Crédit : Olivier Donnet

Mirapolis”, le nouvel album de Rone, est sorti : interview et écoute

Un grand timide, caché der­rière ses lunettes ron­des et son air lunaire, se bal­adant tou­jours souri­ant, avec en ban­doulière un cap­i­tal sym­pa­thie assez rare dans ce milieu : l’anti-diva Rone a une répu­ta­tion. Mais Erwan Cas­tex, c’est évidem­ment un peu plus que ça, même s’il est le pre­mier à revendi­quer cette image de mec un tout petit peu gauche et rougis­sant. Il n’y a qu’à réé­couter “Bora (Vocal)”, un des titres qui l’a fait con­naître, il y a presque dix ans, sur le label InFiné. Un morceau sur lequel s’époumone Alain Dama­sio, auteur de science-fiction français n’ayant jamais la langue dans sa poche. Il faut avoir sacré­ment envie de laiss­er l’autre s’exprimer pour ten­dre le cra­choir — à plusieurs repris­es, on y revien­dra — à un per­son­nage comme Dama­sio.

Car Erwan, au-delà d’être timide, a évidem­ment des choses à dire. Ou à faire dire : Mirapo­lis, son nou­v­el album sor­tant aujourd’hui sur InFiné, est porté par plusieurs fea­tur­ings, ou d’autres voix bal­an­cent ce que Rone pense, peut-être, tout bas. A l’image du rappeur Saul Williams et de sa dia­tribe anti-Trump sur “Faster”, ou de Bax­ter Dury et une sup­pli­ca­tion pleine de flegme anglais, à tomber de sub­til­ité et de roman­tisme de dandy, sur “Switch­es” — d’ailleurs, Bax­ter, si t’étais mon mec, promis, je te rap­pellerai dans la foulée. Avec, bien sûr, les com­po­si­tions de Rone, vastes, dansantes par­fois, mélan­col­iques sou­vent, à l’image de cette intro (“I, Philip”) ciné­matographique et sur le fil.

Tou­jours élec­tron­ique évidem­ment, Mirapo­lis est pour­tant un album éton­nam­ment pop dans son for­mat. On n’y écoute pas de sim­ples “tracks”, mais des chan­sons, gorgées de bat­ter­ies et/ou de syn­thé­tiseurs bidouil­lés à l’extrême. Cer­taines sont adorables, comme “Lou” (on y entend Alice, la fille de Rone, imiter un loup), d’autres don­nent envie de danser à Astrop­o­lis (“Brest”) ou dans une fête foraine (“Mirapo­lis”). Mais, comme tout bon album de pop, l’intérêt est ailleurs : c’est le genre de disque où cha­cun peu y coller sa pro­pre expéri­ence, ses pro­pres his­toires et sou­venirs. Se l’approprier en somme. C’est peut-être ça la force de Rone : tou­jours en retrait, ten­dant le micro à d’autres, il laisse non seule­ment ren­tr­er dans sa Mirapo­lis de chou­ettes col­lab­o­ra­teurs… Mais aus­si tout ceux qui l’écoutent.

Et parce que Mirapo­lis est une des plus belles sor­ties de la ren­trée, on n’a pas pu s’empêcher d’aller pos­er quelques ques­tions à M. Cas­tex pour en savoir plus sur cette envie de col­la­bor­er, sur son con­cert mar­quant à la Phil­har­monie ou sur la pochette de l’album réal­isée par Michel Gondry.

Si vous êtes plutôt Spo­ti­fy :

Apparem­ment, cet album Mirapo­lis a pris ses racines dans un con­cert très par­ti­c­uli­er pour toi, que tu as don­né à la Phil­har­monie de Paris en jan­vi­er dernier…

Je savais évidem­ment que j’allais refaire un album après Crea­tures, mais ce con­cert à la Phil­har­monie était le dernier gros événe­ment avant de com­mencer à l’écrire. C’était un live impor­tant et il a pas mal influ­encé la direc­tion que j’ai prise avec ce disque en effet.

En quoi ?

Avant ce con­cert, je m’étais par exem­ple promis de faire un album sans fea­tur­ing. Je voulais faire quelque chose de très per­son­nel, enfer­mé dans ma petite cham­bre. Mais j’ai pris telle­ment de plaisir à boss­er avec tous ces musi­ciens pour le con­cert à la Phil­har­monie que j’ai voulu con­tin­uer ces col­lab­o­ra­tions. Avec le bat­teur John Stanier par exem­ple – la bat­terie était un élé­ment très nou­veau pour moi, j’ai eu l’impression que ça emme­nait mon son super loin. J’avais déjà joué avec un bat­teur, c’était très cool, mais il s’est passé quelque chose de par­ti­c­uli­er avec John. Il est New-Yorkais, je par­le très mal anglais, et on a pour­tant réus­si à se com­pren­dre très vite musi­cale­ment. Son jeu de bat­terie cor­re­spondait vrai­ment à ce que je voulais faire à la Phil­har­monie. Je l’avais d’ailleurs fait venir trois qua­tre jours pour répéter, mais le mec est telle­ment une machine qu’au bout d’une après-midi on avait fait le tour ! On avait joué trente fois le même morceau… On s’est du coup mis à essay­er des choses en stu­dio, et c’est comme ça qu’il joue sur les morceaux “Brest” ou “Lou”.

Ça s’est sou­vent passé comme ça avec cet album, sans que ce soit prévu. C’est pareil pour Saul Williams que je con­nais­sais déjà un petit peu car on avait fait un beuf il y a quelques années dans un rad pour­ri à Berlin, il avait slam­mé sur un live que je fai­sais. On s’était per­du de vu trois qua­tre ans, et on s’est recroisé par hasard dans la rue à Paris, je lui ai pro­posé de pass­er au stu­dio et voilà ! Donc une fois que j’avais mis le pied dans les col­lab­o­ra­tions et que ça fonc­tion­nait super bien, ça n’avait plus de sens de m’accrocher à cette idée d’album fait tout seul.

Pourquoi voulais-tu faire un album seul ?

Je le ferais un jour. J’avais le fan­tasme de retourn­er à l’état d’esprit que j’avais quand je fai­sais mon pre­mier disque. Je pense que c’est val­able pour plein de musi­ciens car sur un pre­mier album on ne sait pas très bien ce qu’il se passe, on fait sou­vent les choses de manière inno­cente, presque naïve. J’avais envie de retrou­ver ça, de refaire de la musique dans ma cham­bre. J’ai eu aus­si ce délire, qui n’a pas duré très longtemps, de repar­tir avec les out­ils que j’avais au tout début, c’est-à-dire pas grand-chose : un ordi­na­teur et deux trois plug-ins pour­ris que j’avais craqué. Je voulais voir ce que je ferais aujourd’hui avec les mêmes out­ils qu’il y a dix ans.

En voy­ant tous les fea­tur­ings sur l’album, je me suis dit que tu fan­tas­mais sur le fait d’être dans un groupe. Pas du tout en fait ?

Non pas vrai­ment. J’adore les col­lab­o­ra­tions, mais la notion de groupe me fait vrai­ment peur. J’ai pas mal de potes qui ont des groupes, et je vois à quel point c’est dif­fi­cile de rester soudé, ça com­mence sou­vent par une grande his­toire d’amitié et ça finit en cauchemar. Non, ça ne me fait pas vrai­ment envie ! Mais par con­tre j’adore boss­er avec des gens. J’ai l’impression que j’ai trou­vé le bon com­pro­mis : rester seul mais tra­vailler avec des gens dif­férents à chaque fois. Comme en tournée : l’idée évidem­ment n’est pas d’avoir avec moi l’ensemble des musi­ciens qui ont par­ticipé à l’album, mais de temps en temps avoir un invité !

Sur l’un des titres, “Faster”, Saul Williams par­le de Don­ald Trump. Tu n’avais jamais claire­ment évo­qué la poli­tique sur tes albums précé­dents, com­ment c’est venu ?

Le lende­main de l’investiture, Saul Williams est arrivé en stu­dio, on a fait du son, et après seule­ment on a par­lé. Alors évidem­ment on a dis­cuté de l’actualité, il était sur le cul, sur­pris, flip­pé et déçu, mais il en par­lait super bien. Je n’avais pas réal­isé que le texte qu’il avait util­isé pour notre morceau par­lait de ça, mon anglais est vrai­ment pas ter­ri­ble… Quand je lui ai envoyé le morceau édité un mois plus tard, il m’a dit qu’il espérait que le titre allait être bien dif­fusé partout dans le monde, car il était impor­tant pour lui et engagé. J’ai un peu décou­vert ça à ce moment-là (rires). Je n’avais jamais vrai­ment sor­ti de morceau poli­tique, j’ai l’impression d’être un très mau­vais passeur de mes­sage, mais il y a évidem­ment des choses qui me touchent et que j’aimerais bien exprimer… Mais j’ai du mal à par­ler moi (rires) ! J’ai la chance cela dit d’être entouré de gens comme Alain Dama­sio par exem­ple, qui, tout à coup, comme à la Phil­har­monie, va se met­tre à dire des choses. Générale­ment je suis plutôt d’accord avec ses pro­pos, c’est bien d’avoir quelqu’un comme lui avec de l’éloquence pour le faire. Pareil pour Saul, je le sens bien, j’ai envie de lui faire con­fi­ance.

C’est vrai que Dama­sio s’est lâché à la Phil­har­monie…

A pos­te­ri­ori j’ai réal­isé que c’était peut-être un peu étrange de faire ça dans ce lieu. D’ailleurs, Dama­sio s’est fait un peu car­ton­ner sur les réseaux soci­aux… Après le con­cert, j’avais très envie de refaire un morceau avec lui, mais ça ne s’est pas fait. Mais c’est sûr qu’on va refaire quelque chose, j’ai déjà un truc de côté, sauf que je ne sais pas quand ou com­ment je vais le sor­tir. En tout cas je ne trou­vais pas que ça col­lait bien avec cet album.

Tu as des regrets sur cette Phil­har­monie et l’accueil réservé à Alain Dama­sio ?

Non, avec le recul je ferai la même chose, j’ai adoré cette expéri­ence qui m’a telle­ment rap­proché des ces musi­ciens, et Alain a été telle­ment généreux ! Il est écrivain, pas chanteur, pas rappeur, pas slameur, et pour­tant il est venu sur scène et il a don­né tout ce qu’il avait. Je pense que les gens qui ont été choqués sont des gens qui ne le con­nais­sent pas, que ce soit ses livres ou même le morceau “Bora” (à écouter ci-dessus, ndr). Les fans du morceau ont eu l’air d’être con­tents de retrou­ver ce grain de voix et ce grain de folie. Le seul truc que je n’ai pas très bien vécu sont les cri­tiques sur Alain, car lui aus­si les a vu, il m’a envoyé un mail et n’avait jamais con­nu ça pour ses romans. Ça m’a un peu emmerdé pour lui. Mais on en a pas mal par­lé, ça reste une expéri­ence super pour lui, il voulait qu’on la refasse ! Mal­gré toutes ces cri­tiques. Je le trou­ve très généreux et courageux. Donc peut-être même que si c’était à refaire je l’encouragerais à y aller encore plus !

Il agit comme un porte-voix un peu punk pour toi qui est plutôt timide, c’est ça ?

Oui, com­plète­ment ! Il arrive à exprimer des choses que je ressens très pro­fondé­ment en moi mais que j’ai plus de mal à faire ressor­tir. Et si tu regardes bien Alain, physique­ment il n’a pas l’air d’un punk, et moi non plus ! Je me retrou­ve aus­si en ça. C’est hal­lu­ci­nant ce qu’il a en lui comme énergie et comme vio­lence pos­i­tive, créa­trice, vitale. C’est quelqu’un qui me fait un bien fou à chaque fois que je le vois, c’est très stim­u­lant. Quant à son dis­cours, je ne suis pas tou­jours d’accord, il y a des moments où on débat, mais il me pousse à réfléchir. C’est vrai­ment une rela­tion impor­tante pour moi.

Cet album, Mirapo­lis, a un for­mat plutôt pop, avec de véri­ta­bles chan­sons à la track­list, comme “Switch­es” avec Bax­ter Dury. Il s’éloigne en tout cas d’un album pure­ment élec­tron­ique. Tu te lass­es d’en écouter ?

Je n’ai jamais écouté exclu­sive­ment de la musique élec­tron­ique, j’écoute de tout. Mais en élec­tron­ique j’ai adoré le dernier album de Mount Kim­bie, j’aime beau­coup James Hold­en, ou encore Kaitlyn Aure­lia Smith. Elle a fait tout un album avec un syn­thé que j’adore, le Buch­la, qui est super dur à maîtris­er. Elle me fascine car elle arrive à en faire quelque chose de sub­lime. Donc bien sûr il y a des sor­ties en élec­tron­ique que je trou­vent fasci­nantes et inspi­rantes, mais c’est sûr qu’il y a des choses qui me plaisent beau­coup dans la pop folk et dans la pop en général. Sou­vent on trou­ve ça trop facile ou léger. Oui bien sûr c’est léger, mais c’est pas mal aus­si de tir­er le haut les gens, de les ren­dre heureux. Et on réalise pas à quel point c’est dif­fi­cile à faire ! Comme dans le ciné­ma, les films comiques sont sou­vent un peu dén­i­grés et les films très tristes rem­por­tent plein de prix, c’est dom­mage. J’écoute énor­mé­ment de musique clas­sique sinon, et du rap. Et puis quand je fais un disque je n’écoute rien pen­dant trois qua­tre mois. Là je suis dans la phase où je suis boulim­ique. Et je pense déjà un tout petit peu à mon prochain album !

La pochette du disque a été réal­isée par Michel Gondry. Com­ment s’est passée votre ren­con­tre ?

Il est exacte­ment comme je l’imaginais, doux et lunaire ! Du coup il m’a sem­blé très fam­i­li­er, comme si je le con­nais­sais déjà bien. Il est très inven­tif, créatif. Je suis fan de lui depuis des années et des années, depuis qu’on m’a offert un DVD avec ses pre­miers clips, pour Björk par exem­ple. J’étais fasciné par ce qu’il fai­sait et j’ai adoré ses films.

Je ne me suis jamais dit “tiens je vais appel­er Gondry pour boss­er avec lui”, il me parais­sait totale­ment inac­ces­si­ble et je suis un peu trop timide pour ça. Mais j’ai eu de la chance, c’est son assis­tante qui m’a con­tac­té un jour, en me dis­ant qu’il était par­tant pour faire quelque chose avec moi. Ça tombait bien, j’étais en train de faire l’album et je n’avais pas encore de pochette. On a con­venu qu’on se ren­con­tr­erait autour d’un café. J’y suis allé mais je n’y croy­ais pas, je me suis pré­paré comme pour un entre­tien d’embauche ! Il fal­lait absol­u­ment que je le con­va­inc, j’en ai pas dor­mi de la nuit. Et en fait, quand je suis arrivé il était là, hyper gen­til, doux, presque un peu timide. T’imagines la con­ver­sa­tion entre deux timides (rires). Là où j’étais sur le cul c’est qu’il a ouvert son ordi­na­teur et il avait déjà com­mencé à tra­vailler. Il avait plein de propo­si­tions, des por­traits de moi, des dessins… C’était dingue ! Il y avait une maque­tte qui m’a toute suite par­lé, avec cette ville, d’abord parce que c’est très col­oré – à l’inverse du précé­dent album, qui était beau­coup plus dark, avec des visuels en noir et blanc, pour moi cet album devait être illus­tré par une explo­sion de couleurs. Et la ville, un peu rétro-futuriste, cor­re­spondait à la vision que j’avais du morceau “Mirapo­lis”. Ce café avec Gondry a déblo­qué tout un tas de choses. Ça m’a don­né une direc­tion alors que j’en étais encore qu’à la moitié du tra­vail sur l’album.

Plein de couleurs”… C’est tout de même un album très mélan­col­ique !

Je n’avais pas cette impression-là au départ ! Avec le recul en effet, il est un peu mélan­col­ique. En tout cas j’avais envie de lumière et de couleurs. Mais for­cé­ment, il y a tou­jours des choses qui nous rat­trapent. La pro­duc­tion d’un album se fait sur une péri­ode de quelques mois, donc for­cé­ment il y a des événe­ments qui nous touchent entre temps, heureux ou pas. Il y a un peu de tout ça dans l’album, avec une noirceur qui par­fois vient s’accrocher. Le morceau avec Kazu Maki­no de Blonde Red­head, “Down For The Cause”, est un bon exem­ple : pour moi Kazu a un univers très dark avec son groupe — que j’adore. Et elle voulait absol­u­ment qu’on fasse un truc très sautil­lant. Ça donne ce morceau qui au final a un côté un peu fes­tif, et j’ai super hâte de le jouer en live avec elle. Sauf qu’effectivement, sa voix y est un peu étrange, et je n’ai pas pu m’empêcher de pos­er un syn­thé un peu bizarre et indus­triel par dessus. C’est un mélange de tout ça, un peu à l’image de la pochette – OK, c’est col­oré, mais il y a un côté un petit peu angois­sant dans cette ville où, au final, on n’aimerait pas for­cé­ment habiter. Il y a un mélange de fas­ci­na­tion et de répul­sion, de joie et de tristesse.

Elle vient d’où cette ville de Mirapo­lis ?

C’est un mélange entre mon imag­i­na­tion et des événe­ments réels. Quand j’étais tout petit et qu’on par­tait en week-end à la cam­pagne avec mes par­ents, on pas­sait sou­vent en voiture devant ce parc d’attraction, Mirapo­lis. Je n’y suis jamais ren­tré mais on voy­ait de la route un énorme gar­gan­tua qui dépas­sait, et ça me fasci­nait. C’est com­plète­ment anec­do­tique ! Je ne sais pas pourquoi mais ça a ressur­gi ces derniers mois. Quand je com­pose, je donne des noms improb­a­bles à mes morceaux qui per­me­t­tent de m’y retrou­ver. Et de l’autre côté j’ai un petit car­net où je note des mots qui pour­raient éventuelle­ment servir de titre, parce qu’ils m’évoquent des choses ou que j’aime leur sonorité. Je dois avoir 200 ou 300 mots sur ce car­net, dont “Mirapo­lis”. Et quand Gondry m’a mon­tré son dessin de cette ville, j’ai tout de suite fait l’association avec ce mot. Mais ça ne va pas plus loin que ça ! Effec­tive­ment, après coup, ça crée tout un univers imag­i­naire, et je finis par trou­ver du lien et du sens partout : ça me fait penser à La Zone du dehors d’Alain Dama­sio. Le livre racon­te l’histoire d’une ville soit-disant par­faite, dans une bulle, avec tout le con­fort pos­si­ble. Mais elle s’avère être insup­port­able. Et à la fin de ce livre, Dama­sio pro­pose une ouver­ture très anar­chique où les gens sor­tent de cette ville pour con­stru­ire leur pro­pre com­mu­nauté avec leurs pro­pres règles. Ce n’est pas for­cé­ment tou­jours une réus­site, cer­taines de ces nou­velles villes sont des échecs et devi­en­nent des cités mafieuses, mais par­fois, des ten­ta­tives sont intéres­santes. Mirapo­lis c’est une de ces villes là pour moi, c’est une ten­ta­tive qui n’est pas for­cé­ment par­faite, mais qui est libre.

Il paraît que l’album a été com­posé dans des cham­bres d’hôtel…

En quelques années, je me suis mon­té un joli home-studio. Je voy­ais tous les musi­ciens faire ça avec plein de syn­thés partout, j’ai voulu faire la même chose. Mais il m’impressionne vache­ment avec toutes ses machines et j’ai com­pris avec cet album-là que j’ai beau­coup de mal à créer dans ce stu­dio. Je suis com­plète­ment blo­qué, je ne sais pas par où com­mencer. Ça reste un lieu qui me sert beau­coup, c’est là que je finalise l’album, que je fais venir les guests, j’y essaye des choses. Mais le tout pre­mier trait, le début du tra­vail de com­po­si­tion, ne peut pas se faire dans ce stu­dio pour moi. J’ai du coup pris la déci­sion de par­tir avec un sac, à droite et à gauche, avec cette idée aus­si d’épurer à fond mon équipement : par­tir avec une machine, revenir, puis par­tir avec une autre. Je voulais aller au bout des pos­si­bil­ités de chaque machine plutôt que de les sur­v­ol­er. Donc direc­tion l’hôtel à Roscoff en face de la mer pour aller faire le lead pen­dant un week-end, puis j’allais à Saint-Valéry pen­dant quatre-cinq jours avec le Buch­la… J’avais une petite his­toire d’amour avec chaque machine ! Je dor­mais avec, on se prom­e­nait sur la plage, et on a fait plein de petits morceaux (rires).

Rone est en tournée dans toute la France, et passera notam­ment par le Tri­anon le 13 décem­bre. A not­er égale­ment : il sera au Zénith de Paris le 15 juin 2018. 

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