Philippe Groslier

Ososphère 2019 : la techno est dans la rue

Que du béton armé. C’est le mot d’ordre de la vingtième édi­tion du fes­ti­val Ososphère à Stras­bourg. Après des années de péré­gri­na­tions dans la ville, de la Coop en 2012 au Jardin d’Hiver sur le cam­pus de l’Esplanade en 2015, les organ­isa­teurs ont décidé de revenir dans le quarti­er mythique qui a vu naître le fes­ti­val : la Lai­terie. Pour les non-initiés, située dans le sud-ouest de Stras­bourg, la Lai­terie est une friche dont la renais­sance débute en 1994. 2019 : 25 ans du pro­jet, 20 ans du fes­ti­val — ça fait des bou­gies à souf­fler, et du monde à épa­ter. Pour mar­quer le coup, il ne s’agit pas telle­ment d’innover, mais plutôt de revenir dans ce quarti­er incar­nant le point d’ancrage du fes­ti­val, pour y créer une ville dans la ville.

Et les fes­ti­va­liers sont aver­tis dès leur entrée sur les lieux, ven­dre­di soir à 22:30 : ils sont bien sur un chantier, comme le prou­ve une béton­nière à facettes (si, si) imag­inée par l’artiste Benedet­to Bufali­no, et ryth­mée par une playlist disco-ringarde (notre plus gros guilty-pleasure). Au-delà de l’envie de con­stru­ire une scéno­gra­phie, le fes­ti­val s’est employé à créer de l’espace pub­lic. Ain­si, “l’ultra-rue” de l’Ososphère accueille égale­ment de gigan­tesques pro­jec­tions de vidéos de caméras sur­veil­lance des alen­tours, mis­es au point par Thomas Las­bouygues. De quoi brouiller les pistes entre privé et pub­lic.

Philippe Grosli­er

Pour inve­stir ce lieu atyp­ique, ce sont 4 salles qui s’ouvrent aux fes­ti­va­liers. La Delta investit la bien célèbre salle de con­cert de la Lai­terie, dont la pro­gram­ma­tion fait la fierté de la ville, le Molodoï devient l’Abysse, l’Espace K devient la Crique, avec à ses côtés, la salle de la Rocaille au théâtre de Stras­bourg. Et pour inau­gur­er ce fes­ti­val ultra-urbain, il sem­blait évi­dent de faire vibr­er les murs avec une tech­no indus­trielle et presque 100% alle­mande. Impos­si­ble de le louper ; le mythique label Kom­pact est omniprésent. C’est d’ailleurs Kölsch, rem­plaçant de dernière minute de Len Faki (hos­pi­tal­isé peu avant le début du fes­ti­val) qui ouvre le bal avec un live hyp­no­tique et entê­tant. Sascha Funke, autre fig­ure de proue du label, prend douce­ment ses mar­ques devant une salle peu rem­plie et signe un set pleine­ment inspiré d’une tech­no old-school nous ramenant au début des années 2000. Enfin, Barnt prof­ite lui de la longueur de sa per­for­mance (4 heures) pour expéri­menter plusieurs gen­res et s’aventurer dans tous les sens, pour le meilleur — comme pour le pire…

Philippe Grosli­er

Dans les têtes d’affiche, la part belle est faite aux anciens, ces noms qui font fig­ure de proue de la tech­no d’outre-Rhin depuis au moins deux décen­nies. En deux­ième par­tie de soirée, Paula Tem­ple et Ellen Allien se parta­gent ain­si les deux salles les plus rem­plies du fes­ti­val pour des sets élec­triques. Tan­dis que la brune per­siste et signe avec son éter­nel bru­tal­isme ryth­mique, Ellen Allien offre un mix sur­volté, 100% punk et 100% acid qui donne chaud — très chaud — à ses spec­ta­teurs. Tom­my Four Sev­en, pro­gram­mé avant ces dames, n’est pas en reste : c’est avec une tech­no dis­tor­due au rythme com­plète­ment décon­stru­it qu’il fait tran­spir­er son pub­lic dès le début de la soirée.

Philippe Grosli­er

Tech­no indus­trielle, ultra-urbanité… Faut-il retenir de cette vingtième édi­tion d’Ososphère une impres­sion froide et bru­tale ? Pas si vite… Rap­pelons l’intention du fes­ti­val, celle d’incarner un ter­ri­toire urbain, et donc, de le partager avec ses habi­tants. Un air de con­vivi­al­ité plane sur le quarti­er de la Lai­terie. Entre deux con­certs, il est ain­si pos­si­ble aux fes­ti­va­liers d’envoyer des cartes aux rési­dents, à l’aide d’une boîte postale spé­ciale­ment instal­lée pour l’occasion. Peut-être pour les remerci­er d’avoir prêté leurs jardins, trans­for­més pour le fes­ti­val en un espace de chill-out sous les arbres. Enfin, toute dernière nou­veauté de l’Ososphère : la salle des Arcades, où l’on se retrou­ve plongé dans un voy­age nos­tal­gique, entre Mario Kart et Pac Man. Une ultime sur­prise pour chou­chouter leurs fes­ti­va­liers, et pré­par­er le prochain dis­trict du fes­ti­val. En effet, en jan­vi­er prochain, l’Ososphère revien­dra inve­stir la Lai­terie avec une expo­si­tion tournée vers le numérique, comme sig­na­ture de notre époque et clef de per­cep­tion d’un monde sur-informé. Tout un pro­gramme.

Pire moment : Mais que fait Sascha Funke ?

Meilleur moment : Le fan club de Paula Tem­ple sur­volté au pre­mier rang.

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