©Philippe Pace

On a fait un blind test avec la prêtresse de la bass music Flore

Derrière les platines ou à la tête de son label Polaar, la Lyon­naise Flo­re s’est imposée en quelques années comme la grande prêtresse française d’une scène bass aus­si exigeante que tumultueuse. Blind test téléphonique, con­fine­ment oblige, à l’occasion de l’arrivée de son album Rit­u­als, quelque part entre tech­no, bass music et ambi­ent. Au menu, des bass­es, des beats, et encore des bass­es.

Arti­cle issu du Tsu­gi 131, disponible à la com­mande en ligne.

 

  • Dom & Roland — Trau­ma
    Extrait du DJ-Kicks de Kem­istry & Storm

Dom & Roland ! J’ai écouté au moins 20 mil­lions de fois le mix de Kem­istry & Storm dont il fait l’ouverture. Ça me fait plaisir de réécouter ce morceau telle­ment puis­sant. J’adore “Trau­ma”. Quand j’ai com­mencé à mix­er, vers 16/17 ans, je ne sor­tais pas, et j’avais du mal à saisir ce que cela sig­nifi­ait d’être vrai­ment DJ. C’est en découvrant ce DJ-Kicks que j’ai com­pris com­ment mélanger deux morceaux et en faire émerger un troisième. Une grande claque.

Je suis déjà quelqu’un d’assez struc­turé : quand je ne suis pas en train de mix­er à 3 ou 4 h du matin, j’ai une vie assez nor­male.”

La première de tes cul­tures électroniques, c’est la drum’n’bass ?

À qua­torze ans, je suis tombée sur le clip de “Human Behav­ior” de Björk, qui pas­sait sur MTV. Je me sou­viens m’être demandé ce qu’était ce truc incroy­able. Ensuite mon frère a com­mencé à tra­vailler dans un mag­a­sin de dis­ques, j’ai découvert Mo’Wax, Mas­sive Attack. En 1996, j’ai pris une deuxième tarte avec le con­cert de Björk au Trans­bor­deur à Lyon. Goldie assur­ait la première par­tie. Il venait tout juste de sor­tir Time­less, qu’il jouait live avec Diane Charle­magne… J’ai ressen­ti un appel de la nature. (rires) J’ai eu l’impression que toute ma vie j’avais atten­du ça. C’était une évidence !

  • Rhythm & Sound w/ Tiki­man — Nev­er Tell You
    Extrait du sin­gle Nev­er Tell You

Smith & Mighty ? En tout cas, c’est très bien.

Non, Rhythm & Sound et Tiki­man.

Mais bien sûr ! Je me sou­viens très bien de ce disque, mon frère l’avait dans ses bacs et il par­tait comme des petits pains. Qu’est-ce que ça vieil­lit bien, c’est mer­veilleux.

Tu n’avais pas accroché à sa sor­tie car ça ne cog­nait pas assez de ton point de vue de DJ ?

Ce qui m’a attirée dans la drum’n’bass des débuts c’est l’aspect “cinématographique” et futur­iste des morceaux. C’était far­ci de sam­ples qui venaient de films, un soin tout par­ti­c­uli­er était apporté au sound design et à la recherche de tex­tures – d’ailleurs, si tu enlèves les ryth­miques, c’est presque de l’ambient. Et il y avait ces ryth­miques, tous les morceaux en mode “Amen Breaks” super ciselés, où il n’y avait pas deux mesures qui se répétaient de la même façon… À l’époque, le dub était trop calme pour moi, peut‑être parce que je n’ai jamais fumé de joints. (rires) Mais je sais que j’ai le disque dans ma bibliothèque. Je me sou­viens que mon frère me l’a mis dans les mains en me dis­ant : “Il faut que tu l’aies.

  • Tsuna­mi One — Num­ber 43 With Steamed Rice Please
    Extrait du maxi Num­ber 43 With Steamed Rice Please

Ouh là, on dirait un Pro­duc­er ! Bass­bin Twins ?

Presque, Tsuna­mi One, alias Adam Free­land et Kevin Beber…

Ah oui ? Je ne le con­nais pas celui-là.

Tu as eu ta période nu-skool breaks, non ?

Absol­u­ment, c’est même ce qui m’a lancée. Quand je mix­ais drum’n’bass, c’était une musique de niche, qui n’avait pas une très bonne réputation en France, de la musique de teufers, dif­fi­cile à défendre. Sor­ti de Mont­pel­li­er, Avi­gnon, du Monde à l’envers
à Lyon ou des soirées de Miss Ficel à Paris, il n’y avait pas beau­coup d’endroits au début des années 2000 où l’on pou­vait jouer de
la drum. Les ten­anciers de clubs n’en voulaient pas. Vers 2003, la drum a viré tech­step, je ne me recon­nais­sais plus dans cette esthétique froide, ni dans le pub­lic des soirées. Je me fai­sais même insul­ter parce que je ne tapais pas assez. Je me suis tournée vers les pro­duc­tions de Ren­nie Pil­grem, Plump DJs, Freq Nasty, du label Fin­ger Lickin’, c’était de la musique de fête, au sens noble du terme. Je retrou­vais ce qui m’avait séduite quand j’avais découvert l’électronique, le côté acid house, hap­py hard­core. Au même moment, je me suis mise à en jouer de plus en plus, à Nuits Sonores, au Print­emps de Bourges… De fil en aigu­ille faire danser les gens est devenu mon métier à plein temps.

  • Mono­lake — Tan­gent I
    Extrait du maxi Tan­gent

Cela ne me dit rien, mais j’aime bien. Mais qu’est-ce donc ?

Tan­gent I”, un morceau de Mono­lake de 1999…

Main­tenant que tu le dis, cela ne me sur­prend pas. Je crois devin­er pourquoi on par­le de Mono­lake. (rires) Puisque Robert Henke et Ger­hard Behles sont tous les deux à l’origine d’Ableton Live.

Tu es offi­cielle­ment la seule femme certifiée Able­ton Live en France. Com­ment es-tu passée d’utilisatrice à for­ma­trice ? Il faut quand même un gros niveau de geek­i­tude…

Euh oui… (rires) C’est drôle car j’ai l’impression que les gens ont découvert le jour de ma cer­ti­fi­ca­tion que j’étais très portée sur la com­po­si­tion sur ordi­na­teur, alors que je m’en sers depuis plus de 20 ans. J’ai débuté avec un Atari STE qui n’avait pas de disque dur interne et très peu de RAM, Cubase et les quelques synthés que je pou­vais me pay­er pen­dant mes études. Et je me suis formée dans mon coin.

Il y a une cer­taine logique à te retrou­ver for­ma­trice…

Totale­ment, j’ai l’habitude du côté défrichage de la par­tie tech­nique, même si enseign­er est arrivé par hasard dans ma carrière. Quelqu’un que je con­nais­sais cher­chait de l’aide pour don­ner des cours, et ça m’intéressait de me frot­ter à quelque chose que je n’avais jamais essayé. Cela m’a plu bien plus que je l’aurais imag­iné, c’était un chem­ine­ment intéressant. Quand tu es toi-même auto­di­dacte, tu es obligé de réorganiser tes con­nais­sances et de réfléchir au meilleur moyen de les trans­met­tre.

C’est devenu une part impor­tante de ta vie pro­fes­sion­nelle ?

Mon activité prin­ci­pale reste le dee­jay­ing, les cours représentent l’équivalent de deux mois d’activité, mais toute mon année est structurée en fonc­tion de ces journées de cours, puisque je m’engage à être disponible.

Dans la vie d’une artiste, avoir un job “nor­mal”, avec des horaires comme tout le monde, doit être une res­pi­ra­tion…

Complètement. Être fidèle au poste de 9 h à 18 h remet les choses en per­spec­tive et cette parenthèse dans mon quo­ti­di­en me per­met de garder les pieds sur terre. Je suis déjà quelqu’un d’assez struc­turé : quand je ne suis pas en train de mix­er à 3 ou 4 h du matin, j’ai une vie assez nor­male. Je ne vois qu’un inconvénient à ces ses­sions : en tant que rat de stu­dio, je n’ai pas l’habitude de par­ler autant et aus­si longtemps. (rires)

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