Nils Frahm en couv’ de Tsugi 109, en kiosque le jeudi 8 février

C’est une expres­sion qui pul­lule dans ces pages. Peut-être un peu trop. Soyons honnêtes, je dois sans aucun doute y con­tribuer. “Artiste inclass­able” donc, puisque c’est ce dont il s’agit. Une descrip­tion fourre‐tout, ser­vant la majeure par­tie du temps à étiqueter une musique dont l’originalité réside unique­ment dans le fait d’avoir le cul entre deux chais­es, enfin entre plusieurs gen­res musi­caux. Mais lorsqu’il s’agit de Nils Frahm, la notion d’artiste inclass­able prend pour une fois tout son sens. Au point qu’on pour­rait même oser affirmer qu’elle a été inventée pour lui. S’affranchissant des barrières styl­is­tiques, le pianiste‐metteur en sons alle­mand explore un univers sen­soriel qui n’appartient qu’à lui. Vin­cent Brun­ner a eu la chance de le ren­con­tr­er qua­si­ment chez lui, à Berlin dans le Funkhaus, cet immense com­plexe, ancien cen­tre de radiod­if­fu­sion de l’ex-Allemagne de l’Est, où plus chercheur que musi­cien, il mul­ti­plie les expériences pour créer ce que Vin­cent décrit à juste titre comme des “vignettes atmosphériques”. “Pas­sion­nantes” pourrait‐on juste rajouter.

Ce pre­mier numéro de l’année est mar­qué aus­si par une forte présence du hip‐hop dans nos pages. Il y a d’abord Grems, dont les plus fidèles d’entre vous se sou­vi­en­nent sûrement d’une fameuse couv’ avec Surkin, Jack­son et Rustie (tiens d’ailleurs, que devient‐il celui‐là ?) que le rappeur/graffeur avait élaborée spécialement pour l’occasion. Mais il y a aus­si Kil­lA­Son, nou­veau tal­entueux manieur de micro à la puis­sance scénique détonante, et enfin la bril­lante paire américaine Open Mike Eagle et milo, dont les accents rap­pel­lent le hip‐hop jazzy de The Phar­cyde ou A Tribe Called Quest. Et comme sou­vent chez Tsu­gi, la con­clu­sion se déroule sur le dance­floor. Ce mois‐ci ce sont nos amis du Rex Club qui pren­nent les choses en main avec le lance­ment des festivités mar­quant leur trentième anniver­saire. Eh oui, déjà. On en prof­ite donc pour ren­dre ici un hom­mage appuyé à Mon­sieur Chris­t­ian Paulet, le pre­mier à avoir per­mis aux musiques électroniques d’entrer dans le club du boule­vard Poissonnière, et par ailleurs sou­tien indéfectible de ce jour­nal depuis les pre­miers jours. Mer­ci Chris­t­ian !

Rendez‐vous le jeu­di 8 févri­er en kiosque, avec Nils Frahm donc, mais aus­si un CD mixé par La Fleur, l’album du mois par Djan­go Djan­go, Taur qui partage sa pas­sion pour les sneak­ers, des ren­con­tres avec Molécule, Thérapie Taxi, Igna­cio Sal­vadores, Cat­a­stro­phe mais aus­si des chroniques, un blin­test avec Judah Warsky, , les inspi­ra­tions de Lim­iñanas, toutes les infos sur vos fes­ti­vals préférés, etc. En atten­dant, on est super gen­til, on vous partage le début de la ren­con­tre entre Nils Frahm et Vin­cent Brun­ner à Berlin : 

Nour­ri à la musique clas­sique, à la tech­no ou au jazz, l’Allemand Nils Frahm pro­pose depuis une dizaine d’années une synthèse furieuse­ment per­son­nelle. Instru­men­tiste rebelle, penseur libre, il s’efforce d’être le meilleur dans sa par­tie. Ren­con­tre exclu­sive dans son hal­lu­ci­nant repaire berli­nois.

Bien­v­enue au Funkhaus ! Non, rien à voir avec George Clin­ton ou James Brown. En revanche, notre lieu de rendez‐vous serait par­fait pour le tour­nage d’un film d’espionnage vin­tage. Sou­venir d’un ancien temps – Berlin à l’ère de la guerre froide –, l’imposant bâtiment en briques rouges, situé à côté de la rivière Spree, rem­plit tout l’espace et paraît s’étendre à portée de vue. Heureuse­ment, Felix sur­git d’une porte cachée et nous emmène à l’intérieur du labyrinthe. Après un escalier orné d’un tapis rouge qui a vécu, mais pro­duit encore son petit effet chic, voici son protégé – celui qu’il man­age – en pleine répétition dans une salle gigan­tesque. Tour­nant le dos à un piano à queue, Nils Frahm, entouré de synthés, tor­tille du cul en bidouil­lant ses machines. Derrière lui, ses ingénieurs du son se mon­trent prêts à inter­venir. Car, ici, on prend la musique très au sérieux. Nor­mal : ancien cen­tre de radiod­if­fu­sion de l’Allemagne de l’Est, le Funkhaus possède des infra­struc­tures incroy­ables, des stu­dios à l’acoustique inouïe qui accueil­laient autre­fois des orchestres ou des groupes pop locaux. L’endroit sus­cite tou­jours des voca­tions. Ain­si, depuis quelques mois, un sound‐system panoramique a été mis en place.

Jouant au guide impro­visé, Frahm s’enthousiasme tout en marchant d’un bon pas dans les longs couloirs un joint à la main : “Ici, c’est un cen­tre de recherche ! En fait, nous avons redécouvert ce que les génies du Funkhaus, avec leurs blous­es blanch­es de chercheurs, con­nais­saient déjà. Aujourd’hui, les ingénieurs du son peu­vent être des gens cool, mais, après deux ans d’étude, ils ne savent pas vrai­ment com­ment tel appareil marche, pourquoi il faut le câbler comme ça. Alors qu’il y a un pro­fond savoir derrière des cir­cuits et du câblage. Ces ques­tions n’intéressent plus la sci­ence, nous faisons plu‐ tôt des recherch­es sur le cerveau ou nous voulons à aller sur Mars. À l’époque, c’était un pro­jet pri­or­i­taire. Les gens qui tra­vail­laient ici – j’en ai ren­con­tré un, âgé de 90 ans – bénéficiaient d’une vraie autonomie. Ça se voit dans l’architecture mod­erne, occi­den­tale et pas du tout stal­in­i­enne. Le Funkhaus était réservé à une élite de libres penseurs qui réfléchissaient à cette ques­tion : ‘Quels vinyles son­nent le mieux ? Ceux des Américains, des Bri­tan­niques, des Japon­ais ou des Alle­mands ?’ Tous se tiraient la bourre, comme s’il s’agissait d’être les pre­miers sur la Lune.”

 La suite à retrou­ver en kiosque ou à la com­mande ici à par­tir du jeu­di 8 févri­er ! 

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