M pour Montréal, assaut hip‐hop

Désor­mais incon­tourn­able rendez‐vous pop pour pren­dre le pouls des artistes émer­gents cana­di­ens, le fes­ti­val M pour Mon­tréal attire tou­jours autant de pro­fes­sion­nels inter­na­tionaux de l’industrie musi­cale. Cette treiz­ième édi­tion, qui a mis l’accent sur la belle vital­ité de la scène hip‐hop, n’a pas oublié d’inclure dans sa pro­gram­ma­tion la déjan­tée étoile mon­tante Hubert Lenoir. Zoom sur qua­tre de nos coups de coeur.

Loud

C’est le rappeur qui a pris le pou­voir dans la Belle‐Province. Une année record, titre d’album d’album à l’instinct prophé­tique. Lors de la céré­monie de l’ADISQ, l’équivalent des Vic­toires de la musique, il a reçu le trophée de l’artiste québé­cois qui s’est le plus illus­tré hors de hors de ses ter­res ain­si que celui de l’album hip‐hop. “Toutes les femmes savent danser”? Pre­mière chan­son de rap à être numéro un en radio là‐bas. Belle récolte pour celui qui s’appelle au civ­il Simon Cluche Trudeau. Rien d’étonnant alors à ce que la salle mythique du MTelus soit bondée. Rien d’étonnant, tou­jours, à ce que les lèvres des déten­teurs du fameux sésame remuent à l’unisson du flow alerte du gail­lard. Ses punch­lines se sont déjà recy­clées dans tout le pays. Loud crée de l’optique à chaque phrase, décale, met en par­al­lèle, traque la poésie. Pas de masque ni d’armure, encore moins de pos­tures provo­ca­tri­ces. Les mots, leur sens, son charisme, les beats mènent sans relâche la danse. Sur son trône, le DJ Ajust bal­ance des sirènes et des bass­es dan­tesques. 56k, tor­nade esti­vale à la ryth­mique dance­hall, se taille la part du lion. Il ne s’agira pour­tant pas — et on peut déjà l’assurer — d’un ent­hou­si­asme de sai­son.

Richard Reed Parry

Un ajout de dernière minute dans la pro­gram­ma­tion alors que les hos­til­ités avaient déjà débuté. Richard Reed Par­ry, espiè­gle multi‐instrumentiste à la chevelure rousse du groupe Arcade Fire qui n’en est pas à son pre­mier pro­jet solo en par­al­lèle (Music for Heart and Breath, disque de morceaux instru­men­taux et con­tem­po­rains en 2014). Immer­sion ici au coeur de la Satosphère de la Société des arts tech­nologiques pour décou­vrir quelques titres du pre­mier vol­ume de Qui­et Riv­er of Death (le sec­ond est prévu au print­emps). Sous le dôme, le pub­lic est invité à s’affaler sur des coussins. Qu’est-ce que nous a offert Richard Reed Par­ry ? Une allé­gorie autour du cycle de la vie, une infinité de détails soniques, des con­struc­tions tou­jours mou­vantes, des écrins de velours hal­lu­ci­na­toires. Il défroque le folk en songeant à des apoc­a­lypses cos­miques et naturels. Des pro­jec­tions 360° de forêts mys­térieuses ou en sur­face d’une riv­ière accentuent la dimen­sion hyp­no­tique. Une expéri­ence aus­si bien méta­physique que psy­chédélique, planante et hap­pante. On aurait encore joué volon­tiers les pro­lon­ga­tions.

Antoine Corriveau

Il demeure, plus que jamais, un authen­tique tré­sor. Tré­sor qu’on a le priv­ilège de côtoy­er de son vivant. Antoine Cor­riveau était en vit­rine — enten­dre par là show case — à M pour Mon­tréal mais c’est à Coup de coeur de fran­coph­o­ne, autre fes­ti­val de novem­bre de la ville lumière, qu’on a pris défini­tive­ment con­science de sa grâce inouïe. Ce soir‐là, Cor­riveau célébrait le lance­ment de son majestueux EP Feu de forêt au Club Soda. Dis­posi­tif par­ti­c­uli­er pour cette date unique avec une scène cen­trale surélevée, de l’ambisonie et les projections‐illustrations de Mathilde Cor­beil. Le garçon est trop con­cen­tré sur son ouvrage pour bomber le torse et porter le front haut. Dans le calme qui suit la tem­pête, on le trou­ve réfugié sur les ter­res cal­cinées d’un folk intro­spec­tif et superbe­ment acci­den­té. Il offre à chaque chan­son un sup­plé­ment de vie et d’émoi. Voix à fleur de peau. Paroles d’une entê­tante noirceur. Antoine Cor­riveau dresse une toile orageuse à des his­toires d’humains déçus. Ses flam­mèch­es chance­lantes éblouis­sent, con­so­lent et réchauf­fent. On risque de s’y brûler longtemps.

Jacobus

A ce mem­bre orig­inel du tan­dem Radio Radio, la palme de la bonne humeur com­mu­nica­tive et de l’énergie toni­tru­ante. Pas besoin de round d’observation chez Jacobus qui ne devrait pas tarder à pub­li­er un deux­ième album solo. Celui‐ci sait mieux que per­son­ne faire grimper la tem­péra­ture. Ca com­mence à tam­bour bat­tant et ça se ter­mine dans la même dynamique. Electro‐pop tein­tée de hip hop à la fois décom­plexée, accrocheuse et explo­sive. Plein de petits tubes à surfer sur les zygo­ma­tiques bien cram­pés. Et charisme assez cri­ant du bon­homme pour nous retenir dans ses filets. “Ma vie c’est un movie” provoque sourire béat et four­mille­ments des mem­bres inférieurs. Une vraie bombe pour dance‐floor.

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