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17 décembre 2020

NOUVEAUX FUTURS : les 10 labels qui vont faire 2021

par Jon Beige

Hier, Jon Beige, le curateur de notre playlist hebdomadaire NOUVEAUX FUTURS, nous a présenté les dix artistes qui vont faire 2021. Aujourd’hui, rebelote, mais cette fois-ci avec les labels, qui ont vécu une année tout aussi difficile que les artistes, voire davantage. On parle bien ici de labels « émergents », et c’est pour cela que n’y figurent pas des maisons incroyables telles que RVNG Intl., PAN, Warp, Nyege Nyege Tapes, Houndstooth, CPU, Príncipe, Ilian Tape, Leaving, Hyperdub, BFDM, Livity Sound, The Trilogy Tapes, Crammed Discs, Samurai Music, POLAAR, Knekelhuis, Stroom, Spazio Disponibile, AD 93… qui ont elles aussi été remarquables cette année encore. Maintenant, place aux jeunes.

Sélection, textes et interviews par le curateur de la playlist NOUVEAUX FUTURSJon Beige

 

Association Fatale (FRA)

On ne va pas se mentir, faire de la musique c’est chouette, autant que ce qui va avec : faire la fête en backstage, faire des blagues sur Logic Pro, remixer la « Macarena »… Et finalement, créer son propre label, c’est comme tout ça. Poser sa pancarte, espérer que les gens viennent, passer du temps en famille, et espérer qu’il y ait un peu de monde. C’est en organisant des soirées qu’est venue à Belec, père de l’Association Fatale, l’idée d’aller plus loin. « Quand c’était encore possible, j’organisais des soirées qui s’appelaient Bisou, avec des artistes comme que Fiesta En El Vacio, Drywud ou Jonquera (moitié de The Pilotwings), qui figurent tous sur la cassette qu’on a sorti cet été. Ce truc de curation était déjà là, les artistes aussi. » Le but affiché, c’est distribuer de l’amour avec insolence. « Il y a eu cette idée de la carte postale avec Tata Toto, la première sortie. Je trouvais l’objet trop chouette. Quand j’ai su que c’était possible, j’ai pensé à cette comptine toute mignonne qui fonctionnait bien avec l’objet. » Pour info, la comptine en question a pour titre « Fuck », et pour paroles « fuck the Earth, fuck the Universe ». C’est là toute l’ambivalence délicieuse de ce projet, et de façon plus large, celle qu’on retrouve chez beaucoup des membres de Bruits De La Passion, dont fait partie Belec aux côtés d’Oko DJ, Rahim ou Jita Sensation entre autres, avant tout DJs aux sélections sans complexes et sans barrières, alternant souvent entre sonorités pointues et guilty pleasures imparrables. Transposé en label, cela donne des morceaux qui donnent l’impression d’avoir été fait à l’arrache, mais aux finitions impeccables. Cela vaut évidemment mieux que l’inverse.

 

Éditions Appærent (CAN)

On pourra peut-être contester l’étiquette « produit frais » qu’appose nécessairement cette sélection de dix labels sur les heureux élus, mais certainement pas pour Éditions Appærent, né cette année à Montréal. Il est le fruit de l’imagination débordante et multi-tache de Jesse Osborne-Lanthier, de Pierre Guerineau – qui partage notamment le projet Essaie Pas avec Marie Davidson –, Asaël Robitaille et Will Ballantyne. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il sort tout juste du four, puisqu’à ce jour ne figurent au catalogue que deux sorties, essentiellement des membres de la famille. C’est Guerineau lui-même qui apporte la première pierre à l’édifice, avec L’eau Par La Soif, complexe et complet, tantôt apaisant, tantôt pesant. Mais c’est surtout le divin album de Bernardino Femminielli, L’Éxil, qui fait mouche. Beau comme un cœur de l’intérieur, désenchanté, touchant surtout, magnifiquement écrit, c’est une des œuvres phares de cette année pourrie, dont le Montréalais apatride et parisien d’adoption se fait la mascotte idéale. Mais la musique « d’EA », comme il le dit, c’est Jesse Osborne-Lanthier qui en parle le mieux. « J’ai le sentiment que la musique du label se démarque par un savoir-faire musical et artistique précis et pointu, aux sonorités bizarres, abstraites, profondes et intemporelles ; techniquement et émotionnellement complexes, accessibles néanmoins. On n’essaie pas de faire du fast-food, bien qu’on n’ait rien contre ça ! » Comme beaucoup des labels de cette sélection, c’est en faisant se chevaucher les arts que se construisent leurs projets. « On essaie de se faufiler dans la musique de film. Je ne vais pas trop en dévoiler sur les futurs plans du label, mais il y a déjà plusieurs projets d’entamés. » Producteur talentueux – il partageait déjà l’affiche avec son camarade sous Femminielli Noir pour le compte de Mind Records – Jesse Osborne-Lanthier s’est déjà permis d’ouvrir la brèche cinéphile cette année avec Left My Brain @ Can Paixano (La Xampanyeria) OST, copieuse bande-son organique qui rappelle les travaux plus expérimentaux d’Arca, à qui il n’a rien à envier. L’idée, c’est d’aller loin. « Seulement deux sorties jusqu’à présent, mais je pense qu’avec les prochaines on va commencer à comprendre de quel bois on se chauffe. »

 

Equiknoxx Music (JAM)

Equiknoxx est un groupe – ou plutôt un collectif, pour reprendre leurs mots – et aussi un label, et il est bien peu aisé de tracer des limites entre les deux. C’est qu’en Jamaïque, on envisage la musique davantage comme une œuvre commune à la propriété partagée que comme une somme de talents individuels. Le collectif, est officiellement composé de cinq membres : Gavsborg, père fondateur et producteur, qui a répondu à nos questions, Bobby Blackbird et Time Cow, eux aussi producteurs, puis Shanique Marie et Kemikal Splash, chanteurs. « À Kingston, quand on a commencé, nous n’avions accès qu’à deux labels, qui étaient parfaits pour les « big anthems ». Mais nous voulions tracer notre propre route. » Après avoir produit pour les autres, le collectif se regroupe dans les années 2010 afin de s’unir sous une seule bannière. Leurs deux premiers albums, uniquement instrumentaux, leur servent de rampe de lancement en Europe, plus particulièrement en Angleterre, où s’exerce depuis toujours une fascination pour les techniques dub. Mais depuis l’année dernière, et la sortie de leur troisième album Eternal Children, auto-produit et moins expérimental, l’entité Equiknoxx s’est faite assez imposante pour laisser la place à ses individualités. Le label s’est placé en retrait, s’est créé une page Bandcamp, s’est dégoté une identité visuelle pour ses singles, et a laissé à chacun l’occasion de briller. Un peu à la manière du Wu-Tang, une référence pour Gavsborg (qui, selon un beau papier de Mixmag, accordé d’une sublime vidéo, se fâche lorsque ses amis ne sont pas capables de donner le nom des membres les moins connus). Mais surtout, en n’oubliant jamais le collectif. « Cette année, nous avons tous développé nos perspectives sur où nous voulions aller, à la fois individuellement et en tant que groupe. » Gavsborg croit à l’influence mutuelle, au pouvoir du partage et de la communauté. « Nous nous influençons tous mutuellement, et quand je dis tous, j’espère pouvoir parler plus loin qu’Equiknoxx, pouvoir parler à Kingston, à qui nous devons tout. »

Failed Units (UK)

Dans un monde normal, Failed Units aurait vu le jour en 2040, mais c’est l’année dernière que Daniel Ruane, Carne et Vee ont décidé de se lancer. Heureusement, cette année 2020 manquée a été pour eux, les « unités ratées », l’occasion de nous bousculer encore plus fort qu’avant. L’histoire de leurs débuts est bête comme chou. « On était occupés à essayer de faire signer des morceaux de Daniel Ruane, quand on a finalement décidé de faire ça nous-même. L’indépendance était clairement un facteur, mais l’important aujourd’hui c’est surtout d’avoir une plateforme qui nous permette de mettre en avant de la musique assez sauvage et bien rentre-dedans, en mode DIY professionnalisé. » DIY professionnalisé, on aurait pas dit mieux. Derrière sa violence sans méchanceté, et son côté « à ne pas faire écouter aux parents » presque comique – caractéristiques qu’elle pourrait partager avec le nu-metal de l’époque – la musique de Failed Units n’a pas d’égal tant le design sonore est ahurissant, et tant l’énergie qui s’en dégage donne l’impression grisante d’être balancé manu militari dans une rave de Cyberpunk 2077, les bugs en moins. Ces gars-là savent où ils vont. Après une série de trois EPs sous titrés Dawn Of The Failed Units, ce sont les trois suivants, Rescue & Research, qui ont fait passer tous les autres producteurs pour des vieux. Et ils ne comptent par s’arrêter là. « L’année prochaine on va finir les Rescue & Research et lancer une autre série de splits EPs qui seront des collaborations entre deux artistes. Début février, on lance aussi une série de mini compilations de DJ tools autour du thème des changements de BPM. » Cette référence au BPM tend à prouver que le club reste un objectif, puisqu’il s’agit d’une question tout à fait centrale du DJing moderne. Ils avaient d’ailleurs lancé une résidence à Berlin qui tournait bien jusqu’au Covid. « On essaie vraiment de mettre en avant des morceaux qui sortent du lot, en général bien barrés et marrants à jouer. Mais on a remarqué que pas mal de DJs se ramassent en les jouant. »

 

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Music In Exile (AUS)

On a pu entendre en 2020 que le passé s’attardait et que le futur tardait à venir. Il est difficile dans ce brouillard d’incertitude de sortir du chapeau des initiatives viables, analyse qui s’est particulièrement appliquée au milieu de la musique. Certes, les artistes n’ont pas manqué de temps pour être créatifs – est-ce dans la crise qu’on est le plus créatif, c’est un autre débat – mais l’on doit désormais s’occuper de l’éléphant dans la pièce : l’argent. Ces questions se posent jusqu’en Australie. « J’ai grandi en jouant de la musique, en allant dans des bars, en faisant des gigs. Mais, réalisant ma chance, je me suis demandé comment je pouvais aider ceux qui n’avait pas accès à ce milieu. » Joe Alexander, une des têtes pensantes du label et disquaire Bedroom Suck, en a eu marre de mettre son ego dans ce projet. « Le problème, c’est qu’un label devient vite votre « bébé », et il est difficile pour les autres d’intervenir. » Grand collectionneur de musiques de tous horizons, il fait la démarche en 2019 d’aller dénicher des artistes qui n’ont pas l’occasion de faire le trajet inverse. « Je me suis rendu compte qu’il y avait énormément de musiciens talentueux qui vivaient dans des communautés de migrants, adulés dans leur pays, mais qui n’avaient pas l’occasion de pouvoir s’exprimer ici. » Le premier qu’il prend sous son aile est Gordon Koang, Soudanais du Sud qui a fui la guerre civile avec son frère. On croirait que le label a été créé pour lui. Les membres de Music From Exile lui dégotent des dates et lui organisent même une tournée, lui trouvent même un appartement pour lui et sa famille, et même un permis de séjour. Puis la famille s’est agrandie. « En interne, notre équipe s’est beaucoup développé. Nous sommes maintenant enregistrés en tant qu’association caritative, et ce sont essentiellement des bénévoles qui s’occupent du label. » Cette prise de masse leur a permis de développer leur catalogue et de multiplier les sorties de tous horizons. Raconter leurs histoires respectives, c’est ce qui intéresse le label. La plume est tenue par les artistes eux-mêmes. Music From Exile ne veut pas prendre la lumière, cherche seulement à faciliter la vie de leurs poulains. Leur site Internet – à la DA sucrée impeccable, comme tout le reste – affiche un compteur : « $114,835 ». C’est tout l’argent qui a été directement mis dans la poche des artistes depuis le début de l’aventure il y a deux ans. Sans compter donc tout ce qui a été investi pour développer leurs projets. Une affaire qui roule.

 

NAFF (CAN)

« À l’époque, nous avions pas mal de morceaux en stock, mais qui n’intéressaient personne pour une sortie. Créer un label semblait être la plus logique des choses à faire, la plus excitante aussi. » L’histoire classique. Pourtant, chacun de leur côté, Francis Latreille (Priori) et Adam Feingold (Ex-terrestrial) comptent déjà à cette époque quelques sorties bien senties. Mais les deux Montréalais semblent avoir une vision bien définie de ce qu’ils veulent développer. Il fallait prendre les rênes. « Nous avions des idées sur ce que nous aimions tous les deux, à la fois musicalement et esthétiquement, et on a juste foncé. » Ce qui irrigue le label, son énergie primaire, semble donc être ce point de tension entre ses deux membres fondateurs. « C’est un constant processus de perfectionnement, de concentration sur ce qui nous représente comme individus. » La quasi-totalité des sorties du label, et de son sous label Garmo, sont l’œuvre de trois personnes, sous des alias différents, ou collaborant entre eux. Francis et Adam donc, mais aussi Alex Sheaf, le troisième roi mage, d’origine anglaise, aussi connu sous le nom de Dust-e-1. C’est lui qui se sache derrière Anf (avec Priori), Perishing Thirst, ou bien URA. La priorité est donc donnée à la construction de cette esthétique commune et multimédia, qui évoque des souvenirs de raves jamais connues, des chambres d’ado un peu geek éclairées à la lava lamp, ou tout ce qui pourrait se voir revêtir du qualificatif « liquid ». « On aimerait bien créer des vêtements, des accessoires, et même un parfum pourquoi pas. » Après deux ans en circuit court, ce club fermé (sans mauvais jeu de mot d’ordre sanitaire) s’ouvre désormais à d’autres intervenants, loin de dénoter. Le dernier disque en date est l’œuvre d’Ambien Baby, side project de D.Tiffany et Dan Rincon, batteur de Thee Oh Sees. « Par rapport aux débuts du label, on est plus confortables avec le fait d’inclure des amis et artistes dans le processus. » Jesse Osborne-Lanthier, qui a lui aussi son label Éditions Appærent dans ce top 10, s’est par exemple occupé de plusieurs des artworks. NAFF semble paré pour le futur, assis, debout, clubs ouverts ou pas.

 

Osàre! (NLD)

Dans la vie, il y a ceux qui « écoutent de tout », et ceux qui écoutent vraiment de tout. Elena Colombi appartient à cette deuxième catégorie. DJ hors-pair et imprévisible, elle s’est imposée depuis plusieurs années comme une valeur sûre du circuit grâce à ses sélections pointues et rentre-dedans. Depuis l’année dernière, elle applique cette vision à son label. « Osàre! défend tout ce qui est audacieux et inattendu, la musique qui regarde le futur droit dans les yeux, héritée des expérimentations avant-gardiste passées, et imprégnée d’un sentiment de liberté complète. » Elena n’a pas froid aux yeux. Originaire d’Italie, elle a passé dix ans à Londres, où elle y a notamment animé un show formidable pour NTS, qui tient toujours d’ailleurs. Puis après quelques temps à Bruxelles, elle s’installe à Amsterdam. « J’aime comparer l’évolution du label à une plante. En 2019, les graines ont été déposées, et aujourd’hui, un petit arbre pousse, devient plus fort. Et je prends autant de plaisir à le nourrir qu’à observer le processus. » Chacune des sorties est infusée de ce courage qui permet aux artistes de complètement s’abandonner, de mélanger des ingrédients qui a priori n’iraient pas bien ensemble. Prendre tout ce qu’on trouve et laisser faire, quitte à déranger. Et parce que cela ne s’applique pas qu’à la musique, il se peut que la maison se diversifie à l’avenir. « Il y a pas mal de sorties prévues pour 2021, mais aussi une collaboration avec une marque de vêtement à Amsterdam, une autre avec une enseigne basée an Angleterre et spécialisée dans le tricot, et même un parfum sur mesure. » Faire grandir ses racines. « Le label est là pour durer ! »

 

TV Showw (FRA)

On vous voit venir, il est hors de question de parler de french touch 3.0. Certes, TV Showw et Mehdy son créateur, sont basés à Paris. Certes, les sonorités se rapprochent de la vague club omniprésente à Paris qu’on pourrait qualifier de « HD ». Mais personne n’a envie d’une french touch 3.0, surtout pas les premiers concernés, et de toute manière, la plupart des sorties issues de TV Showw sont l’œuvre d’artistes internationaux. La première a vu le jour en 2017. Mehdy, pour inaugurer son label, a l’idée – voire même l’audace – de se signaler à Jamal Moss, plus connu sous le nom de Hieroglyphic Being. « Je l’ai contacté sur Facebook pour lui parler de mon projet de label, et contre toute attente, il était chaud pour l’inaugurer avec un EP sous un nouvel alias, JAI/MAHL. Un honneur ! » Puis en 2018, c’est au tour de Filtrer Dread, pointure UK, et aux Russes de Yung Acid, de poursuivre. Puis plus rien en 2019, puis trois sorties seulement en 2020. Mais quelles claques ! Après De Grandi, c’est au tour de l’Italien Kuthi Jin. « Sa musique est très atypique, que ce soit dans son énergie, sa structure ou son mixage. Ca se rapproche de la d’n’b, de la jungle ou du footwork, avec une approche musique concrète mais sans se prendre trop au sérieux non plus. Aphex Twin joue d’ailleurs ses morceaux dans ses derniers live/DJ sets ! » Comme un artisan, Mehdy prend le temps de sortir de beaux produits, la qualité plus que la quantité, seul ou presque, aidé seulement coté technique par Eric Plovier, responsable d’ailleurs du dernier EP en date sous le nom de Limbus Puerorum. Un label, à cette échelle, on le fait surtout pour le fun, en tout cas au début. Hasard ou pas, c’est exactement le même qualificatif qu’on pourrait utiliser pour l’identité visuelle cartoonesque du bien nommé Claude Joyeux. « Son style bien définissable donne une sacrée gueule au label. C’est quelque chose que les artistes signés semblent apprécier à chaque fois. » La troisième vague, la voilà !

 

World Music (UK)

Heureusement ou malheureusement, il n’y pas grand chose à savoir sur World Music, qui se mure dans un silence volontaire depuis sa création à l’aide d’une communication basée sur la non-communication (oui, ça reste de la communication, de la même façon qu’un contre-mouvement reste un mouvement). Évidement, nos sollicitations sont restées lettre morte. Le long article de Bandcamp consacré au label n’est plus en ligne depuis peu. Est-ce que ça fonctionne encore ça, la technique de l’autruche ? Pour ne pas se voir reprocher de se cacher derrière des concepts vides, il faut absolument que la musique suive. C’est le cas. World Music est l’œuvre des non moins cryptiques Inga Copeland et Dean Blunt, héros pour les uns, inconnus pour les autres, jamais au milieu. C’est chez Hyperdub que Dean Blunt a commencé par sortir sa musique – décidément, avec Burial, ça devient une habitude, les artistes tristes et timides. Très vite il s’émancipe et se sert de World Music dès 2012 pour distribuer ses albums et ceux de son associé, y compris sous leur alias commun, Hype Williams. Pourquoi figurent-ils dans cette liste en 2020 alors ? Déjà parce qu’il s’agit de l’année inaugurale du label, mais aussi parce qu’il semblerait que World Music, comme nous tous, se soit épaissi pendant l’année. La quasi-intégralité du catalogue a été postée sur Bandcamp. Surtout, se confirme une tendance que l’on pouvait déjà pressentir, à savoir le développement d’artistes autres qu’eux-mêmes. La sortie la plus symbolique pourrait être l’EP de 1995 epilepsy, plus largement relayé dans les médias qu’à l’accoutumée. On ignore officiellement qui se cache derrière ce patronyme, mais les rumeurs vont bon train, impliquant Mica Levi, Tirzah ou Scratcha DVA, voir même les trois en même temps. World Music, deux faces d’un aimant, tout comme ses créateurs.

L’intégration des lecteurs Bandcamp est désactivé, il faut directement aller écouter leurs sorties sur leur page.

 

Youth (UK)

Après avoir parlé avec plusieurs labels qui figurent dans cette liste, il est clair que ce qui motive leurs créateurs réside bien souvent dans le constat d’une place à prendre, le même genre de réflexion que l’on se fait lorsqu’on se rend au bureau de vote et qu’aucun candidat ne répond à nos attentes. Sauf qu’en musique, cette réflexion donne envie de se porter candidat, pas de voter blanc. Bien que Youth ne soit pas à proprement parlé un label émergent – créé en 2017 à Manchester par DJ Lyster, il compte déjà un nombre conséquent de sorties – le rythme s’est accéléré cette année, aussi bien en terme de quantité que de qualité. « Le label en est toujours à ses premiers balbutiements, mais j’ai le sentiment qu’il a trouvé sa signature sonore. » « Il », comme si le label était une personne à part entière, avec sa propre personnalité ; c’est pourtant, comme souvent, l’œuvre d’une seule personne. « Tous ces morceaux mis bout à bout ont du sens pour moi, en tout cas dans ma tête. Le label a grandi doucement mais sûrement, de façon organique, sortie après sortie. » Encore cette image de la plante qui revient, au tronc de plus en plus fort, aux racines de plus en plus développées. Un arbre qui trouve sa place dans la forêt. « Je ne veux pas que le label soit catalogué, c’est ma priorité. Le seul dénominateur commun des différentes sorties, à mon sens, c’est qu’elles sont une bonne représentation de mes goûts. » Singulières, les sorties de Youth le sont assurément, et il serait vain d’essayer de lui coller une étiquette plus précise que « musique électronique », qu’on pourrait à la rigueur qualifier de poussiéreuse. « Parfois, j’ai le sentiment en rencontrant certaines personnes que si elles produisent de la musique, je vais forcément aimer. C’est arrivé avec FUMU, du fait de sa personnalité, de ses goûts et de ses influences. Pareil pour Dijit, que j’ai découvert via un mix de Rahim, du crew Bruits de la Passion. » L’humain comme seul dénominateur qui vaille.

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