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1 juin 2016

L’Impératrice : « On joue pour faire danser les gens »

par rédaction Tsugi

Découvert en 2014 grâce à Sonate Pacifique, un EP sorti sur le label Cracki Records, L’Impératrice développe depuis une image et un son. Le groupe fascine grâce à la mystérieuse métaphore engendrée par son nom et une musique instrumentale, souvent qualifiée de cinématographique. Charles de Boisseguin, à l’origine du projet, est entouré de quatre musiciens et depuis peu d’une chanteuse, faisant de L’Impératrice un sextet créatif aux courbes féminines : « L’Impératrice, c’est aussi la meuf dont tout le monde est amoureux mais que tu peux pas choper, tu vois c’est insaisissable. C’est beaucoup d’ambiguïté« .

Son troisième et dernier EP, intitulé Odyssée, a confirmé une ambition musicale de haute volée, endiguée par les lives qui maintiennent une réputation à toute épreuve. Gagnants aux yeux du public du prix Deezer Adami 2016, on les retrouve sur la scène Clairière à We Love Green samedi dans le bois de Vincennes et on a posé quelques questions au leader identifié du groupe, prêt à nous en dire encore un peu plus sur l’identité, civique et sonore, de cette Impératrice royale et sauvage.

– Tu étais seul au début de l’aventure, aujourd’hui vous êtes six. Comment ça s’est passé ?

D’abord, tout seul, ce n’est pas marrant, et puis je ne suis pas musicien de formation, je suis journaliste. Un jour, j’ai eu un souci d’éthique avec le métier de critique musical et je me suis dis que pour légitimer mes propos, il fallait que je commence à triturer des machines et me rendre compte de l’étendue du travail. Alors je me suis lancé, seul sur mon ordi avec des synthés et j’ai pondu un truc qui s’appelle « L’Impératrice ». Le label Cracki Records m’a proposé à l’époque de sortir un EP et très vite j’ai du me pencher sur l’aspect live. Ça aurait été dommage de le faire seul avec des machines car finalement, c’est une musique de groupe, une musique qui se joue. J’ai rencontré des musiciens au fur et à mesure, d’abord le claviériste qui m’a présenté le batteur, qui ensuite m’a présenté au bassiste. Le guitariste, c’était un ami et à la fin, on a monté un live tous les cinq. Ça nous a pris huit mois, on a joué d’abord instrumental et ensuite Flore nous a rejoint pour l’Odyssée.

© Mélanie Bordas Aubiès

Je l’ai rencontrée un peu par hasard à la sortie d’un concert, elle chantait avec Bon Voyage Organisation, j’aimais bien ce qu’elle faisait et elle n’était plus membre du projet donc après des essais, ça s’est fait intuitivement. En plus d’être très cool, elle chante très bien. Je ne voulais pas de voix du tout à la base, c’était un projet totalement instrumental et ça s’est avéré être la meilleure opportunité pour nous de le tester vocalement. Bien sûr, maintenant, il y a une empreinte depuis le passage de Flore sur le disque mais je trouve que dans les placements et dans l’ambiance des morceaux, elle a plus un rôle instrumental que vocal à proprement parler. Et c’est vrai que ça nous a ouvert plus de portes parce que la voix est un bon repère pour les gens, ça touche forcement.

– Flore fait-elle partie intégrante du groupe désormais ou bien y’a-t-il un changement à prévoir pour la suite ?

On s’est tellement bien entendu avec elle que maintenant, elle fait partie du groupe. Nous sommes en passe de signer avec un label et je pense qu’elle va signer avec nous. Elle est importante dans le processus créatif. Et puis avoir une fille dans un groupe c’est toujours cool, surtout quand ça s’appelle L’Impératrice !

– On qualifie votre musique de cinématographique, qu’est-ce que ça veut dire pour vous ?

C’est un mot qu’on emploie souvent, pas tant pour décrire la musique qu’on fait mais plutôt pour les influences. De mon côté, j’ai été super touché et ému très jeune par les musiques de films. Une de mes plus grosses claques c’était Il Etait une fois dans l’Ouest et découvrir avec candeur qu’Ennio Morricone avait créé un thème pour chaque personnage ! J’étais particulièrement frappé par celui de Claudia Cardinale, que je trouve absolument sublime, d’où ma réelle volonté de créer ce genre de sons et remplacer la voix par un synthé (le Moog en l’occurrence). Je trouvais ça intéressant et extrêmement émouvant comme idée d’affilier un thème à chacun. Et puis il y a un rapport intrinsèque entre la musique et le cinéma.

– La voix de Flore ne va rien y changer ?

Non, on reste dans ce registre, quelque chose d’imagé et de lyrique, une musique où on utilise beaucoup de nappes, une ambiance assez aérienne. Je rêve de bosser avec un réalisateur un jour, qui vienne me voir pour me proposer de faire la musique de son prochain film. Je sauterai au plafond. Bon, tout dépend du film mais oui, il y aura toujours ce truc, ça fait parti de mes principales influences.

– Tu sais comment tu ferais, si on te le proposait ?

Pas du tout. Ça me fascine parce que je me suis toujours demandé quel est le rapport entre un compositeur et un réalisateur. J’imagine que ça doit être tendu et extrêmement intense, je pense que c’est passionnel, il faut que l’un rentre dans l’univers de l’autre et vice-versa, même si a priori c’est le compositeur qui doit bien cerner l’ambiance et les personnages. J’imagine que tu t’appropries vraiment le scénario, que tu essaies de vraiment connaitre les personnages et surtout il faut essayer de donner, il faut être généreux. Ça doit être extrêmement dur, un travail de longue haleine mais une fois que tu as réussi à faire ça, tu as plus de facilités à faire le reste.

– Comment ça se passe niveau composition ?

C’est l’avantage d’être un groupe. Mes musiciens sont très éduqués musicalement, deux viennent du conservatoire avec une formation classique, le bassiste et le claviériste sont respectivement violoncelliste et violoniste, ils ont une maîtrise de la musique que je n’ai pas du tout alors forcement, avoir des mecs comme eux dans ton groupe, c’est plus que bénéfique. Ça te permet de ne plus faire n’importe quoi. Là où s’est créé l’équilibre, c’est que quand je teste des choses, en cassant les codes, sans toujours suivre une démarche classique, eux arrivent à canaliser tout ça, à trouver de la cohérence d’une partie à l’autre. Par exemple, j’ai deux moods dans un morceau qui sont complètement différents, comme dans « Sonate Pacifique », sorti il y a deux ans. Il y avait deux parties dans ce titre que j’étais inapte à lier et ils ont composé ce pont au milieu que j’aurais été incapable de pondre. Disons que, pour grossir le trait, j’ai les idées de base et ils les arrangent vachement bien.

– Tu aimes bien les machines apparemment.

Oui ! La première que j’ai acheté c’était un Farfisa, une espèce d’orgue avec deux claviers. J’avais lu un bouquin sur Taxi Girl et le son qu’ils avaient m’obsédait un peu, j’ai tenté de le retrouver avec ça. Entre temps, j’écoutais beaucoup Hot Chip, « Over And Over », avec une basse qui me rendait fou et du coup, j’ai appris qu’avec ce synthé, je pouvais refaire ce son et les nappes de Taxi Girl ! J’étais hyper content. Ensuite j’ai acheté des synthés classiques comme le Moog, mon préféré, ainsi qu’une série de boites à rythmes, avec un son électronique qui groove comme un batteur, des machines avec dix boutons qui font des trucs incroyables. J’aime beaucoup ça et aujourd’hui, à nous cinq, on a ce qu’il faut pour s’éclater.

– Le live est comment, par rapport aux disques ?

C’est complètement différent. C’est marrant parce qu’on s’est rendu compte qu’on était bookés toujours très tôt parce que le disque a un côté assez linéaire, qui peut manquer de gouache, dont on est conscient, mais c’est aussi lié à une volonté de production. Quand tu rentres en studio, tu te dis que le truc doit être pérenne alors que le live est beaucoup plus spontané. Du coup aux concerts il y a une énergie, plus forte et dynamique, que tu ne retrouves pas dans le disque. On a déjà eu des programmateurs étonnés, qui ont regretté de ne pas nous avoir fait jouer plus tard. On teste beaucoup plus de choses, on a plus de machines, on laisse plus de place à l’instant et puis il y a un aspect très frontal, très axé sur la danse. On fait des concerts pour faire danser les gens. Une heure de space, pop, disco, qui tend vers la house et les années 90, type Super Discount d’Etienne de Crecy. On a envie de faire un balayage historique de nos influences pendant le concert. Le live a, au bout du compte, pris le pas sur le disque et je pense que les gens viennent nous voir pour ça.

– Un prochain EP ?

On a déjà sorti trois EPs et ce qui est frustrant avec ce format, c’est que tu n’as pas le temps de raconter une histoire, c’est trop succinct. Là, le but c’est de se pencher sur un album, on a la chance d’avoir un peu plus de moyens maintenant et on commence à bosser dessus. Tu ne composes pas un album comme tu composes un EP, tu fais plus attention aux détails, tu prends le temps. On veut que chaque morceau soit irréprochable et l’idée c’est de composer cinq morceaux et de n’en garder qu’un seul à chaque fois. Il faut s’attendre à un truc assez différent, surtout dans l’arrangement. On veut que ça sonne comme en live, d’ailleurs je pense qu’on l’enregistrera en live.

– Vos actus de l’été ?

We Love Green, Calvi On The Rocks, Midi Festival, Days Off à la Philharmonie, Hello Birds, Nuits Sauvages… On n’arrête pas, enfin c’est pas énorme mais c’est cool, plus on joue plus on est content. 

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