Moby by Moby.

Moby dévoile des extraits de son autobiographie

Le jour­nal bri­tan­nique The Guardian a pu dévoil­er, en exclu­siv­ité, des pas­sages des mémoires de Moby — des “bonnes feuilles” comme on dit. Dans Porce­lain, à paraître le 2 juin aux édi­tions Le Seuil, le pro­duc­teur racon­te ses débuts dans les années 90 à New York, les fêtes, la drogue, les échecs… Avec le recul de l’artiste qu’il est aujour­d’hui, veg­an, presque reclu, et avec 20 ans de plus. La sor­tie du livre s’ac­com­pa­g­n­era le 3 juin de la com­pi­la­tion Music From Porce­lain, 16 titres com­posés entre 1989 et 1999, remas­ter­isés pour l’oc­ca­sion. Mais en atten­dant, il racon­te ce week-end à Lon­dres où, invité à Kiss FM et Top Of The Pops, il a dû jouer sur des claviers pas branchés, devant des kids surex­cités. Récit : 

C’é­tait en 1991, la troisième fois en deux mois que je m’en­volais pour Lon­dres, cette fois pour jouer dans une émis­sion de la radio Kiss FM et au show télé Top Of The Pops. “Go”, cette chan­son bizarre que j’avais enreg­istré sur du matos à moins de cent dol­lars, était à l’époque dans le top 10 des hits au Royaume-Uni.

Le label avait envoyé une voiture pour venir me chercher à l’aéro­port d’Heathrow. Après deux heures dans les bou­chons, on s’ar­rête à l’hô­tel. Sauf que ce n’é­tait pas un hôtel. C’é­tait une triste mai­son grise don­nant sur une triste rue grise, dans un quarti­er délabré de Lon­dres. Eric, mon nou­veau man­ag­er, m’a rejoint devant la mai­son. Nous nous étions ren­con­trés à New York un an plus tôt, et je lui avais demandé de devenir mon man­ag­er, même s’il n’avait jamais vrai­ment fait ça avant. Il était grand, alle­mand, et avait l’air digne de confiance.

- “Bien­v­enue sous le soleil d’An­gleterre”, a‑t-il dit sous le crachin.
- “Est-ce que c’est mon hôtel ?”, ai-je demandé.
- “C’est un B&B, mon bureau est tout près. Je me suis dit que c’é­tait une bonne idée.”

On est entré et une femme dans le hall m’a don­né ma clé. Elle por­tait une robe beige et usée, et lisait le Dai­ly Mir­ror. “Voilà votre clé”, lança-t-elle d’une voix rauque. “Votre cham­bre est au deux­ième étape, et la salle de bain est dans le hall”. Elle me ten­dit une servi­ette de bain qui avait claire­ment servi pen­dant la sec­onde guerre mon­di­ale à éponger le sang des blessés des caves des hôpitaux. 

- “Ok, pop star”, a dit Eric. “Je viendrai te chercher à une heure.” 
- “Ok, je vais juste pren­dre une douche”, ai-je dit.
- “La douche est à 50 cen­times les cinq minutes”. 

J’é­tais per­du. La douche est payante ? “Vous met­tez une pièce de 50 cen­times dans la douche et vous avez cinq min­utes d’eau”, a‑t-elle répon­du avec impatience. 

Ce soir-là, Eric et moi avons con­duit jusque l’As­to­ria. Ma loge était en fait un petit plac­ard avec une chaise en plas­tique noire et deux ampoules sans abat-jour, au dessus d’un miroir. C’est aus­si dép­ri­mant que ton hôtel”, a dit Eric, “le comique alle­mand”. “Tu devrais te sen­tir comme à la mai­son”.

J’ai regardé le plan­ning.
- “Je joue 10 min­utes ?”, ai-je demandé.
- “Ouais”, a répon­du Eric. “Tu joues ‘Go’, et peut-être qu’après tu la rejoueras encore.”

Eric et moi mar­chions jusqu’à la scène. L’émis­sion s’en­reg­is­trait dans un vieux et vénérable théâtre, mais ça ressem­blait à une rave. Le pub­lic agi­tait des glow sticks, avait des cornes de brume et des sif­flets. Sur la scène, les Dream Fre­quen­cy jouaient leur hit “Feel So Real”. La scène était pleine de chanteurs, danseurs et de clav­iériste. La chan­son son­nait extra­or­di­naire­ment bien et j’é­tais pétrifié. 

Le MC a dit “main­tenant, nous venant de New York, Moby Go !”. J’avais pris l’habi­tude d’être présen­té en tant que “Moby Go” : à cause du design de la pochette du sin­gle, beau­coup de Bri­tan­niques ont pen­sé que je m’ap­pelais “Moby Go”. 

J’ai cou­ru sur la scène. La foule rugis­sait, mais j’ai paniqué parce que mon clavier n’é­tait pas branché et que je n’avais même pas de micro. Ils s’en fichaient : 3000 per­son­nes dan­saient et cri­aient “Go !” à pleins poumons. J’ai frap­pé mon clavier pas branché et ai crié “Go !”.

La chan­son s’est ter­miné et le MC est revenu. “Génial ! Un tube par Moby Go ! A suiv­re : les chou­c­hous de Man­ches­ter, K‑Klass !”. Quelques tech­ni­ciens ont cou­ru sur la scène, ont attrapé mon clavier, et se sont pré­cip­ités dans les couliss­es. Je suis resté là, con­fus. Je ne devais pas jouer une sec­ond chan­son ? “Allez mec, casse-toi de la scène putain !”, a aboyé un des tech­ni­ciens. J’ai pris mes jambes à mon cou. 

- “C’é­tait super !”, a dit Eric. “Ils ont adoré !”
- “Mais mon clavier n’é­tait pas branché et je n’avais pas de micro… Et je ne devais pas avoir une deux­ième morceau?”, ai-je demandé.
- “Oh, ils étaient en retard sur le plan­ning donc ils ont sup­primé les deux­ième morceaux de tout le monde. Je l’ai su quand tu étais déjà sur scène”.
- “La chan­son était bien ?”, ai-je demandé.
- “C’é­tait génial ! Tu n’as pas vu la foule ?”
- “Mais je ne fai­sais pas grand-chose.” 
- “On s’en fiche, ils ont adoré.”

Je me suis mis à traîn­er et à regarder la suite de l’émis­sion : Orbital, 808 State, The Prodi­gy. C’é­tait comme écouter ma col­lec­tion d’al­bums. Après le show, Eric m’a déposé à mon soi-disant hôtel. Il était une heure du matin et je devais être levé à 8h30 pour Top Of The Pops. Dormir aurait été plus sage, mais j’é­tais com­plète­ment éveil­lé. Je suis par­ti fait un tour.

La suite est à retrou­ver sur le site du Guardian (atten­tion, en anglais). 

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