©T.RIBEIRO

LIVE REPORT | Cabaret Vert 2023 : le Greenfloor, l’amour et la violence

127.000 fes­ti­va­liers ont de nou­veau ral­lié Charleville-Mézières pour Cabaret Vert. Nou­veau record. Année après année, le fes­ti­val impose son statut de mastodonte en gar­dant un esprit éclairé, un sens de l’al­ter­natif, du col­lec­tif et du faire-ensemble. C’é­tait une dix-septième édi­tion canon pour le fes­ti­val arden­nais, où on aura passé pas mal de temps devant la scène élec­tron­ique (mais pas que) du fes­ti­val, nichée au milieu des arbres : le fameux Greenfloor.

Les pluies et la gadoue se sont incrustées pen­dant le mon­tage des scènes et ont bien fail­li gâch­er la fête, ou au moins le début des fes­tiv­ités. C’é­tait sans compter sur la réac­tiv­ité des équipes du fes­ti­val, qui ont pu ren­dre aux ter­rains une forme prat­i­ca­ble (sans sables mou­vants, finale­ment). C’est donc le coeur léger qu’on avait hâte de retrou­ver Cabaret Vert, et en par­ti­c­uli­er la scène du Green­floor, qui nous avait déjà éblouis l’an passé.

Greenfloor, jours et nuits
greenfloor cabaret vert

Direc­tion le Green­floor © B. BARTHOLET

On rap­pelle que cette scène, doux écrin de ver­dure, a fait son appari­tion en 2022. Pour y accéder on enjambe la Meuse et on se retrou­ve dans la forêt, pour kick­er et taper du pied. Avec des pro­jets rap/hip-hop en journée, puis avec des artistes élec­tron­iques pen­dant les Nuits ‑présen­tées par Cabaret Vert et Tsu­gi Radio. Là, tout n’est que désor­dre et beauté : luxe, kicks et volupté.

Alors on vous l’avoue, on aura passé pas mal de temps au Green­Floor. Notam­ment pour admir­er, la journée, les per­for­mances rap de Flo­hio (Nigéri­ane venue de Lon­dres qui découpe comme une Lady Leshurr ou Lit­tle Simz) mais aus­si Doria, Doums, Vacra ou encore Jazzy Bazz, qui a étalé sa verve et sa classe sur une scène qui parais­sait trop petite pour lui. Ou pour taper du pied sous les étoiles, par exem­ple devant la patronne Paula Tem­ple, devant Dylan Dylan, Sherelle, Hon­ey Dijon, la folie déstruc­turée de Taahli­ah et Gazzi (vous pour­rez écouter les replays de leurs sets grâce à Tsu­gi Radio), Skin on Skin et Belar­ia ‑qui a délivré un set à l’im­age du virage musi­cal qu’elle décrivait pour nous en inter­view : plus dark, intense, techno.

Mais au Green­floor, plusieurs presta­tions ont été par­ti­c­ulière­ment mar­quantes. D’abord deux duos : les frères d’Over­mono, qui pas­saient en même temps que Black Eyed Peas (ce qui donne encore plus de poids au pub­lic présent). Un set très élé­gant, fait de sons deep house et clubs assez con­tagieux qui emprun­tent à la rave, au break­beat et à la trance des 90s. Autre duo ‑à la ville comme à la scène- avec Eris Drew & Octo Octa, qu’on retrou­ve un an plus tard sur ce même Green­floor : incroy­ables diggeuses, elles ont bal­ancé des tracks house, garage et UK rave. Le tout dans une énergie com­mu­nica­tive : celleux qui les ont vues en b2b, que ce soit à la Machine ou en fes­ti­vals, sauront de quoi on parle.

 

overmono cabaret vert

Over­mono © M. TCHAKMAKDJIAN

 

olympe 4000 cabaret vert

Olympe 4000 © M. TCHAKMAKDJIAN

 

Olympe 4000 nous a retournés avec un joli set UK bass bien énervé, Win­nterzuko fut une très ‑très- bonne sur­prise avec son rap sur instrus élec­tron­iques au BPM élevé (rien de très élaboré, mais sou­vent effi­cace) et enfin le séisme nom­mé Train Fan­tômeQUEL. BONHEUR. On les avait déjà vus à Nuits Secrètes, ces 7 rappeurs à l’én­ergie punk qui retour­nent tout sur leur pas­sage.  C’est défini­tive­ment là où il faut être pour les pogos. Mais atten­tion, avec des règles : “le pogo c’est pour toutes et tous, y’a pas d’histoire de qui tape le plus fort, préviennent-ils. Le pre­mier boloss qui vient ici pour mon­tr­er leurs bis­co­tos ça dégage”. 

 

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Ce live est fort, sur­puis­sant. C’est l’esprit punk, l’amour du pogo et le pou­voir du love. “Trans­formez la merde que vous avez en vous, en posi­tif” : ça c’est du cre­do. S’en­suit une tirade digne d’E. Nor­ton dans La 25ème heure, avec pas mal de “f**ks” bal­ancés… Pour finir par “vous êtes tous mer­veilleux, mer­ci !” Train Fan­tôme, c’est l’in­car­na­tion par­faite d’une idée qui nous a sou­vent suiv­is pen­dant cette édi­tion du Cabaret Vert : un mariage entre l’amour et la violence.

 

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Train Fan­tôme © T. RIBEIRO

 

L’amour et la violence

L’amour et la vio­lence”, dans un autre con­texte c’est une très belle chan­son de Sébastien Tel­li­er. Mais ça représente surtout fort bien ce Cabaret Vert. Comme sur la scène Razor­back pour Ben­e­fits, chanteur hurlant et habité sur bat­terie bru­tale et mod­u­la­teurs élec­tron­iques, ou encore le garage de Coach Par­ty et le growl de Zulu. ‘L’amour et la vio­lence’ c’est le punk assez jouis­sif d’Amyl & the Snif­fers, ambiance rrriot girls qui mon­tre les mus­cles, cheveux blonds per­ox­y­dés et gueu­leries effi­caces. C’est Cypress Hill qui débar­que avec un B‑Real des grands soirs. C’est la ten­dresse et l’art du show d’Aloise Sauvage. C’est Wolf­moth­er pour le dernier show de sa tournée, riffs vénéneux et son lour­daud, les élu­cubra­tions vocales d’An­drew Stok­dale, ses bouclettes et son gilet en jean sans manche… “Woman”, “Jok­er and the Thief”… Le bon­heur, quelque part.

C’est aus­si trois gros rappeurs pour grandes scènes avec d’abord Dinos et PLK, qu’on retrou­ve après We Love Green pour les mêmes lives pleins d’én­ergie folle, de posi­tif, de flammes sur scène, de lyrics ciselées pour publics con­quis. Le troisième lar­ron est évidem­ment Damso : le Belge a con­quis Zanz­ibar et a enflam­mé l’as­sis­tance ‑au pro­pre comme au figuré- avec beau­coup beau­coup de titres repris en choeur par les mil­liers de spec­ta­teurs dans la foule, que ça chante ou que ça kicke. Et peu importe l’âge : on a notam­ment passé le live à côté d’une mère de famille qui con­nais­sait TOUTES les paroles (même quand ça chante “Si y’a bien une chose que j’sais faire, c’est niquer des mères” sur “Smog”).

Amour + Vio­lence, c’est aus­si et surtout le live des Chem­i­cal Broth­ers. Grosse leçon de live délivrée par Tom Row­lands et Ed Simon, enchaî­nant “Hey Boy Hey Girl”, “Do It Again”, “Gal­va­nize”, “Go”. On sent le pub­lic en transe, The Chem­i­cal Broth­ers envoie un son mas­tock, qui écrase tout sur son pas­sage. Ça nous rap­pelle la puis­sance de Vital­ic, ici même l’an dernier. Quelle vio­lence et quelle ten­dresse : on s’est fait rouler dessus et on a adoré ça.

chemical brothers cabaret vert

The Chem­i­cal Broth­ers © F. MAYOLET

 

 

L’engagement

Si on con­naît Cabaret Vert, c’est aus­si pour son engage­ment sur l’é­colo­gie et l’é­conomie locale, que le fes­ti­val cul­tive depuis tou­jours. Et même en grossis­sant, d’an­née en année, devenant mastodonte accueil­lant 127 000 per­son­nes sur cinq jours, ils gar­dent ces valeurs à l’e­sprit. Alors que le fes­ti­val débu­tait, Cabaret Vert a mis en ligne les résul­tats de son bilan bas-carbone, qu’on détail­lait sur Tsu­gi. On note qu’un fes­ti­va­lier sur deux vient des Ardennes, ce qui est assez déter­mi­nant sur une jauge aus­si grosse. Ici on con­somme local (70% de la nour­ri­t­ure vient de four­nisseurs arden­nais) que ce soit dans l’assi­ette, dans les ver­res, dans les instal­la­tions et la récup’.

On pense au live de The Inspec­tor Clu­zo, duo rock d’a­gricul­teurs landais, qui essaient de sauver des ani­maux en voie de dis­pari­tion, de pro­duire leurs graines, tout en faisant un rock gras ponc­tué d’un dis­cours engagé. Avec notam­ment des chan­sons où ils cri­tiquent l’hypocrisie du green wash­ing. On pense à l’éco-visite du fes­ti­val, aux côtés de Jean Per­rissin, respon­s­able Développe­ment Durable. Il rap­pelle que le fes­ti­val est asso­ci­atif et s’ap­puie sur 2500 bénév­oles, que le fes­ti­val incar­ne son ter­ri­toire. On rap­pelle l’at­tache­ment au ciné­ma, aux tables ron­des à la BD, tou­jours présents sur le fes­ti­val, qui abor­dent aus­si ces thé­ma­tiques pen­dant le week-end. On vis­ite le cen­tre de tri, où 80% des déchets sont reval­orisés et/ou recyclés.

Et on remar­que qu’i­ci l’eau est gra­tu­ite. Ça paraît insignifi­ant, mais ce n’est pas le cas partout. Après, vien­dront se pos­er des ques­tions com­pliquées : quel impact d’un tel événe­ment sur la bio­di­ver­sité locale ? Com­ment con­cili­er le développe­ment durable écolo­gie et l’ap­proche très “vian­darde” des pro­duc­teurs locaux ? Des ques­tions à se pos­er… Même si on n’a pas su résis­ter à manger une flap­miche (en gros, une tar­tine de maroilles gril­lé), des croûtes arden­nais­es et un Cacasse à cul nu.

 

© A.STOLARCZYK

 

De ce week-end on retien­dra la pro­gram­ma­tion fleuve, var­iée et par­fois osée, on retien­dra le pub­lic sou­vent à la hau­teur des lives, le Green­floor évidem­ment… Et le partage : comme pour la grosse fies­ta col­lé­giale et bon enfant devant Black Eyed Peas. En témoigne ce moment mignon où le groupe fait mon­ter une fan de 18 ans, Clara, pour chanter “Mamaci­ta” avec eux -comme le racon­te L’Ar­den­nais ici- et s’en sort à mer­veille. Même chose Romane qui, plus tard dans le week-end, est venue sur scène avec Dinos pour rap­per la par­tie de Nek­feu sur le feat. “Moins un”… Et qui a tout bal­ayé, portée par la bien­veil­lance de Punch­li­novitch et du public.

On vous laisse avec une playlist de notre week-end, un titre par artiste.

 

 

 

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Meilleur moment : entre The Chem­i­cal Broth­ers et Train Fan­tôme, le coeur balance

Pire moment : la glace au Maroilles. On sait que c’est une propo­si­tion salée un peu mar­rante, qui attise la curiosité. Mais franche­ment les gars on a goûté : c’é­tait pas une si bonne idée. Alors même qu’on aime le fro­mage par ici, bien fort si possible.