Pongo (Crédit : Sylvain Ternard)

Les Noces Félines : le carnaval électronique des chats globe-trotters

C’est à ne plus savoir où nous sommes ! Lorsque l’association Velours nous con­vie du 4 au 6 avril à ses Noces Félines dans l’historique Palais du Tau, à Reims, juste au pied de la Cathé­drale des rois, et nous coiffe de son mythique masque de chat, nous sommes propul­sés dans un intri­g­ant car­naval où les félins devi­en­nent princes, où les mélo­manes devi­en­nent voyageurs. La par­tic­u­lar­ité du fes­ti­val : nous faire décou­vrir le pat­ri­moine rémois au tra­vers de trois soirées-thématiques qui explorent cha­cune un recoin du globe, entre aurores boréales, chaleur équa­to­ri­ale et psy­chédélisme ori­en­tal. Lorsqu’on entre aux Noces Félines, on est sur­pris par la beauté du lieu, et plus encore par les sub­limes ani­ma­tions vidéos de Velours pro­jetées directe­ment sur les murs du mon­u­ment.

Crédit : Syl­vain Ternard

Pour la pre­mière noce, donc, décol­lage immé­di­at vers le Nord, avec la soirée “Hyp­nose Boréale”, dédiée aux musiques élec­tron­iques — qui sera à nos yeux la plus réussie du fes­ti­val. Départ haut en psy­chédélisme lorsque, pour accéder aux fes­tiv­ités, nous devons tra­vers­er un long couloir inondé de formes lumineuses qui sem­ble être l’en­trée vers une autre dimen­sion. Et c’est le cas. Une fois arrivé au bout, le jazz noc­turne du quin­tette bri­tan­nique Alfa Mist résonne déjà, gra­cieux et agile, tan­dis que les chats com­men­cent à point­er le bout de leurs muse­aux et à pro­lifér­er dans la pièce. Et il y a une drôle d’odeur dans l’air… patchouli et cas­sis poivré, nous décrira le stand de B.A.S.I.C, par­fumeur rémois, qui répan­dra un nou­veau par­fum chaque soir dans la salle selon la thé­ma­tique du jour. Ain­si, règne une atmo­sphère mag­ique et décon­cer­tante : nous ne sommes plus au Palais du Tau, mais dans un lieu autrement unique, entre le château, la cave jazz et la rave elec­tro… Car Mag­net­ic Ensem­ble a com­mencé à jouer. A par­tir d’in­stru­ments acous­tiques, le quatuor français bal­ance sa tech­no à la fois poignante et dansante. Le pub­lic se laisse lente­ment hyp­no­tis­er. Et ce n’est que par­tie remise, avec Ouai Stéphane qui suit. Le jeune pro­duc­teur encore peu con­nu, mais fort poli, se présente : “Salut, moi c’est Stéphane et je vais euh… faire de la musique !”. Cette phrase, sam­plée, se répétera de bout en bout du morceau sur fond de tech­no lourde et de gros beats. Ouai, ouai, c’est loufoque, absurde, mais telle­ment bon ! Un peu comme un cer­tain Jacques, en fait.

Mag­net­ic Ensem­ble (Crédit : Axel Coeuret)

Coup de chaud immé­di­at le deux­ième soir, où l’on nav­igue vers l’équateur avec “Frénésie Trop­i­cale”. Pam­ple­mousse et bois ambré dans l’air, les cinq Néér­landais de The Mauskovic Dance Band font se tré­mouss­er la foule sur leurs rythmes brésiliens forts bien faits, et la très atten­due ango­laise Pon­go (“vite, vite, Pon­go a com­mencé !” entendions-nous un peu partout) livre une electro-RnB aus­si poignante que sen­suelle. La foule est fréné­tique jusqu’à la fin de la soirée.

Sofi­ane Sai­di (Crédit : Syl­vain Ternard)

Quand on pense qu’il y avait des rois et des reines qui fai­saient la fête ici… Jamais ils n’auraient cru qu’un Algérien comme moi serait là un jour !”, lance Sofi­ane Sai­di le lende­main. Et com­ment ! Nous sommes désor­mais dans un palais arabe avec la dernière soirée de clô­ture, nom­mée “Transe Ori­en­tale”, inédite dans l’histoire des Noces Félines et très réussie. Le duo français Ko Shin Moon, maquil­lé et en tenue tra­di­tion­nelle, nous abreuve d’une tech­no psy­chédélique sahari­enne. Le masque devant les yeux, on se prendrait presque pour un Chat du rab­bin en train de déam­buler dans les rues d’Alger… Quand vient enfin l’une des têtes d’affiche majeures du fes­ti­val, Gui­do Minisky, moitié d’Acid Arab, pour un DJ-set de deux heures. Le bou­quet final d’un fes­ti­val voyageur : on passe allè­gre­ment d’un funk améri­cain à du Acid Arab, de Peg­gy Gou à la Mano Negra et même de la musique clas­sique à de la drum and bass ou du hard­core. Finale­ment, le calme revient sur le Palais du Tau vers trois heures du matin. Nous nous retrou­vons dans les rues de Reims. Cette excel­lente édi­tion des Noces Félines nous l’aurait presque fait oubli­er.

Meilleur moment : “Ouai ? Ouai ! Ouai, ouai.”

Pire moment : Les gens qui veu­lent des drops bêtes et méchants pen­dant Mag­net­ic Ensem­ble et qui le font un peu trop savoir à leur entourage.

En prime, un mag­nifique court-métrage sur le fes­ti­val, réal­isé par les pro­duc­teurs rémois du Cer­cle Méliès :

(Vis­ité 305 fois)