Sunrise Stage. Crédit : Jack Pasco

Les 72 meilleures heures de votre vie vous attendent en Bulgarie, au Meadows In The Mountains

Après trois heures en avion pour attein­dre Sofia et cinq en voiture à tra­vers les paysages bul­gares, nos pieds foulent le sol de Polkovnik Ser­afi­mo­vo. Petit vil­lage isolé situé dans le mas­sif mon­tag­neux des Rhodopes, cette bour­gade d’ordinaire si pais­i­ble était le temps d’un week-end la terre d’accueil de nom­breux étrangers (prin­ci­pale­ment des Bri­tan­niques) venus vivre l’expérience Mead­ows In The Moun­tains. L’expérience car le MM pour les intimes est bien plus qu’un fes­ti­val. C’est un pèleri­nage, un échap­pa­toire musi­cal et spir­ituel dans un spot mag­nifique épargné par l’homme. L’air frais caresse les poumons, les paysages lux­u­ri­ants embrassent les yeux et les sourires unanimes des chanceux présents par­lent d’eux-mêmes.

Crédit : Jack Pasco

Imaginez-vous assis­ter à un con­cert du Lon­donien Sus­so — pas­sion­né par la cul­ture et la musique Mandi­ka depuis qu’il est revenu d’un voy­age en Gam­bie — sur la Main Stage totale­ment con­stru­ite en bois au som­met d’une mon­tagne, quelques heures après avoir assisté à une séance de body music où cha­cun utilise son corps comme instru­ment pour créer une sorte d’orchestre humain col­lec­tif. Allez ensuite vous servir un verre de spritz (de l’apérol mélangé à du pros­ec­co), à déguster dans une petite tasse que vous utilis­erez tout le week-end pour ne pas accu­muler de déchets plas­tiques et que vous attacherez à votre pan­talon à l’aide d’un mous­que­ton pour ne jamais la per­dre. Avant de rejoin­dre une scène cachée dans la forêt pour retrou­ver le DJ Mar­garet Scratch­er, vous vous arrêtez quelques min­utes pour admir­er les divers­es con­struc­tions en bois que vous croisez sur votre chemin : un cheval de Troie, un bateau pirate ou encore un drag­on géant, tous con­stru­its en util­isant des matéri­aux de la forêt. Une fois la nuit bien tombée et la tasse plusieurs fois rem­plie, lais­sez vous guider par les divers­es guir­lan­des qui habil­lent les arbres jusqu’à la Sun­rise Stage (la troisième et dernière scène « offi­cielle ») où vous danserez toute la nuit en écoutant les DJ sets entre house, tech­no et autres sam­ples jun­gle de Youan­de­wan ou de Shan­ti Celeste. Prof­itez enfin du lever du soleil à tra­vers les mon­tagnes, en ges­tic­u­lant s’il vous reste des forces ou assis autour d’un feu avec des incon­nus qui se tien­nent chaud mutuelle­ment. Ren­trez vous couch­er au camp­ing ou dans l’une des maisons du vil­lage sans faire de bruit pour ne pas réveiller l’habitant et vous aurez une vague idée de ce que peut être une journée à Mead­ows in the Mountains.

Main Stage. Crédit : Aron Klein

Plus d’une cinquan­taine d’artistes tous styles con­fon­dus et pour la plu­part peu con­nus ont ani­mé les trois scènes pen­dant trois jours. L’un des mem­bres d’Agbeko, for­ma­tion com­posée de onze musi­ciens jouant du jazz africain, se per­met même de clamer haut et fort à la fin du con­cert que c’était le meilleur de sa jeune car­rière et cela se com­prend. Com­ment ne pas tomber sous le charme de ce lieu si atyp­ique, de ce pub­lic si souri­ant et de cette ambiance sans pareille ? Com­ment ne pas être impres­sion­né par l’organisation sans couacs mal­gré les dif­fi­cultés logis­tiques que présen­tent ce spot inac­ces­si­ble ou presque en voiture ? Sans oubli­er le sen­ti­ment d’être ressor­ti gran­di de cette expéri­ence bul­gare qui met un point d’honneur à défendre cer­taines valeurs si impor­tantes aujourd’hui : partage, sol­i­dar­ité, respect de la nature et éclec­tisme artis­tique, entre autres.

Et puis il faut avoir un mot pour toutes ces ini­tia­tives ou détails qui font que Mead­ows In The Moun­tains a défini­tive­ment quelque chose de plus. La Cara­jam, petite con­struc­tion douil­lette de cinq mètres car­rés rem­plie d’in­stru­ments, lieu prop­ice aux ren­con­tres en musique. La pos­si­bil­ité de s’es­say­er à la tyroli­enne entre deux arbres pour les plus valeureux. Ou encore la con­férence pour présen­ter la forêt située au Népal que sont actuelle­ment en train de planter les équipes du fes­ti­val afin d’ab­sorber le CO2 généré par la logis­tique et autres trans­ports néces­saires à l’or­gan­i­sa­tion et à la venue des artistes… Même lorsque le temps se fait plus menaçant le dimanche (avec quelques heures de pluie en fin d’après-midi), per­son­ne ne perd le sourire. Le meilleur con­seil qu’on puisse vous don­ner, c’est finale­ment d’y aller. Sans même con­naître un quart des artistes du line-up ou sans avoir de notion de yoga et autres activ­ités d’a­paise­ment de l’e­sprit et du corps, sim­ple­ment avec l’en­vie de vivre une aven­ture. Car le Mead­ows In The Moun­tains est une aventure.

Meilleur moment : les levers de soleil en mode club­bing. Clas­sique mais imbattable.

Pire moment : l’aller en taxi dans les mon­tagnes avec un chauf­feur bul­gare qui roulait bien trop vite dans les virages. Il a sûre­ment l’habi­tude, pas nous.

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