Crédit photo : Jacob Khrist

NAME Festival, une affaire de famille

L’offre de fes­ti­vals élec­tron­iques dev­enue pléthorique en France – et dans toute l’Europe – nous autorise aujourd’hui à dress­er un con­stat doux amer. Il y a ceux, nom­breux, qui vont align­er inlass­able­ment les mêmes têtes d’affiche, installer le même type de sonori­sa­tion, inve­stir des endroits sans aucun cachet — un parc expo – ne pas faire de déco ou ne pas inviter d’artistes vidéos… Bref qui pro­posent des événe­ments con­venus, sans sur­prise, prêts à con­som­mer. Et puis il y a ceux qui, par leur pro­gram­ma­tion aven­tureuse, par une trans­dis­ci­pli­nar­ité artis­tique ou tout sim­ple­ment par un état d’esprit bien par­ti­c­uli­er insuf­flé par leurs organ­isa­teurs, vont faire la dif­férence, avoir une “âme”. Si la pro­gram­ma­tion du NAME Fes­ti­val reste sur le papi­er focal­isée sur les artistes du moment, c’est bien grâce à l’équipe d’Art Point M, à la barre du navire depuis sa créa­tion en 2005, que l’on peut aisé­ment le class­er dans la deux­ième caté­gorie. Car oui, le NAME a une âme, une ambiance chaleureuse que l’on ne retrou­ve que rarement, grâce à des jauges à taille humaine, un accueil du pub­lic respectueux, des presta­tions tech­niques – sonori­sa­tion, lumières – à la pointe, une grande place accordée aux VJ’s. Le NAME est une affaire de famille, ce qu’elle ne manque jamais de rap­pel­er avec son label Fam­i­ly NAME.

Crédit pho­to : Jacob Khrist

Une affaire de lieux

Le fes­ti­val met aus­si un point d’honneur, depuis le départ, à val­oris­er le riche pat­ri­moine indus­triel de la région lil­loise et du départe­ment du Nord en investis­sant des anci­ennes usines, cen­tres de tri, ate­liers de con­fec­tions tex­tiles ou entre­pôts de stock­age. Cette année pour le “Main Event”, nous avons ain­si pu vis­iter la célèbre Con­di­tion Publique de Roubaix, la Gare Saint‐Sauveur bien con­nue des habitués ain­si que l’inédite salle de spec­ta­cle Le Grand Sud à Lille. En qua­torze édi­tions, le NAME s’est démar­qué en étant à la fois un événe­ment urbain et nomade – à l’instar des Nuits Sonores de Lyon par exem­ple – et dress­er la liste de tous les lieux ayant accueil­li ses soirées ne pour­rait se faire de manière exhaus­tive. Un choix, mais aus­si — on l’a appris durant notre séjour nordiste — une con­trainte pour les organ­isa­teurs. L’urbanisme très dense du secteur ain­si que la prox­im­ité entre les zones indus­trielles et celles d’habitations entraî­nent inévitable­ment des plaintes du voisi­nage. Ain­si, le MIN – Marché de gros – et le port flu­vial d’Halluin investis ces dernières années, n’auront pu être util­isés qu’une seule et unique fois. Pour cette édi­tion 2018, la Con­di­tion Publique n’aura pas pu être investie deux soirées de suite, entraî­nant une sit­u­a­tion aus­si cocasse que regret­table. La soirée du same­di – celle qui attire tra­di­tion­nelle­ment le plus de monde – devant se dérouler dans une salle — Le Grand Sud — à la jauge moitié moin­dre. On l’aura com­pris, mal­gré le sou­tien des insti­tu­tions et du pub­lic, trou­ver des lieux adéquats reste un com­bat quo­ti­di­en pour la famille du NAME.

Crédit pho­to : Jacob Khrist

Une affaire de filles

Con­cer­nant la pro­gram­ma­tion de cette année, on s’est pris deux baffes, et deux fois il s’agissait de filles der­rière les platines. Ven­dre­di soir avec Ellen Allien, qui est aus­si la mar­raine du fes­ti­val et se retrou­ve présente à toutes les édi­tions. On savait qu’après sa péri­ode plus élec­tro avec BPitch Con­trol – elle a notam­ment lancé Paul Kalk­bren­ner – elle était rev­enue à un son tech­no plus brut, faisant écho à ses pre­mières années passées à mix­er dans les sous‐sols du Tre­sor berli­nois. Elle nous a lit­térale­ment scotchés avec une tech­no lourde, rave, acide à 140 BPM et dégageait une énergie com­mu­nica­tive qui a con­t­a­m­iné le hangar tout entier. Le cli­max étant atteint lorsqu’une fille aux seins nus ten­ta de la rejoin­dre sur scène. Hélas, elle fut rat­trapée in‐extremis par l’équipe de sécu­rité. Mal­heureuse­ment, on n’est pas à Berlin. Le lende­main, ce fut au tour de Paula Tem­ple de met­tre tout le monde d’accord dans une ambiance sur­chauf­fée et élec­trique lors d’un set à l’intensité hors normes. On saluera aus­si le tra­vail des VJs dont beau­coup se sont avérées être de la gent fémi­nine comme Emiko, Cassie Rap­tor et Heleen Blanken. Le VJing, cet art trop sou­vent nég­ligé et qui apporte pour­tant ce petit sup­plé­ment d’âme à une soirée dont on vous par­lait au début. Le dimanche, ce fut au tour de Fan­ny Bouyagui de nous faire voy­ager en image avec le com­bo lil­lois APM001. Deux DJs, une vidéaste donc, et surtout le noy­au dur d’Art Point M et du NAME.

Une affaire de mecs aussi

Si les filles ont sans doute délivré les sets les plus “couil­lus” du week‐end, les garçons nous ont eux aus­si apporté de beaux moments de grâce. Notam­ment l’inusable The Hack­er dans un back‐to‐back acharné avec le hol­landais Job Job­se. Grand ama­teurs d’électro et d’italo-disco, ces deux‐là s’étaient bien trou­vés jusqu’à se faire plaisir avec un bon vieux Kraftwerk. Mar­cel Dettmann, ultra souri­ant – on le soupçonne d’avoir com­pris où il avait mis les pieds – déploy­ait sa tech­no métallique d’orfèvre déjà enten­due certes, mais tou­jours aus­si effi­cace lors du peak‐time. Dans l’autre salle à la tem­péra­ture proche de celle d’un sauna, Ago­ria nous grat­i­fi­ait de sa tech­no pop et mélodique, jolie mais un peu à con­tretemps quand on débar­quait de la furie d’Ellen Allien. Petite décep­tion avec la tech­no prévis­i­ble et rou­tinière de Mind Against le lende­main – la per­fec­tion n’existe pas – avant un jour du Seigneur plus cool et ouvert grâce à Patrice Baumel et Tale of Us, nav­iguant entre tech‐house et tech­no tran­quille, par­fait pour nous faire oubli­er la gri­saille d’un dimanche après‐midi et la fin d’un week‐end bien rem­pli. On l’aura com­pris, le NAME est une affaire de famille, sans dis­tinc­tion de genre, d’espace ou de musi­cal­ité. C’est ce qui en fait toute sa richesse et toute son âme. Et le place dans le haut du panier des fes­ti­vals élec­tron­iques français.

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