Crédit : Anthony Ghnassia

L’Electrobeach Music Festival peut‐il s’ouvrir à une programmation électro de qualité ?

On est comme ça : on n’a pas pu résis­ter à l’envie d’aller faire un tour, his­toire de tâter la tem­péra­ture, à l’Electrobeach Music Fes­ti­val, le plus gros fes­ti­val élec­tro français et le troisième en terme de fréquen­ta­tion juste der­rière les Vieilles Char­rues et Sol­i­days. Un fes­ti­val qui se tient à Port Bar­carès, une petite sta­tion bal­néaire située dans les Pyrénées ori­en­tale, pas loin de Per­pig­nan, et créé en 2009 à l’initiative d’Alain et Joëlle Fer­rand, un drôle de cou­ple qui tient les reines de la mairie depuis plus de vingt ans et accu­mule pas mal de casseroles, mais bon la poli­tique ressem­ble par­fois à un épisode de Dal­las. Gra­tu­it les qua­tre pre­mières édi­tions, le fes­ti­val est devenu payant en 2012 et n’a depuis cessé de s’agrandir. Aujourd’hui l’Electrobeach Music Fes­ti­val qui s’étale sur trois jours autour du 14 juil­let ressem­ble à une sorte d’immense fête foraine. Il y a d’ailleurs une roue géante, une espèce de manège qui sem­ble conçu pour aider à régur­giter plus vite sa pinte de bière, une tri­bune VIP où les bouteilles de cham­pagne rosé doivent faire dix litres et vac­il­lent par­fois dan­gereuse­ment sous le poids des invités, un vieux navire à quai qui sert de bar et de restau­rant, des bars et des stands de fast‐food en veux‐tu‐en‐voilà, quelques bou­tiques de‐ci de‐là au cas où une envie de shop­ping vous prendrait soudaine­ment… Et bien sûr qua­tre dance­floors dont la fameuse Main Stage avec une pro­gram­ma­tion garantie 500 % EDM qui pique un peu‐beaucoup les oreilles. Jugez en vous‐même : David Guet­ta, Mar­tin Solveig, DJ Snake, Tiesto, Armin Van Buuren…  Le tout agré­men­té de feux d’artifices, de fumigènes, de danseuses sor­ties d’un cabaret local, de pro­jec­tions géantes dont le sens nous a échap­pé et même “La Mar­seil­laise” reprise en chœur par la foule pen­dant que la patrouille de France sur­v­ole le site et des­sine un dra­peau bleu‐blanc‐rouge dans le ciel. Bref Elec­trobeach ressem­ble par­fois à une foire à la saucisse avec le pub­lic qui va avec, majori­taire­ment mas­culin, très jeune (20 ans de moyenne d’âge), en short‐claquette‐torse nu et qui sem­ble plus venu ici pour chop­er que pour danser.

Crédit : Antho­ny Ghnas­sia

Mais la par­tic­u­lar­ité de l’Electrobeach Music Fes­ti­val depuis deux ans est de chercher à s’ouvrir à un pub­lic plus exigeant ques­tion musiques élec­tron­iques, un pub­lic que la sim­ple évo­ca­tion du nom de Guet­ta dans un line‐up peut faire fuir à toute jambes. Et le fes­ti­val déploie la grosse artillerie, la pro­gram­ma­tion du Tech­no Stage, un immense chapiteau situé un peu à l’écart des boums‐boums EDM, a ain­si de quoi faire pâlir bon nom­bre de pro­gram­ma­teurs de clubs ou de fes­ti­vals élec­tro. Entre l’année dernière et cette année, la Tech­no Stage aura ain­si accueil­li Luciano, dOP, Sven Väth, Loco Dice, François X, DJ Deep, Apol­lo­nia, Ago­ria, Seth Trox­ler, Oxia et même l’immense Dixon qui avait l’air de s’ennuyer légère­ment devant une petite cen­taine de per­son­nes grand max­i­mum alors qu’une semaine plus tôt il fer­mait en beauté les deux jours du fes­ti­val The Pea­cock Soci­ety devant une foule émue aux larmes par son set. Si Elec­trobeach a un côté bon enfant à ciel ouvert et soleil couchant avec son lot de fêtards qui se sont déguisés pour l’occasion, si le petit club en bord de plage (la Beach Stage) et sa pro­gram­ma­tion très house a des ver­tus insoupçon­nées quand on veut se net­toy­er les oreilles d’une heure et demie de foutage de gueule admin­istrée par Solveig, on se pose légitime­ment la ques­tion de savoir si ce grand mix entre EDM putas­sière et élec­tro haut de gamme peut fonc­tion­ner. Si le mélange entre ce pub­lic de kids débar­qués de toute l’Europe (plus de 170.000 vis­i­teurs) pour spring­break­er sur les coups de butoir de DJ Snake et les house‐lovers que les sets de Seth Trox­ler trans­for­ment en toupies à dance­floor peut s’opérer ? On n’a pas encore la réponse.

Crédit : Antho­ny Ghnas­sia

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