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Crédit : Anthony Ghnassia
26 juillet 2017

L’Electrobeach Music Festival peut-il s’ouvrir à une programmation électro de qualité ?

par Patrick Thévenin

On est comme ça : on n’a pas pu résister à l’envie d’aller faire un tour, histoire de tâter la température, à l’Electrobeach Music Festival, le plus gros festival électro français et le troisième en terme de fréquentation juste derrière les Vieilles Charrues et Solidays. Un festival qui se tient à Port Barcarès, une petite station balnéaire située dans les Pyrénées orientale, pas loin de Perpignan, et créé en 2009 à l’initiative d’Alain et Joëlle Ferrand, un drôle de couple qui tient les reines de la mairie depuis plus de vingt ans et accumule pas mal de casseroles, mais bon la politique ressemble parfois à un épisode de Dallas. Gratuit les quatre premières éditions, le festival est devenu payant en 2012 et n’a depuis cessé de s’agrandir. Aujourd’hui l’Electrobeach Music Festival qui s’étale sur trois jours autour du 14 juillet ressemble à une sorte d’immense fête foraine. Il y a d’ailleurs une roue géante, une espèce de manège qui semble conçu pour aider à régurgiter plus vite sa pinte de bière, une tribune VIP où les bouteilles de champagne rosé doivent faire dix litres et vacillent parfois dangereusement sous le poids des invités, un vieux navire à quai qui sert de bar et de restaurant, des bars et des stands de fast-food en veux-tu-en-voilà, quelques boutiques de-ci de-là au cas où une envie de shopping vous prendrait soudainement… Et bien sûr quatre dancefloors dont la fameuse Main Stage avec une programmation garantie 500 % EDM qui pique un peu-beaucoup les oreilles. Jugez en vous-même : David Guetta, Martin Solveig, DJ Snake, Tiesto, Armin Van Buuren…  Le tout agrémenté de feux d’artifices, de fumigènes, de danseuses sorties d’un cabaret local, de projections géantes dont le sens nous a échappé et même « La Marseillaise » reprise en chœur par la foule pendant que la patrouille de France survole le site et dessine un drapeau bleu-blanc-rouge dans le ciel. Bref Electrobeach ressemble parfois à une foire à la saucisse avec le public qui va avec, majoritairement masculin, très jeune (20 ans de moyenne d’âge), en short-claquette-torse nu et qui semble plus venu ici pour choper que pour danser.

Crédit : Anthony Ghnassia

Mais la particularité de l’Electrobeach Music Festival depuis deux ans est de chercher à s’ouvrir à un public plus exigeant question musiques électroniques, un public que la simple évocation du nom de Guetta dans un line-up peut faire fuir à toute jambes. Et le festival déploie la grosse artillerie, la programmation du Techno Stage, un immense chapiteau situé un peu à l’écart des boums-boums EDM, a ainsi de quoi faire pâlir bon nombre de programmateurs de clubs ou de festivals électro. Entre l’année dernière et cette année, la Techno Stage aura ainsi accueilli Luciano, dOP, Sven Väth, Loco Dice, François X, DJ Deep, Apollonia, Agoria, Seth Troxler, Oxia et même l’immense Dixon qui avait l’air de s’ennuyer légèrement devant une petite centaine de personnes grand maximum alors qu’une semaine plus tôt il fermait en beauté les deux jours du festival The Peacock Society devant une foule émue aux larmes par son set. Si Electrobeach a un côté bon enfant à ciel ouvert et soleil couchant avec son lot de fêtards qui se sont déguisés pour l’occasion, si le petit club en bord de plage (la Beach Stage) et sa programmation très house a des vertus insoupçonnées quand on veut se nettoyer les oreilles d’une heure et demie de foutage de gueule administrée par Solveig, on se pose légitimement la question de savoir si ce grand mix entre EDM putassière et électro haut de gamme peut fonctionner. Si le mélange entre ce public de kids débarqués de toute l’Europe (plus de 170.000 visiteurs) pour springbreaker sur les coups de butoir de DJ Snake et les house-lovers que les sets de Seth Troxler transforment en toupies à dancefloor peut s’opérer ? On n’a pas encore la réponse.

Crédit : Anthony Ghnassia

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