Juliette Armanet. Crédit : Rod Maurice

Les 3 éléphants : coup de foudre à Laval-hill

L’année dernière, nous tombions amoureux d’un fes­ti­val. Il n’est pas le plus gros, son écrin n’est pas le plus beau. Mais entre l’ambiance mag­ique et la pro­gram­ma­tion bien sen­tie, sans compter les spec­ta­cles dans les rues pavées de Laval et une char­mante petite croisière sur la Mayenne, les 3 Éléphants savent déclencher quelques émois. Alors, amourette d’un jour ou coup de foudre annuel ? Par­tons sur le coup de foudre. Lit­térale­ment d’ailleurs : same­di, alors que les portes s’ouvrent et que les fans de hip-hop trépig­nent à la fouille en atten­dant Biffty et DJ Weed­im, c’est la cat­a­stro­phe. Un orage arrive, et si on en croit les copains ren­nais, il est grat­iné — on nous par­le même de grêlons de la taille de balles de ping-pong. Le mael­strom envoie valdinguer les branch­es des arbres du parc de la Per­rine, juste à côté du site, tan­dis que des éclairs com­men­cent à larder le ciel. Avoir l’impression de côtoy­er l’énorme tem­pête qui cache Le Château dans le ciel ? Non mer­ci… Le fes­ti­val est en tout cas obligé de met­tre tout le monde à l’abri en atten­dant une accalmie. Les haut-parleurs crachent des “mer­ci de vous diriger dans le calme, sans courir, vers l’arène. Non madame avec le sac à dos blanc, on vous voit, on a dit sans courir !”. Rires sous la pluie qui démarre et le ton­nerre qui gronde. Mais finale­ment, Laval aura été rel­a­tive­ment épargné com­paré aux voisins bre­tons. Il faut donc que tout le monde sorte de l’arène, et passe par des portes plutôt étroites pour voir ses sacs (re)fouillés et ses bil­lets (re)validés. Une foule qui a atten­du enfer­mée, des con­certs qui vont démar­rer, des sor­ties trop petites pour le flux des fes­ti­va­liers… Dans n’importe quel autre événe­ment, ça aurait la cohue, avec mou­ve­ments de foule et spec­ta­teurs mécon­tents. Pas aux 3 éléphants. Un Mr Loy­al excel­lent annonce la marche à suiv­re — on s’attendrait presque à voir débar­quer des acro­bates et un lion -, con­fir­mant que tous les con­certs seront main­tenus. Tout ce petit monde finit par s’éparpiller dans le calme sur le site encore mouil­lé. Une organ­i­sa­tion irréprochable ? Pre­mier coup de foudre.

Le con­cert de Biffty et DJ Weed­im démarre enfin. Et cet épisode orageux n’aura absol­u­ment pas égratigné l’énergie des kids, au con­traire. Les deux rappeurs punk et white trash retour­nent le chapiteau, dès le pre­mier morceau — l’intensité ne bais­sera jamais. Ceux qui ont les jambes coupées se retrou­vent alors devant les revenants de Clap Your Hands Say Yeah. C’est bien sim­ple : sur cette deux­ième journée de fes­ti­val, les 3 Éléphants ten­tent le grand écart généra­tionnel. Moha La Squale retourne les ados avec un show un peu vert ? Les par­ents se retrou­vent devant la tech­no acous­tique de Cabaret Con­tem­po­rain. Un festival-pour-tous qui présente ses petits avan­tages : le pub­lic est bigar­ré, des enfants assis­tant à leur pre­mier con­cert, casque de chantier sur les oreilles, croisent des ados bardés de maquil­lage fluo, sous le regard amusé de trente­naires venus entre potes pour prof­iter des con­certs (et des ver­res de vin à 2,5 €). Tout le monde se mélange joyeuse­ment et se retrou­vera égale­ment l’après-midi devant des spec­ta­cles gra­tu­its ou au Vil­lage, large prom­e­nade arborée où fan­fare et jon­gleurs cohab­itent au soleil (car il y en a eu tout de même !). Une ambiance rare, bien­veil­lante, famil­iale sans être plan-plan. Deux­ième coup de foudre.

Roméo Elvis. Crédit : Rod Mau­rice.

Roméo Elvis qui n’a “tou­jours pas com­pris si on était en Bre­tagne ou pas”, bal­ance des dédi­caces à Moha La Squale et Biffty & DJ Weed­im, les autres artistes rap pro­gram­més, ter­mine son con­cert en apothéose par “Brux­elles arrive” ? Troisième coup de foudre. Juli­ette Armanet taquine, qui fait du gringue au pre­mier rang et con­clut avec sa reprise en français de “I Feel It Com­ing” de The Week­nd ? Qua­trième coup de foudre. Dominique A, excel­lent en live (ce n’est pas un scoop !), tout en ten­sion et nerfs, magis­tral sur “Corps de ferme à l’abandon” ou “La mort d’un oiseau”, extrait de son dernier album ? Cinquième coup de foudre. Les punks anglais de HMLTD, sem­blant caler 14 morceaux en un seul, entre dub­step, punk, glam et con­cert hyper habité ? Six­ième coup de foudre. Vital­ic qui fait plaisir en live avec ses clas­siques “La mort sur le dance­floor”, “Sta­mi­na” et le nou­veau “Nozo­mi” ? Sep­tième coup de foudre.

Mais la palme de ce week-end sera dis­tribuée à un cer­tain petit félin. Il s’appelle Cha­ton, a des cheveux de Sam­son et chante sa déprime à l’autotune sur fond de dub syn­thé­tique. Ses textes touchent en plein coeur avec des his­toires très per­son­nelles mais finale­ment uni­verselles : cha­cun y recon­naît sa soli­tude, le besoin de ren­dre fier sa famille, la frus­tra­tion d’un tra­vail (en l’occurrence écrire des chan­sons pour des stars de la var­iété, ce que Cha­ton a fait pen­dant 10 ans)… Sur le papi­er, entre l’autotune et les textes tris­tounes, ça fait un peu peur. Mais c’est sans compter sur l’humour du musi­cien, qui se pro­dui­sait ce dimanche, en toute fin de fes­ti­val, sur une péniche voguant douce­ment sur la Mayenne. Il appelle sa mère, faisant chanter “joyeux anniver­saire” à tout le bateau, lève son petit doigt à chaque gros mot pour que les nom­breux enfants présents bouchent leurs oreilles, sirote un lait fraise en racon­tant mille anec­dotes hila­rantes, reprend (au pre­mier degré !) “Pour que tu m’aimes encore” de Céline Dion… On rit autant qu’on s’émeut, et sous ses airs de clown Simon Cohen de son vrai nom sem­ble réelle­ment touché par l’ovation méritée qu’il reçoit en fin de con­cert. En guise de dernier cadeau, en plus de son sin­gle “Poésies”, il chantera en guitare-voix et sans auto­tune une chan­son d’amour con­sacrée à sa bien-aimée Lola. Huitième coup de foudre. Filez-nous un para­ton­nerre, ou on s’installe à Laval.

Le chou­chou Cha­ton. Crédit : Alex­is Jan­i­cot

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