Crédits Photos : Vincent Brunner, Judas Companion

Neneh Cherry et Deena Abdelwahed en couv’ de Tsugi 117, en kiosque mardi 6 novembre

Sur­prise. C’est qua­si­ment une pre­mière dans l’histoire de ce mag­a­zine. Pour ce numéro de Tsu­gi, vous aurez le choix entre deux cou­ver­tures, dres­sant un pont entre deux femmes de généra­tions dif­férentes, Neneh Cher­ry et Deena Abdel­wa­hed, dont l’engagement social et poli­tique est au cœur de leur méti­er. La pre­mière, tout au long du bien nom­mé Bro­ken Pol­i­tics, évoque les tares de notre société : fas­cisme, ultra­l­ibéral­isme, racisme et sex­isme. La sec­onde, avec son rageur pre­mier album Khon­nar à la ten­sion pal­pa­ble, exprime le cri d’une pro­duc­trice qui a dû atten­dre ses 18 ans pour se libér­er de la chape de plomb famil­iale, et qui aujourd’hui encore doit lut­ter pied à pied pour affirmer sa con­di­tion de femme, homo­sex­uelle et arabe. À ces deux inter­views pas­sion­nantes, on peut égale­ment en associ­er une troisième. Celle de Car­o­line Hervé, alias Kit­tin. Sou­tien de la pre­mière heure de Tsu­gi (elle posait en cou­ver­ture du numéro 1 avec son parte­naire de tou­jours The Hack­er), la DJ et pro­duc­trice se livre comme jamais au micro de Vio­laine Schutz : crise de la quar­an­taine, posi­tion des femmes dans la musique élec­tron­ique à l’heure de #metoo, ques­tion­nement spir­ituel. Là encore, une inter­view impor­tante, qui remet la parole de l’artiste au cœur de notre tra­vail de jour­nal­iste, comme le mois dernier avec Autechre ou cet été avec Manu Le Malin. Du sérieux. qui ne nous empêche surtout pas de faire la fête. Rendez‐vous le 7 décem­bre dans notre fief du Tra­ben­do. Nous accueillerons un Tsu­gi Super­club à ten­dance drum’n’bass, où le roi Roni Size, dont le dernier pas­sage à Paris remonte déjà à de trop nom­breuses années, et la reine Elisa Do Brasil seront accom­pa­g­nés par les tal­entueuses Myako et Roman Delore dans un style plus tech­no breakée. À ne pas rater bien enten­du.

Vous retrou­verez égale­ment dans ce numéro un CD mixé par Deena Abdel­wa­hed, la chronique de notre album du mois signé Shlø­mo, Dominique Dal­can au blind­test, des por­traits d’Antigone, Rendez‐vous, Mag­net­ic Ensem­ble, Kwamie Liv, Chloé qui nous racon­te sa pas­sion pour la mon­tagne, un focus sur le retour de la house vocale, une nuit avec Physis Et comme d’habitude votre lot de chroniques, compte‐rendus de fes­ti­vals, bons plans, tests de matériel et autres ren­con­tres… Retrou­vez votre Tsu­gi, 117ème du nom, en kiosque ou sur notre bou­tique en ligne à par­tir du mar­di 6 novem­bre. En atten­dant, vu qu’on est sym­pa, voilà le début des inter­views de Neneh Cher­ry par Vin­cent Brun­ner :

Neneh Cher­ry, la force tran­quille. Elle a été punk à l’adolescence, mem­bre du groupe de post‐punk jazz Rip Rig + Pan­ic, ambas­sadrice de l’électro-hip-hop européen, égérie trip‐hop… Cela ne se voit pas au pre­mier coup d’œil, mais Neneh Cher­ry incar­ne à elle seule des décen­nies de musique. La Sué­doise, fille de la pein­tre Mon­i­ca Karls­son et du musi­cien Ahmadu Jah, a pris le nom de son beau‐père, le trompet­tiste de jazz Don Cher­ry. La musique coule lit­térale­ment dans le sang d’une artiste qui refuse le jeu­nisme et revient avec un album de soul défini­tive­ment engagé.

Après avoir mis en par­en­thèse ta car­rière solo depuis le milieu des années 90, tu reviens avec deux albums en qua­tre ans, Blank Project en 2014 et main­tenant Bro­ken Pol­i­tics

Je deviens plus rapi­de en vieil­lis­sant ! Bon, ce n’est pas comme si je n’avais rien fait entre‐temps, il y a eu le groupe CirKus, des col­lab­o­ra­tions (The Cher­ry Thing). J’ai tou­jours vu le proces­sus créatif comme un voy­age, plus celui‐ci dure longtemps, plus tu col­lectes de choses. Pour moi, il impor­tait surtout de trou­ver un endroit – mon espace de lib­erté donc – où je puisse attein­dre une cer­taine hon­nêteté. Sinon, ça t’empêche d’accéder aux choses créa­tives qui sont intéres­santes. Après mon troisième album (Man en 1996), je me suis sen­tie com­plexée, je réfléchis­sais trop, j’analysais trop. Quand j’écrivais, je me sen­tais lim­itée, pris­on­nière. Même si avoir du suc­cès est fan­tas­tique, c’est tou­jours à dou­ble tran­chant. Je com­mençais à penser à des choses aux­quelles nor­male­ment je ne réfléchis­sais pas comme les ventes de dis­ques. “Cet album va‐t‐il ven­dre plus, qu’est-ce que les gens atten­dent de moi ?” Les col­lab­o­ra­tions m’ont appris à être plus ouverte, elles m’ont aidée à trou­ver plus facile­ment l’inspiration et mon sty­lo.

… La suite à décou­vrir en kiosque ou sur notre bou­tique en ligne à par­tir du mar­di 6 novem­bre ! Et excep­tion­nelle­ment, le début de l’interview de Deena Abdel­wa­hed par Patrice Bar­dot : 

Deena Abdel­wa­hed, l’insur­rec­tion qui vient

La musique élec­tron­ique n’a pas pour seul but de faire danser les gens. Avec son pre­mier album Khon­nar, la Tunisi­enne instal­lée en France Deena Abdel­wa­hed révèle des com­po­si­tions exigeantes, emportées par une rage sourde et la volon­té farouche de bous­culer l’ordre établi. Et pas unique­ment en TunisieIl y a un an (ou presque), à l’occasion de notre numéro hors série d’hiver, nous avions con­vié Deena Abdel­wa­hed à notre tra­di­tion­nelle table ronde de fin d’année. En com­pag­nie de Lomepal, Mad­ben et Marie Sabot, la direc­trice du fes­ti­val We Love Green, la pro­duc­trice et DJ tunisi­enne, désor­mais toulou­saine, appa­rais­sait à la fois sûre de sa force, mais égale­ment intimidée. Pas tout à fait cer­taine d’avoir encore trou­vé ses mar­ques dans le grand cirque de la musique d’aujourd’hui. “Oh, il s’en est passé des choses depuis”, nous lance‐t‐elle en riant quand on la retrou­ve par une belle mat­inée d’octobre pour cette inter­view dans un hôtel de Pigalle, per­tur­bée par un tenace tor­ti­co­l­is qui ne vient pour­tant pas trou­bler sa nou­velle assur­ance. Oui, il s’en est passé des choses depuis… Une rési­dence à Con­crete, des presta­tions remar­quées à Sónar ou à We Love Green (tiens, tiens) et surtout un for­mi­da­ble pre­mier album Khon­nar (voir chronique) à l’allure de man­i­feste per­son­nel. Le cri intense de l’engagement d’une femme qui jusqu’à ses 18 ans a vécu sous le poids d’une écras­ante chape de plomb famil­iale.

Crédit Pho­to : Judas Com­pan­ion

La ten­sion pal­pa­ble qui tra­verse ton album prend‐elle sa source dans ta con­di­tion de femme, homo­sex­uelle, pro­duc­trice élec­tron­ique et tunisi­enne ?

C’est un disque rem­pli de charge émo­tion­nelle, une sorte d’exorcisme. Il fal­lait que ça sorte pour que je puisse avancer. Ce n’est pas une musique d’ambiance, mal­heureuse­ment. Je dis “mal­heureuse­ment” parce que j’aimerai bien à l’avenir pro­duire quelque chose de plus léger. Mais cette musique est aus­si la tra­duc­tion de ce qu’il se passe dans le monde entier, pas seule­ment de ce que je porte en moi. Il faut que les gens se réveil­lent un peu. Donc oui, c’est lourd, mais c’est lourd pour tout le monde. Ce n’est pas un hasard si la musique élec­tron­ique ou le hip‐hop sont de plus en plus som­bres et de plus en plus engagés, parce qu’il se passe des choses alar­mantes autour de nous.

… La suite à décou­vrir en kiosque ou sur notre bou­tique en ligne à par­tir du mar­di 6 novem­bre !

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