Shlagga à gauche et Vazy Julie aux platines / ©Lou Lecuyer

Les artistes racontent leur première fois au Meta, haut lieu de la fête libre à Marseille

Le Metaphore Col­lec­tif est en dan­ger. Pour que le crew mar­seil­lais et bas­tion de la fête libre phocéenne ne dis­paraisse à cause de la crise san­i­taire, il a sor­ti une com­pi­la­tion de 64 titres d’artistes habitués ou passés der­rière les platines du “Meta”. Pour Tsu­gi, cer­tains d’en­tre eux racon­tent leur pre­mière fois.

Avec l’aide pré­cieuse de Marine Bel­locq

Il est l’un des col­lec­tifs les plus impor­tants de la scène élec­tron­ique française actuelle, le “Meta” à Mar­seille est non seule­ment une équipe d’artistes qui fait bouger les lignes de la club music en trit­u­rant ses extrémités, mais c’est aus­si un lieu asso­ci­atif qui prône la fête libre, aujour­d’hui men­acé de dis­paraître à cause de la sit­u­a­tion san­i­taire. “Avec la crise du Covid-19, on a dû arrêter tous nos évène­ments, ça a été un gros coup dur finan­cière­ment parce qu’on est totale­ment indépen­dant”, explique la DJ Vazy Julie au quo­ti­di­en 20 Min­utes, cofon­da­trice de Metaphore Col­lec­tif.

Pour ten­ter de sauver le lieu, ses tauliers, ain­si finale­ment que tout un pan de la cul­ture musi­cale mar­seil­laise, le crew a sor­ti en juil­let dernier une com­pi­la­tion de 64 titres, Ici danse le peu­ple oublié, avec des inédits d’artistes habitués ou passés der­rière les platines du Meta. Pour Tsu­gi, une ving­taine d’en­tre eux ont décidé de racon­ter leur pre­mière fois, leurs expéri­ences sur place, et d’ex­pli­quer pourquoi ce lieu ne peut pas dis­paraître.

L’équipe du Metaphore Col­lec­tif / ©Seraphine Bermond

TTris­tana : Je me rap­pelle le jour où Le Meta a reçu une soirée du fes­ti­val mar­seil­lais RIAM. Au pro­gramme : RKSS, Nahshi, Pat­ten… Sûre­ment une des meilleures soirées que j’ai pu pass­er, non pas seule­ment au Meta, mais à Mar­seille. Car grâce à l’éclectisme sans lim­ite du col­lec­tif, cet événe­ment comme tant d’autres aura fait preuve une fois de plus d’audace et de lib­erté.

Decem­ber : Moi, c’est la soirée annuelle du 14 juil­let. Les murs qui dégouli­nent de sueur, les tors­es nus de tous les amis habituelle­ment bou­ton­nés jusqu’à la gorge, les sub qui nous massent les tripes, les ven­ti­los qui crachent l’air brûlant du milieu de l’été, les regards joueurs des groupes qui se for­ment sous le figu­ier de la ter­rasse, les bouteilles en plas­tique de pastis et d’eau tiède, les salves de stro­bo­scope, les débats houleux et les moments trag­iques sur le park­ing à l’en­trée, les retours en tram au petit matin les yeux écar­quil­lés à se racon­ter les faits d’armes des uns et des autres au cours de la nuit passée si vite, les morceaux que l’on ose pas jouer ailleurs, ceux que l’on redé­cou­vre sur le sound-system bril­lant et mas­sif de cette salle en forme de petite boîte noire que nos fada de copains mar­seil­lais bichon­nent comme un tré­sor. Les bras et les jambes qui s’emmêlent, tout qui débor­de, tout qui dégouline. Et pour­tant une douceur immense. J’ai tou­jours détesté cette date, mais depuis trois ou qua­tre ans je l’at­tends avec une impa­tience fer­vente.

L’essentiel au Meta réside dans l’immatériel, dans ce qu’on ne peut saisir mais qu’on perçoit immé­di­ate­ment comme un souf­fle immense de lib­erté, même quand on ne peut plus respir­er à l’intérieur parce qu’on est le 15 juil­let et que de l’eau coule du pla­fond.”

Simo Cell : Com­ment oubli­er les fumigènes de DJ 13NRV à l’en­trée du Meta le soir du 31 ! Gros savoir faire made in Vélo­drome ! Les olives de Judaah déli­cate­ment placées pen­dant mon set m’évo­quent le doux par­fum du Sud… Quand Julie est venue me chercher à la gare en voiture, j’ai trou­vé des sin­gles de Mari­ah Carey et d’Al­izée dans la boîte à gants. Quel bon­heur de s’é­couter un petit « L’amour est un soleil » sur le périph’ de Mar­seille.

Coni : Le pre­mier sou­venir qui me vient à l’e­sprit c’est cette pre­mière fois où je suis venu jouer en décem­bre 2016. Rafa est venu me chercher à la gare Saint-Charles avec sa four­gonnette toute cabossée, son mulet et son accent du Sud. J’ar­rivais de Paris où il fai­sait super froid, j’é­tais un peu intimidé sur le tra­jet et au bout de cinq min­utes il m’a mis telle­ment à l’aise que j’ai com­pris que j’al­lais pass­er un bon moment avec eux. J’y suis retourné qua­tre fois au moins depuis et à chaque fois c’est le même plaisir de partager ces moments avec eux. Le club, leur entourage, tout est trop bien !

©Lou Lecuy­er

Antoine 80 : J’ai encore un sou­venir ému de mon pre­mier pas­sage au Meta, j’étais en vacances dans le coin et un ami com­mun m’avait dit qu’il avait peut-être un plan pour jouer dans un lieu indépen­dant tenu par des potes à lui. « Prends tes machines », m’avait-il dit. Un pari osé pour tout ceux qui con­nais­sent la galère de déplac­er ce genre de matos. C’était la toute pre­mière soirée au Meta. J’étais venu avec Mika Oki et d’autres amis. Julie, Rafa et Simon nous ont fait con­fi­ance pour jouer sans trop savoir ce que ça don­nerait, preuve de leur grande ouver­ture. Ce n’é­tait cer­taine­ment pas ma meilleure per­for­mance, mais la con­fi­ance don­née et la chaleur qui résidait entre les murs de béton m’ont gal­vanisé. Je partageais la scène avec mon amoureuse, lui ayant con­fié dans la plus totale impro­vi­sa­tion un micro délayé. J’étais heureux et fier en jouant, j’ai même eu la chance de pren­dre du recul dans l’instant, ce qui est raris­sime. Je suis revenu plus tard pour une autre pre­mière, lorsque j’ai eu le plaisir de jouer pour une after dans le jardin, lors d’un week-end entier de fes­tiv­ité, un 15 juil­let. Voir les corps encore vibrants d’énergie à 10h du matin, en plein soleil, se dandin­er sur de la tribe, de la jun­gle et autres musiques lour­des en bass­es et très éner­gi­vores, me restera comme un sou­venir fort de mon expéri­ence de DJ. Cet instant don­nera lieu à ma piste sur la com­pi­la­tion Ici Danse Le Peu­ple Oublié. Pour moi, ce sera ici que danse le peu­ple. One love au Meta, sa chaleur et ses valeurs. À jamais les pre­miers.

Hanah : Ma pre­mière fois au Meta c’était pour le Zbat Fes­ti­val un week-end de 14 juil­let. J’étais hyper stressé à l’idée d’y jouer mais heureuse­ment je jouais en pre­mier. Je me suis sen­ti comme à la mai­son assez rapi­de­ment, tous les DJs ont fait des sets de dingue, tout le monde était vrai­ment respectueux du lieu… Bref, tout était par­fait. Le lende­main, je me rap­pelle de Simon qui essayait de cass­er une palette avec un marteau pour allumer un bar­be­cue et on a gag­né la coupe du monde. Depuis, je n’ai qu’une envie, c’est d’y retourn­er, alors s’il vous plaît, ne fer­mez pas.

Moyo aux platines et Low Jack à droite

Eszaid : La pre­mière fois que j’ai joué au Meta, j’ai com­pris pourquoi le lieu béné­fi­ci­ait d’une telle aura. Je n’ai même pas les mots pour décrire l’énergie unique qu’une petite équipe d’acharnés a réus­si à insuf­fler à cet endroit au décor min­i­mal­iste (des parpaings, quelques colonnes et c’est tout). L’essentiel au Meta réside dans l’immatériel, dans ce qu’on ne peut saisir mais qu’on perçoit immé­di­ate­ment comme un souf­fle immense de lib­erté, même quand on ne peut plus respir­er à l’intérieur parce qu’on est le 15 juil­let et que de l’eau coule du pla­fond. Je jouais en live ce soir-là et je n’avais rarement eu des gens aus­si récep­tifs en face de moi, dans ces con­di­tions mag­iques où l’on se trou­ve plus apte à ressen­tir la musique qu’à vouloir la com­menter. Pas de start-uppeurs sous MD hurlant « allez là », pas d’experts grincheux revenus de tout ; seule­ment une joie d’être là et pas ailleurs, une euphorie col­lec­tive qu’on a si peu sou­vent la chance d’observer. Ce que j’ai aus­si com­pris ce soir-là, c’est que Meta est un sym­bole de ce que Mar­seille a de plus touchant et fasci­nant : il faut mérit­er, il faut con­naître, il faut s’ini­ti­er. On n’ac­cède à rien facile­ment dans cette ville mais on est tou­jours sub­jugué quand on a fait l’ef­fort. J’ai com­pris aus­si que je m’y sen­ti­rai tou­jours bien tant que je pour­rai empêch­er Ugo et Julie de tra­vailler en squat­tant l’en­trée et tant que le dra­peau de l’Olympique Mag­nifique flot­tera fière­ment dans l’escalier.

Maoupa Maz­zoc­chet­ti : Le tra­di­tion­nel jour de l’an du Meta auquel ils m’in­vi­tent depuis main­tenant trois années. En par­ti­c­uli­er cette année et la courte jam impro­visée trompette posée sur le set dance­hall men­tal­isé de Iueke et la récep­tion de l’au­di­ence mar­seil­laise tou­jours aus­si ent­hou­si­aste et curieuse. Aucune nos­tal­gie, des sou­venirs il y en aura plein d’autres à venir. Là-bas danse le peu­ple de demain qui s’ou­blie.

Mika Oki : Tous mes sou­venirs mar­seil­lais fusion­nent avec mes pas­sages au Meta. Plus qu’une zone libre, c’est une famille que j’ai ren­con­trée depuis mon tout pre­mier set pour l’ou­ver­ture en 2016. Mon sou­venir le plus mar­quant reste le morceau “ΔMi−1 = −∂Σn=1NDi[n][Σj∈C{i}Fji[n − 1] + Fexti[[n−1]]” d’Aphex Twin joué à 6h du matin. À ce moment-là, j’ai com­pris que c’é­tait un lieu unique dans lequel je pour­rais partager sans com­pro­mis et vivre des moments d’une inten­sité incom­pa­ra­ble.

Le Meta est un sym­bole de ce que Mar­seille a de plus touchant et fasci­nant : il faut mérit­er, il faut con­naître, il faut s’ini­ti­er. On n’ac­cède à rien facile­ment dans cette ville mais on est tou­jours sub­jugué quand on a fait l’ef­fort.”

Uj Bala : Mes sou­venirs au Meta sont tout sim­ple­ment suréal­istes et fous, tout comme le moment où je me suis fau­filé avec mes bagages sous cette clô­ture cassée. Je n’ai jamais vu une telle vibe, une telle foule, une telle fête un dimanche après-midi avant celles-ci. J’en veux encore !

Tar­ba : En vrac, le sourire de toute l’équipe à chaque fois qu’on passe la porte, mal­gré l’heure, la fatigue et les sit­u­a­tions à gér­er. Les sets de Phuong Dan, Maoup­pa Maz­zo­chet­ti, Israfil, Ron Morel­li et j’en passe, depuis ma place favorite : l’en­ceinte de droite con­tre le mur, avec la lueur rouge du booth devant et la sen­sa­tion des corps dansant der­rière moi ! La fies­ta du nou­v­el an 2018 et notre set avec Judaah. Ramen­er des potes de l’autre bout de la France, choqués, extasiés, puis con­quis. Le jardin le jour, le tram du retour, l’in­som­nie.

Low Jack : On se sou­vient a pri­ori tou­jours de sa pre­mière fois. Sep­tem­bre 2017 (il me sem­ble ?), accom­pa­g­né de DJ Moyo pour une No-Go Zone anthologique. Shlag­ga a ouvert la soirée, décou­verte du lieu et des tal­ents de Shlag­ga. Tout sim­ple­ment fou… Puis pris dans l’excitation, on a entamé nos qua­tre heures de set en se partageant une petite pilule de l’amour. Le reste n’est que « off the record ». On a tous pris une bonne grosse douche de sueurs et d’embrassades. Meta, big up.

©Lou Lecuy­er

Seul ensem­ble : Pour avoir bien plus sou­vent été de l’autre côté de la bar­rière, à les voir s’af­fair­er pour que les artistes prof­i­tent au max­i­mum de leur soirée ou au con­traire pour nous bal­ancer des sets claire­ment pas fatigués, je savais que ça devait être le feu d’y jouer. Je l’avais bien fan­tas­mé… Du coup, j’é­tais comme un gosse quand ils me l’ont pro­posé ; et puis ça fait plaisir de se voir accorder une telle con­fi­ance alors que ça fai­sait pas si longtemps que j’avais com­mencé. Comme prévu, ils étaient aux petits oignons, ils avaient même dou­blé la quan­tité de Mon­ster que j’avais demandé, et j’é­tais telle­ment dans un vais­seau spa­tial que je ne cap­tais pas tout ce qu’il se pas­sait, mais pour­tant les gens suiv­aient, même passés les 160 bpm. Je ne suis pas prêt d’ou­bli­er ces deux heures par­faites, clô­turées avec l’un de mes morceaux de hard­core préférés, c’é­tait la pre­mière fois que je jouais devant autant de monde, et j’au­rais dif­fi­cile­ment pu rêver mieux.

Akzi­d­ance : Same­di 17 mars 2018, mes­sage de Julie sur le groupe du Meta. Elle annonce que Decem­ber qui jouait la veille à Leipzig n’a pas pu décoller à cause d’une tem­pête de neige. Tristesse. Mais bon­heur nou­veau : c’est notre ami Judaah qui le rem­plac­era ce soir. Pas de panique, on table sur un roman­tique aus­si, mais d’un autre genre. Arrivée au Meta sur les coups d’1h, les deux gad­jos sont déjà en train de se tir­er la bourre der­rière les platines. Ça part dans tous les sens, il fait de plus en plus chaud, de plus en plus humide. La par­tie de ping-pong se trans­forme en sport de com­bat. Les tran­si­tions de Judaah sont de plus en plus cour­tes, breakées. Je ferme les yeux. Je me réveille, il est 6h.

La fig­ure de proue du Meta, c’est la famille. Celle de sang, celle qu’on choisit.”

Myn — 1/2 Myn­tha : Des sou­venirs, il y en à la pelle ! Si je devais n’en citer qu’un, ce serait celui de l’été dernier pour ma troisième fois, une label night du label que je dirige. Nous sommes le 3 août 2019, la bil­let­terie est sold out, on con­nait tous ce fameux trou dans le gril­lage en guise de pre­mière porte, la queue est inter­minable. Ce soir-là, les ven­ti­la­teurs tour­nent à bloc et le dance­floor est débor­dant. Corps luisants, avec cette lumière rouge du DJ booth dans le dos et les quelques stro­bo­scopes. Énergie sans fin jusqu’au petit matin… Rafa, un des boss de Metaphore, m’interpelle durant la soirée pour lui fil­er un coup de main en me dis­ant que plusieurs per­son­nes essayaient de ren­tr­er via la ter­rasse en escal­adant le mur… Cette soirée mémorable, c’était l’occasion pour moi de célébr­er la sor­tie d’une com­pi­la­tion sur deux vinyles où Rafa (Israfil) et le duo Years Of Denial, eux aus­si de Mar­seille, étaient présents sur ce pro­jet en com­pag­nie de 18 autres artistes. Sur­prise guest : Maoupa Maz­zo­chet­ti qui était de pas­sage à la cité phocéenne a lui aus­si été présent sur cette release en duo avec Beau Wanz­er. Forza Meta !

Boe Strum­mer : Pour moi, la fig­ure de proue du Meta, c’est la famille. Celle de sang, celle qu’on choisit et celle qu’on ren­con­tre au détour d’un canapé acca­blé par le poids des cen­taines de joyeux lurons passés par là. Ma pre­mière soirée là-bas en tant qu’artist, j’y suis allé accom­pa­g­né de ma belle mère et la sec­onde fois de mon petit frère. Et puis j’y ai décou­vert d’autres sœurs valeureuses, d’autres cousins déter­minés, des oncles et tantes tan­tôt fatigués, tan­tôt ani­més, cette famille qui ne se lim­ite pas à la biolo­gie, cette famille qu’au­jour­d’hui je porte dans mon cœur pour l’é­ter­nité.

Judaah : Meilleur spot de France, accueil plus que chaleureux, un idéal de vie, une expéri­ence hors normes, tou­jours la volon­té de repouss­er les lim­ites, que ça soit au niveau de la pro­gram­ma­tion ou sur le dance­floor. Cinq étoiles, je recom­mande.

Le Metaphore Col­lec­tif aux platines / ©Lou Lecuy­er

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