro­gram­mer dans ce club là.

Armel : Il y a aus­si un nou­veau petit club à Mont­pel­li­er : le Mélo­mane. On voulait vrai­ment boss­er avec les gens du coin qui font l’ac­tiv­ité à l’an­née.

Et pour la pro­gram­ma­tion de same­di pour le main event au parc des expo­si­tions, ça donne quoi ?

Armel : On a un petit vil­lage avec qua­tre cabanes. Il y a qu’une seule pro­gram­ma­tion qui a été annon­cée : celle de la Red Room avec Adam Bey­er, Amelie Lens, mais aus­si des lives de Fjaak et Mod­e­se­lek­tor. On a aus­si la Pur­ple Room, dans laque­lle se pro­duiront entre qua­tre et six DJs locaux, les lau­réats du con­test Dernier Cri. Pour les deux autres cabanes, la pro­gram­ma­tion sera annon­cée dans le mois à venir… On agrandit le vil­lage : l’an­née dernière il y avait seule­ment deux cabanes et c’é­tait l’émeute donc cette année on en met qua­tre !

On trou­ve au line-up pas mal de noms féminins (Amélie Lens, Piu Piu, Mari­na Trench et j’en passe). Est-ce que ça vous paraît impor­tant que les femmes soient représen­tées sur la scène des musiques élec­tron­iques ?

Eti­enne : Bien sûr, c’est impor­tant pour nous. À la fois ça nous paraî­trait grotesque de faire un line-up com­plète­ment mas­culin, mais au-delà de ça le monde des musiques élec­tron­iques est dom­iné en par­tie par des femmes, c’est ce que les dernières années ont apporté à la scène.

Armel : C’est peut-être le seul genre musi­cal où on se rap­proche de la par­ité. Sur les fes­ti­vals de pop-rock on galère. L’an­née dernière on a quand même eu Jain et Chris­tine and the Queens qui rééquili­braient un petit peu, mais c’est quand même super com­pliqué.

Eti­enne : Mais oui, et il faut vrai­ment le faire exprès si tu fais un fes­ti­val de musiques élec­tron­iques en 2019 et que tu as un plateau à 90% mas­culin. C’est que tu as mal fait ton boulot et que tu as raté beau­coup de noms super intéres­sants. On est ravis d’avoir Park Hye jin, d’ailleurs je pense que c’est sa pre­mière date dans le sud de la France ! On est aus­si ravis d’avoir Piu Piu, et Amélie Lens qui est quand même la loco­mo­tive de la tech­no actuelle.

La pro­gram­ma­tion est 100% musiques élec­tron­iques mais j’ai lu que vous aviez hésité à ouvrir le fes­ti­val à des artistes hip-hop. Déjà est-ce que c’est vrai ? Et si oui, pourquoi ne pas l’avoir fait ?

Armel : Ce n’est pas tout à fait ça. Depuis quelques années on observe une explo­sion du hip-hop en France, qui est devenu la nou­velle var­iété. L’at­trac­tion des jeunes pour la musique élec­tron­ique a un peu switché sur le hip-hop, donc effec­tive­ment je voulais une scène plus live mais pas hip-hop non plus : j’avais envie de me recen­tr­er sur l’ADN I Love Tech­no et je suis super con­tent de ce qu’on a réus­si à faire. On va faire décou­vrir plusieurs lieux tout en restant 100% musiques élec­tron­iques. Cela dit il y a un enjeu sur ce type de musique. Cette édi­tion va être déter­mi­nante, on va voir si on arrive à main­tenir ces événe­ments ou si effec­tive­ment la baisse d’é­coute des musiques élec­tron­iques se con­firme. En tout cas je pense qu’il y a un vrai avenir, même si depuis deux ou trois ans c’est un peu com­pliqué, mais les mar­ques qui sont là depuis longtemps (comme I Love Tech­no) ont encore un devenir. On se bat pour ça, et c’est franche­ment pas facile. C’est un peu une pro­fes­sion de foi de con­tin­uer. Après il y a l’é­mu­la­tion autour du nou­veau for­mat qui nous fait super plaisir, on a des retours très posi­tifs donc on va voir ce que ça va don­ner !

Pour finir, c’est quoi l’e­sprit I Love Tech­no ?

Eti­enne : L’e­sprit his­torique d’I Love Tech­no, c’est un rassem­ble­ment majeur de musiques élec­tron­iques en Europe qui a démar­ré en Bel­gique pour ensuite atter­rir à Mont­pel­li­er. Ce sont des gens qui se retrou­vent pour la dernière fête de l’an­née avant d’aller faire Noël en famille !

Armel : Et c’est le seul gros événe­ment comme ça sur l’au­tomne dans le sud de la France. Quand tu vas à I Love Tech­no tu sais qu’il y aura une vraie représen­ta­tiv­ité des musiques élec­tron­iques à un instant T dans une même ville. Le fes­ti­val fait gage de qual­ité sur la pro­duc­tion visuelle et sonore avec une den­sité de pro­gram­ma­tion et un line-up mas­sif. Il y a cette garantie là, dans un endroit très sécurisé et facile d’ac­cès. Bref, c’est une grosse fête avec de belles valeurs !

Plus d’in­for­ma­tions sur le site d’I Love Tech­no.

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