Le nouveau vinyle de la semaine (29): POLAR INERTIA

Polar Iner­tia n’est pas une seule per­son­ne. Ce n’est pas non plus un pro­jet musi­cal comme un autre. Polar Iner­tia est une expéri­ence poly­mor­phe, volon­taire­ment anonyme et désor­mais ani­mée par dif­férents artistes, musi­ciens, créa­teurs unis autour d’un dogme men­tal met­tant en scène un monde post-apocalyptique glacial et très som­bre. Tous portés par le désir évi­dent de pren­dre des risques en allant au-delà des stan­dards de la tech­no ou du club­bing.

Tout sem­ble avoir débuté il y a cinq ans, lorsque deux pro­duc­teurs parisiens ont réu­ni leurs aspi­ra­tions et leurs ful­gu­rances sur le label Dement3d (la même année que la sor­tie des qua­tre gars de DSCRD). Qui sont-ils vrai­ment?  Peu importe, cette dis­cré­tion quant à leur iden­tité laisse juste­ment la part belle à leur art et au développe­ment de leur con­cept. En 2011 donc, c’est avec une délec­ta­tion non dis­simulée que l’on rece­vait de plein fou­et leur Indi­rect Light EP, rem­pli de soleils noirs et de textes angois­sants, seule­ment trois titres mais déjà l’on pou­vait facile­ment con­firmer qu’il ne s’agissait pas de tech­no mais plutôt d’un con­te obscur. Même principe pour l’EP suiv­ant, The Last Vehi­cle, suivi d’une édi­tion de remix­es par d’autres poin­tures dark (Abdul­la Rashim, François X, Silent Ser­vant). Pas de nou­velles sor­ties depuis deux ans et puis voilà qu’arrive le dernier né, Kine­mat­ic Optics.

Pour l’occasion, le pro­jet sem­ble être passé à la vitesse supérieure sur le plan artis­tique, de plus en plus axé sur un con­tenu pluridis­ci­plinaire, voire sur l’objet d’une per­for­mance. Il est sans con­teste plus aisé d’ex­péri­menter libre­ment lorsqu’on passe dans le cadre de l’art con­tem­po­rain. Si l’on retrou­ve le sché­ma auquel on était habitué (un épisode de l’aventure Polar Iner­tia com­prenant un texte inquié­tant d’un monde incon­nu et des morceaux d’une obscu­rité indi­ci­ble), sur l’autre disque de ce dou­ble 12’’ fig­urent plus de quar­ante min­utes atmo­sphériques d’un mag­nifique live ambi­ent. Cette pièce, “Can We See Well Enough To Move On” n’a été jouée qu’une seule fois ‑tou­jours sous cou­vert d’anonymat- lors de la fer­me­ture de l’exposition mon­tée par les dif­férents acteurs du pro­jet à la galerie Abi­lene à Brux­elles. Cette expo­si­tion met­tait notam­ment en scène des pho­tos, des vidéos et des ves­tiges de ce monde chao­tique et enneigé inven­té de toutes pièces et pour­tant si réel au tra­vers de Polar Iner­tia.

 Si l’on veut aller encore plus loin, on pour­ra lire le livre du même nom qui a claire­ment insuf­flé la vie à cette utopie démente. Pub­lié en 1999 par Paul Vir­ilio (archi­tecte et penseur encore en activ­ité qui a théorisé la célérité, les espaces humains ou belliqueux, la tech­nolo­gie), on y apprend que la vitesse est un fac­teur d’incarcération, et dans cette hyper-modernité hyper-mobile et hyper-technologique qui est la notre, il n’existe plus guère d’immobilité. L’inertie pour­rait donc con­sis­ter en une sorte de block­haus de résis­tance, de contre-culture polar­isée. Chaque chapitre de son livre, cinq au total, cor­re­spond à un disque conçu par nos musi­ciens. Si l’on ne peut vous don­ner les dates de sor­tie des prochains EPs, on peut donc d’ores et déjà vous dire que les deux suiv­ants s’intituleront Envi­ron­ment Con­trol, puis Polar Iner­tia. Et après ? ? on earth.

Polar Iner­tia
Kine­mat­ics Optics
Sur DEMENT3D Records
Sor­tie le 08 juin 2015

Track­list:
A1 Float­ing Away Fire
A2 Hell Frozen Over
B1 Ver­ti­cal Ice
B2 Kine­mat­ic Optics
C1 Can We See Well Enough To Move On ? (Part One)
D1 Can We See Well Enough To Move On ? (Part Two)

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