Le nouveau vinyle de la semaine (33) : B12

On pour­rait facile­ment les assim­i­l­er au fleu­ron de la tech­no made in Detroit, et pour­tant Michael Gold­ing et Steve Rut­ter sont bel et bien Anglais. La con­fu­sion est com­préhen­si­ble : le pre­mier album du duo, Electro-Soma, sonne comme une explo­ration science-fiction, nappes lénifi­antes et per­cus­sions métalliques, avec ce côté plus aérien qui appelle à l’ambient. Mais si l’on y regarde d’un peu plus près, on notera que B12 est une des pier­res fon­da­tri­ces de la sacro­sainte mai­son Warp Records, UK jusqu’au bout des ongles. Déjà en 1992, le label, porté par un élan de fame grâce au suc­cès du pre­mier EP de LFO, avait pris malin plaisir à regrouper ses artistes de musique « élec­tron­ique », encore pal­pi­tants de l’étendue de ses pos­si­bles, et for­mer ain­si le pre­mier volet d’Arti­fi­cial Intel­li­gence. Cast­ing de rêve pour un Var­i­ous anthologique : Autechre, Speedy J, The Dice Man (Aphex Twin), Alex Pater­son (The Orb)… Le terme Intel­li­gent Dance Music n’y est d’ailleurs pas étranger.

S’en suit pour B12 une car­rière iné­gale mar­quée par des paru­tions sur cas­settes, Cds, un sec­ond album sur Warp, Time­Tourist, en 1995 et quelques EPs sur leur label éponyme, où ils emprun­tent par­fois leurs autres pseu­do­nymes Red­cell, Musi­col­o­gy, Cmet­ric. Après un dernier maxi 3EP sor­ti sous l’égide de la maison-mère, le duo se tait pen­dant dix bonnes années. Les fans gron­dent, se con­tentent de ver­sions basse qual­ité de pro­duc­tions per­dues dans les mers de l’oubli. Tout juste n’organisent-ils pas un crow­fund­ing comme pour Aphex Twin. En 2007, les deux Anglais annon­cent un nou­v­el album CD Last Days of Silence et l’édition d’un sacré paquet de morceaux lais­sés dans les tiroirs dans une série de sept CDs sur leur pro­pre imprint qui lais­seront les ama­teurs de wax un peu déçus.

S’ils pub­lient encore quelques dis­ques sur B12 Recod­ings, comme celui de Kirk Degior­gio, ils se taisent eux-mêmes jusqu’à cette ren­trée 2015, et la sor­tie de Bokide 325 sur Soma. Pas de lien direct avec ce label, qui est, il faut le dire, une assez grosse machine à sor­ties qui peut se per­me­t­tre une énième paru­tion (et une édi­tion vinyle). Tant mieux hein, on ne crache pas dessus. Soleil en fusion, l’artwork annonce claire­ment la couleur des qua­tre titres, entre expédi­tion cos­mique et con­tem­pla­tion lunaire (Bokide 325, le nom d’un astre ?), par­fois beat­less, tou­jours en sus­pens, tou­jours très min­i­mal­iste, par­cou­ru de lents syn­thés old­school. Un disque qui nous ramène à cette époque, au début des années 90, où l’électro bal­bu­ti­ait encore entre les mains des geeks du monde entier, où l’on n’envisageait pas sys­té­ma­tique­ment le dance­floor et sa plate bina­rité et où l’on voulait se per­dre dans une utopie sonore. Intem­porel.

B12- Bokide 325 EP
Sor­tie le 04 sep­tem­bre 2015
Sur Soma.

Track­list :
A1- Into the Void
A2- Descen­sion
B1- Unsound Mind
B2- Ter­ra Incog­ni­ta

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