C’était pas simple mais voilà nos 10 meilleurs albums de la décennie

Alors qu’on s’ap­prête à entamer une nou­velle décen­nie (oui, cer­tains comptent dif­férem­ment, arguant que la fin des années 10 aura lieu dans douze mois seule­ment, mais zut), la rédac­tion de Tsu­gi s’est penché sur les albums qui ont le plus mar­qué depuis 2010. Dix choix, for­cé­ment sub­jec­tifs, for­cé­ment non exhaus­tifs, qui con­tin­u­ent à tourn­er sur nos platines et qui à leur époque étaient défendus dans les pages du mag­a­zine. Instant nos­tal­gie, c’est par­ti :

Caribou — Our Love (2014)

C’est l’al­bum qui a été le plus plébisc­ité (avec amer­i­can dream de LCD Soundsys­tem, on y revien­dra) par la rédac­tion quand a été lancée la ques­tion fatidique “c’est quoi vos albums préférés de ces dix dernières années ?”Our Love de Cari­bou, explo­sion de l’an­née 2014 pour le pro­duc­teur cana­di­en. Porté par ses hits extraits de Swim (“Sun”, “Odessa”), son deux­ième long-format sor­ti en 2010, Dan Snaith de son vrai nom explore un peu plus dans Our Love ses tal­ents de song­writer mêlant pop et élec­tron­ique. Et en ceris­es sur le gâteau une couv’ de Tsu­gi (avant une deux­ième ce mois-ci) et une date mag­ique au Pitch­fork Music Fes­ti­val parisien fin 2014, avec con­fet­tis, pub­lic con­quis et tubes en pagaille.

Le titre : L’en­tê­tant “Can’t Do With­out You”, un titre qui colle au crâne sans jamais être putassier.

Charlotte Gainsbourg — Rest (2017)

Révo­lu­tion : après avoir plané avec Air ou folké avec Beck, le plus sou­vent en anglais, Char­lotte Gains­bourg se dédie (presque) exclu­sive­ment à la langue française et s’ac­com­pa­gne de Sebas­t­iAn à la pro­duc­tion pour Rest, son dernier album en date. Deux excel­lentes idées, chaque morceau de ce jour­nal intime piochant ouverte­ment dans l’héritage musi­cal pater­nel sans tomber ni dans le mélo, ni dans la naph­taline, avec en cadeau un titre éponyme pro­duit par Guy-Man de Daft Punk.

Le titre : “Lying With You”, qui évoque sans pudeur la vue du père sur son lit de mort. A la fois intime et uni­versel.

Jeanne Added — Radiate (2018)

Trois après un pre­mier album sépul­cral (Be Sen­sa­tion­al), Jeanne Added irradie dans ce disque de musique élec­tron­ique tou­jours aus­si bien chan­tée. Déjà en rece­vant l’al­bum, ça a été un coup de coeur. Mais sont arrivés les lives, et là, coup de foudre : Jeanne danse en bat­tant l’air comme à la boxe (qu’elle pra­tique), chante avec force et puis­sance, se met à nu dans la ver­sion “Both Sides” de la fin de sa tournée, au plus près d’un pub­lic tou­jours plus présent. L’une des plus belles tournées de ces dernières années.

Le titre : “Radi­ate” et sa ten­sion pal­pa­ble, où on est “en dan­ger d’être le dan­ger” (coucou Wal­ter White !), à pren­dre en pleine face en live.

Jon Hopkins — Immunity (2013)

Vous ren­trez de soirée, il fait encore nuit, peut-être qu’il pleut un peu. L’én­ergie est encore là, mais s’échappe par vos semelles à chaque pas sur le bitume, pour com­plète­ment s’étein­dre une fois enfin sous la cou­ette. Ce chemin, cette longue descente vers le calme retrou­vé, a une bande-son : Immu­ni­ty de Jon Hop­kins. La pre­mière par­tie de l’al­bum sent encore bon la fête, avant qu’un deux­ième volet plus ambi­ent ne prenne le relais. Dans les deux cas, une pro­duc­tion d’hor­loger, entre cli­quetis, basslines vrom­bis­santes et inspi­ra­tions clas­siques.

Le titre : “We Dis­ap­pear” où l’on entend, avant une cas­cade de glitchs, la porte du stu­dio de Jon Hop­kins s’ou­vrir : bien­v­enue dans l’un des meilleurs albums de l’his­toire des musiques élec­tron­iques (oui oui).

Kaytranada — 99,9% (2016)

Sans prévenir, Kay­trana­da a frap­pé fort avec 99,9%. Ce pre­mier album stu­dio a prou­vé à l’échelle mon­di­ale à quel point le pro­duc­teur mon­tréalais savait manier et mêler le hip-hop, le dis­co et la soul sans dif­fi­culté. Un album de beat­mak­er, où se côtoient boucles de syn­thés entê­tantes, bass­es ron­des et rebondis­santes ain­si que plusieurs col­lab­o­ra­tions — sans piocher dans les têtes d’af­fich­es de l’in­dus­trie musi­cale améri­caine, Kay­trana­da a choisi d’y met­tre en avant de jeunes tal­ents comme Shay Lia, ain­si qu’Ander­son .Paak, Alu­na­George ou encore Syd, la chanteuse du groupe The Inter­net.

Le titre : “TRACK UNO”, pour plonger directe­ment dans l’u­nivers dansant de Kay­trana­da. Pas besoin de la voix de qui que ce soit, c’est sim­ple et effi­cace.

Lana Del Rey — Born To Die (2012)

Pour Bill­board, “Born To Die” est la chan­son qui a défi­ni le son des années 2010, rien que ça. Mais à vrai dire, on n’est pas loin de penser la même chose, tant ce pre­mier album de Lana Del Rey a imposé un style (le spleen d’une west­coast dopée aux vieilles vidéos hol­ly­woo­d­i­ennes, aux tatouages de bad boys, au skate et au hip-hop) et un son (chant maniéré, orches­tra­tions rich­es avec cordes et gross­es bass­es, paroles d’amoureuse tran­sie quoiqu’un peu déprimée). En 2012, Lana était sur toutes les lèvres, qu’elle soit sil­i­conées ou pas. Un vrai con­te de fée : tout a com­mencé fin 2011 pour Lizzy Grant, chanteuse qui n’ar­rive pas à ren­con­tr­er le suc­cès, avec le clip de “Video Games”, col­lage fait mai­son sur une des plus jolies bal­lades et chan­sons d’amour de cette décen­nie. Et là c’est l’ex­plo­sion, à tel point que les pre­miers lives de la chanteuse, pas encore tout à fait prête, frôlaient le cat­a­strophique. On vous ras­sure, tout est ren­tré dans l’or­dre depuis.

Le titre : “Video Games”, parce que c’est par là que tout a com­mencé et parce qu’on est d’éter­nels roman­tiques.

LCD Soundsystem — american dream (2017)

Avec Our Love de Cari­bou, c’é­tait la deux­ième évi­dence de cette sélec­tion : amer­i­can dream, la charge anti-Trump (mais pas que) de LCD Soundsys­tem, exhumé par un James Mur­phy qui ose main­tenant chanter plutôt que par­ler sur ses com­pos new-yorkaises. En 2011, on y avait pour­tant cru à ces adieux en grande pompe des LCD, qui pour fêter leur sépa­ra­tion avaient organ­isé un mas­sif con­cert au Madi­son Square Gar­den immor­tal­isé dans le DVD Shut Up And Play The Hits. Ce n’é­tait qu’un au revoir, tant mieux, le groupe de DFA alig­nant dix titres pour danser avec la larme à l’oeil, et pas un à jeter.

Le titre : “how do you sleep?”, plus de neuf min­utes de pro­gres­sion insom­ni­aque où les claviers oscil­lent entre frappes syn­thé­tiques et sonorités organiques, une vraie mon­tagne russe dans les oreilles.

Paradis — Recto Verso (2016)

Le pari était très risqué. Les (faux) frères enne­mis Simon Meny et Pierre Rousseau ont réus­si à con­juguer chan­son française élé­gante et house musique classieuse. Leur pre­mier et unique (ils se sont séparés à force de s’engueuler) album est un bijou qui comblera autant un.e passionné.e des Mas­ters At Work que de…Vincent Del­erm. Fou non ? C’est ça l’effet bon­heur d’un duo atyp­ique dont on a aus­si pu observ­er la mon­tée en puis­sance en con­cert au fil d’une tournée tri­om­phale. Fumez le calumet de la paix les gars.

Le titre : “De semaine en semaine”, parce qu’on tous eu “de semaine en semaine, les dents ser­rées sur le BPM.

Tame Impala — Currents (2015)

Ce troisième album mar­que un tour­nant dans la car­rière de Kevin Park­er, le mas­ter­mind der­rière Tame Impala. D’un rock où les gui­tares étaient omniprésentes, il s’en est allé explor­er des con­trées plus pop, là où les syn­thés font leur loi. Et il n’y a pas à dire, ça lui réus­sit mer­veilleuse­ment bien. Plus sim­ple, plus directe, moins trit­uré : un vrai petit chef d’oeu­vre.

Le titre : “Let It Hap­pen” et ses qua­si huit min­utes de rythmes psy­cho­tiques, syn­thé­tiseurs exaltés et chant léger et nos­tal­gique.

Woodkid — The Golden Age (2013)

On le con­nais­sait déjà vague­ment pour ses clips pour Yelle, Moby, Katy Per­ry ou Tay­lor Swift, mais c’est en 2011 que Yoann Lemoine a réelle­ment débar­qué sur nos petits écrans d’or­di : non seule­ment il est der­rière les vidéos de “Born To Die” et “Blue Jeans” de Lana Del Rey (voir plus haut), mais c’est égale­ment cette année-là qu’il sort “Iron”, son pre­mier morceau-clip sous le nom de Wood­kid — une impres­sion­nante épopée en noir et blanc avec chiens, chevaux, chou­ette, man­nequins, slow-motion et tam­bours, sur fond de cuiv­res, de voix suave et en gros de tout ce qu’un orchestre peut offrir. Wood­kid n’est pas branché min­i­mal­isme, et quand arrive l’al­bum deux ans plus tard, la recette reste la même : on bal­ance tout dans la mar­mite et, une fois que c’est cuit (et, tant qu’à faire, clip­pé), on se reçoit tout ça en pleine fig­ure. Heureuse­ment qu’on a bon appétit : The Gold­en Age con­tin­ue encore aujour­d’hui à squat­ter nos playlists. Et bonne nou­velle, il pré­pare son retour pour 2020 !

Le titre : “I Love You” et son clip à baleines, son amour con­trar­ié et sa grandil­o­quence toute wood­ki­di­enne.

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