©Mitch Altman

On vous raconte cette étrange nuit enfermés au Tresor de Berlin

Dans les pre­mières années qui ont suivi son ouver­ture en mars 1991 à Berlin, des choses inhab­ituelles se sont pro­duites au Tre­sor. Des événe­ments aux­quels per­son­ne ne s’attendait, mais qui ont finale­ment joué un rôle majeur dans la créa­tion du mythe entourant le club, qui fête aujourd’hui ses 30 ans avec un plan­tureux cof­fret. Comme l’écrit son fon­da­teur Dim­itri Hege­mann dans ce réc­it d’une nuit très étrange : “Un club ne peut pas servir de camp de survie.”

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©Michael May­er

Tre­sor ouvrait tou­jours ses portes le ven­dre­di et le same­di vers minu­it. Les fêtes se sont ensuite déroulées jusqu’à midi le lende­main. Ensuite, le groupe de per­son­nes encore présentes se rendait dans le prochain club, dans lequel il était invité après la fer­me­ture pour l’after (au Wal­fisch) ou dans un autre club où la fête se pour­suiv­ait encore pen­dant quelques heures (à l’E‑Werk). L’un des grands mérites du Tre­sor reste son engage­ment per­ma­nent en faveur de ses jeunes artistes. Tous les mer­cre­dis, les new faces se retrou­vaient dans le club pour un prix d’entrée réduit. La fête heb­do­madaire était très pop­u­laire, si bien qu’en été, il arrivait que plus de 2000 jeunes se présen­tent de partout et fassent la fête jusqu’à la reprise des cours le lende­main, décou­vrant ain­si des nou­veaux DJs – pour la plu­part issus de leurs pro­pres rangs ou de leurs cer­cles d’amis – lors de leur pre­mier grand show.

Un club ne peut pas servir de camp de survie.”

18h : Ce mercredi-là, nous venons au club en fin d’après-midi pour tout pré­par­er pour la soirée. Cela com­prend le net­toy­age des salles, le rem­plis­sage des bois­sons et bien d’autres choses encore. Mais nous sommes stupé­faits de con­stater que la clé ne ren­tre pas dans le cylin­dre de la ser­rure de la porte d’entrée et qu’il y a en fait un petit morceau de papi­er col­lé à la porte, avec une carte de vis­ite de la police de Berlin, le logo strict de celle-ci bien vis­i­ble. La note dit sim­ple­ment: “Nous avons dû ouvrir la porte. Passez au poste de police de la Krausen­strasse.” NOUS ÉTIONS TOUS SOUS LE CHOC. POLICE. NOUS AVIONS ÉTÉ TRAQUÉS. La con­science coupable s’est réveil­lée en cha­cun de nous. Tous nos actes illé­gaux des dernières années nous revi­en­nent en quelques sec­on­des. Après tout, le club est enreg­istré auprès de l’administration de la ville en tant que galerie d’art. Et main­tenant la police a pénétré nos lieux. Qui sait com­ment le dernier employé et le man­ag­er du club ont quit­té le bureau. Boire un dernier verre ou même plus…

18h30 : Que faire alors? Qui va au poste et se ren­seigne? Le choix se porte sur Regi­na. Elle est la gérante du club, mais rien ne peut lui arriv­er si elle est men­acée d’un inter­roga­toire plus ser­ré par la police. Nous y allons, nous nous garons devant le poste de police et nous atten­dons dans la voiture, les vis­ages inquiets.

©Ang­ie Linder

 

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19h10 : Regi­na en sort 40 min­utes plus tard. Puis nous racon­te toute l’histoire. La police a reçu un appel depuis le Tre­sor de la part d’une femme mar­di soir. Elle était venue au club en tant qu’invitée le same­di soir, puis s’était endormie dans un coin le lende­main matin. Elle s’était retrou­vée enfer­mée. Le Tre­sor étant situé dans l’ancienne cham­bre forte du grand mag­a­sin Wertheim, au sous-sol, elle était enfer­mée dans le “club le plus sûr du monde”, toute seule, depuis deux jours et demi, et avait très faim.

Elle a trou­vé des vête­ments oubliés et non réclamés dans le ves­ti­aire, dont elle s’est servie pour se faire des couvertures.”

Jusqu’à présent, elle s’était nour­rie des cac­ahuètes du bar et des fruits stock­és pour les long drinks. Et le sys­tème de sonori­sa­tion était tou­jours allumé, elle avait alors décou­vert quelques dis­ques de Tre­sor dans le bureau et les avait joués bruyam­ment et avait dan­sé dessus. C’était génial, danser seule dans le caveau à 110 dB. Elle a trou­vé des vête­ments oubliés et non réclamés dans le ves­ti­aire, dont elle s’est servie pour se faire des cou­ver­tures. Quelques jours plus tard, la police a brisé la porte du coffre-fort avec les forces spé­ciales des pom­piers et l’a libérée. C’est tout… Suite à la vis­ite de Regi­na au com­mis­sari­at, on doit juste chang­er la serrure.

19h30 : Nous sommes telle­ment soulagés. Nous allons ensuite au club et en entrant, nous sommes ébahis : l’inconnue a lais­sé le club inhab­ituelle­ment et par­faite­ment pro­pre. Toutes les pièces sont par­faite­ment net­toyées et bril­lent comme jamais auparavant.

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