©Rémy Golinelli

Manu le Malin à la Machine du Moulin Rouge : que c’est bon d’écouter du hardcore à Paris, pour une fois !

Il reste des fans de hard­core à Paris. Ils sont là, dis­crets, par­fois au Bato­far ou au Glazart pour écouter toute sorte de bass music. Mais si un ancien teuf­feur ou un jeune curieux biberon­né à l’Hérétik ou au Dsp souhaite assis­ter à une soirée com­plète­ment dédiée à la hardtek ou au hard­core, il faut le plus sou­vent qu’il prenne le train vers le Sud — le Dock des Suds à Mar­seille et ses soirées “Rave” sont générale­ment très effi­caces. Relou, donc.

Alors quand le mag­a­zine Open Mind­ed a annon­cé un set de Manu Le Malin (et non pas de The Dri­ver, son alias tech­no) à l’une de leurs soirées ven­dre­di dernier, à la Machine du Moulin Rouge, dif­fi­cile de résis­ter. Nous voilà donc accueil­lis par AZF… Sans vrai­ment la voir ! Comme sou­vent la Machine a en effet adop­té une con­fig­u­ra­tion bien par­ti­c­ulière : le DJ-booth est placé dans la fos­se, et la scène sert de dance­floor sur-élevé. Pas de DJ star donc, mais des gens qui dansent de tous les côtés ! Idéal pour une soirée où la tech­no énervée côtoie l’acid et le hard­core, puisque le but ici est bien de se défouler en dansant, sorte d’ex­er­ci­ce expi­a­toire où toutes les galères de la semaine dis­parais­sent dans les semelles — moins cher qu’une psy­ch­analyse, moins gras qu’un pot d’Häagen-Dazs dévoré devant la télé… On a la cathar­sis qu’on peut et, franche­ment, un bon Spi­ral Tribe vaut bien un mau­vais Phè­dre par­fois.

AZF. Crédit : Rémy Golinelli.

Après l’acid et la tech­no d’AZF, red­outable­ment effi­cace, voilà qu’ar­rive Manu Le Malin, venu en découdre avec un set hard­core — ces derniers temps, on le voit plutôt sous sa cas­quette The Dri­ver, le pub­lic assez jeune de la Machine s’en retrou­ve donc tout excité. La (bonne) recette est tou­jours la même : un voy­age, une vraie propo­si­tion en forme de set, sur vinyles, jouant avec les vitesses quitte à par­fois se manger un pain, se rat­trap­er, faire rêver. Côté sélec­tion, il reste fidèle à sa répu­ta­tion avec une hardtech­no som­bre, ciné­matographique… Et par­fois récente, comme avec ce nou­veau morceau de Sludge sor­ti en févri­er dernier, de quoi rap­pel­er que le hard­core n’est pas mort en même temps que le XXème siè­cle, mer­ci pour lui. Quant à 14anger, clô­tu­rant la soirée avec deux heures de set, il aura enchaîné les titres impa­ra­bles, tueurs de dance­floor, en mix­ant très vite, sans laiss­er le temps aux morceaux de lass­er (même si par­fois on aurait aimé ne pas pass­er aus­si vite à autre chose, comme quand on entend “Back­draft” de Labrat), s’au­torisant une belle pointe à 180 BPMs (au moins…) en toute fin de set, his­toire d’achev­er les sur­vivants de 6h45. Qui repar­tent plein de sueur, les yeux éblouis par le matin sur le boule­vard de Clichy, avec une seule idée en tête : “pourquoi on ne fait pas ça plus sou­vent ?”.

Manu Le Malin. Crédit : Rémy Golinelli

Meilleur moment : 14anger qui bal­ance, l’air de rien, l’im­prob­a­ble “Thirsty” de The Roots — (mise à jour : on nous souf­fle dans l’or­eille que si les Roots ont bien sor­ti ce morceau, c’est l’o­rig­i­nale de Thomas Schu­mach­er — “When I Rock” -, éditée par 14anger, qui est passée ce soir-là… Ce qui revient à peu près au même morceau, mais soyons précis !)

Pire moment : tout le monde était par­ti­c­ulière­ment sym­pa et déten­du à cette soirée, des vig­iles aux bar­men. Il n’y a que l’ingé lumière qui était, semble-t-il, assez sadique : régulière­ment ral­lumer la lumière de la salle sur les coups de cinq heures du matin, alors qu’il fait 45 degrés dans la fos­se et que tout le monde est en train de faire de l’aéro­bic, c’est franche­ment cruel.

 

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