© Mickaël Liblin

Ouest Park, le rendez-vous toujours immanquable du peuple havrais

Ce week-end, une bonne par­tie de la ville du Havre migrait en direc­tion le Fort de Tourneville pour l’an­nuel et cou­tu­mi­er Ouest Park. Le fes­ti­val avait com­mencé en douceur le mer­cre­di, en dédi­ant toute sa journée aux enfants avec des ate­liers et des sur­pris­es à gogo (avec notam­ment une boite de nuit, le Ouesti­ti Dis­co Club, acces­si­ble à par­tir de 1 an) … Le week-end, Tsu­gi s’est ren­du sur place pour assis­ter à une belle faran­dole de musique, placée entre DJ-sets, gross­es têtes d’af­fiche et scène nor­mande plus qu’affirmée.

 

Une pro­gram­ma­tion tout terrain

Il est 21H50 lorsque Juli­ette Armanet s’a­vance en pan­talon “imi­ta­tion boule dis­co” sur la scène du grand chapiteau. Tête d’af­fiche de ce pre­mier soir, elle est celle que tout le monde attend en prou­vant une fois de plus qu’elle ne rigole pas avec la scène. On est assez impres­sion­né devant cette per­for­mance live menée par une chanteuse sur­voltée, accom­pa­g­née d’une gui­tare élec­trique à couper le souf­fle. Redou­ble­ment d’ex­ci­ta­tion dans le pub­lic lorsqu’elle craque un fumi sur pre­mières notes de “Brûler le feu”, titre éponyme de son dernier album. Enfin, exal­ta­tion totale dans la salle lorsque la chanteuse envoie “Le Dernier Jour du Dis­co”. LE morceau, avouons-le, qu’on attendait tous impatiem­ment au fond de nous… Qu’on aime ou non la musique d’Ar­manet, il serait mal­hon­nête de ne pas recon­naître son sens du spec­ta­cle et sa pas­sion sur scène. Con­cert fini, on part directe­ment à la recherche des toi­lettes, endroit clé et point de repère infail­li­ble pour tout fes­ti­va­lier, afin d’as­sur­er en toute sérénité la suite des événe­ments. Comme une évi­dence, ils se trou­vent à coté du Vil­lage Élec­trique, une fête foraine itinérante gérée par un col­lec­tif loufoque ren­con­tré ce soir-là : les Mou­tons Élec­triques. Au-delà des stands far­felus (on y revien­dra après), on ren­con­tre surtout  le pre­mier DJ-set de la soirée. Milan et Félix, mem­bres de ces fameux mou­tons, per­chés en haut d’une tour, sont en train d’en­flam­mer les platines, enchaî­nant tech­no hard, trance et remix­es qui met­tent tout le monde d’ac­cord. Comme les ver­sions revis­itées de “Day’N’Nite” de Kid Cudi ou de “Shut Up” des Black Eyed Peas. Moment de joie intense lorsque les pre­mières notes de “Désan­chan­tée” se muent en remix tech­no pour con­tenter une foule bondis­sant dans tous les sens.

 

 

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À peine remis de nos émo­tions, on file en vitesse vers un autre univers musi­cal tout aus­si per­cu­tant : le rap. Après Juli­ette Armanet c’est Gazo, boss de la drill française, qui retourne la grande scène du chapiteau à sa manière. Un poil plus vio­lent dans la fos­se, on se défoule pen­dant une heure au son de KMT, dernier album du rappeur qui nous impres­sionne par sa voix puis­sante et sa prestance live mal­gré sa béquille. On a égale­ment droit à des incon­tourn­ables plus anciens, mais qui n’en restent pas moins actuels : “Dad­dy Choco­lat” en feat avec Koba la D et le clas­sique “Drill FR 4″ qui aura tou­jours le pou­voir de tran­scen­der une foule. On croise à la sor­tie la brigade de préven­tion gérée par l’as­so­ci­a­tion havraise Nau­til­ia, spé­cial­isée dans le com­bat con­tre les addic­tions. Et on repart les poches pleines de capotes, sérum phy’ et autres prospec­tus de préven­tion con­tre tabac et cannabis. Enfin, quoi de mieux que l’am­biance club du Tetris pour accueil­lir le clos­ing, de 1H40 à 2h40, d’une Miley Seri­ous mani­ant avec tou­jours autant de justesse la tech­no et la drum’n’bass ? En bref, une pre­mière soirée qui témoigne de l’é­clec­tisme de ce Ouest Park 2022. Eclec­tisme con­fir­mé le soir suiv­ant avec l’en­chaine­ment du con­cert, bien sportif, du rappeur Dinos suivi d’un show digne de ce nom du duo Odezenne pour con­clure sur le live élec­tron­ique et onirique d’un N’TO fédéra­teur. On retien­dra aus­si le très bon con­cert de Biga*Ranx qui, dans un chapiteau plein à cra­quer a mis les points sur le I en nous régalant de sa musique aux influ­ences dub, rap et reg­gae si bien entremêlées… Et qui, en live, prend tout son sens. De quoi en tout cas, faire chanter à tue-tête une foule entière les textes planants du mas­ter Biga.

 

Un fes­ti­val déjan­té et familial 

Un mot pour­rait résumer ce Ouest Park : inter-générationnel. Partout dans le fes­ti­val et durant les deux jours, la mix­ité d’âge est évi­dente. Ça n’est pas dans n’im­porte quel fes­ti­val qu’on pour­rait crois­er des enfants de sept ans sur les épaules de leurs par­ents en face d’un Lewis OfMan , ou encore des grand-mères assis­tant curieuse­ment, de loin, au con­cert de Gazo. Le vil­lage élec­trique, lui, devient très vite un grand ter­rain de jeu avec notam­ment un mor­pi­on ver­sion XXL auquel il faut jouer en mar­quant avec des bal­lons de bas­ket, le tout com­men­té par une ani­ma­trice endi­a­blée. Plus loin dans cette ker­messe itinérante, on assiste à des karaokés enflam­més… L’oc­ca­sion pour nous de chanter à gorge déployée des chan­sons de toutes généra­tions. On se sou­vien­dra d’avoir chan­té “L’Homme Pressé” en choeur avec tout le monde, et même si ça son­nait très franche­ment faux on le gardera en tête comme un beau moment de partage.

 

Ouest Park

De gauche à droite : la brigade de préven­tion Nau­til­ia, les Mou­tons Élec­triques et le fameux baby-foot Ricard @ Mila Darphin

 

Témoin ce baby-foot géant aux couleurs Ricard, une qua­si œuvre d’art, stupéfiant.On se retrou­ve directe­ment en face d’un adver­saire de 8 ans plus déter­miné que jamais, tan­dis que des trente­naires siro­tent leurs jaunes en zieu­tant la par­tie d’un air amusé. Il n’est que 2H40 ce same­di lorsque les Mou­tons annon­cent the last one, la dernière, le son qui clô­tur­era ces deux soirs de folie. Evidem­ment, tout le monde s’in­surge de cette fin beau­coup trop pré­coce. Soudain, les pre­mières notes du tube de La Boum con­nu de tous réson­nent à tra­vers la nuit. Moment absol­u­ment mag­ique d’en­ten­dre ce son qui aura bercé tant de généra­tions, joué à la fin d’un set de musique élec­tron­ique. Encore une fois, on se retrou­ve tous ensem­ble  à danser des slows au milieu du vil­lage élec­trique, comme dans un rêve.

Un fes­ti­val qui cor­re­spond ‑de jolie manière- à un rendez-vous annuel imman­quable pour le peu­ple du Havre et de ses envi­rons. Avec son ouver­ture musi­cale, bien dans l’air du temps et son souci d’ex­pos­er la scène nor­mande, Ouest Park ouvre grands ses bras à toutes les généra­tions, désireux de n’ex­clure absol­u­ment per­son­ne. Au final, n’est-ce pas ce qui fait la force et la beauté d’un fes­ti­val de musique ?

Pire moment : quand on a fail­li avoir un acci­dent de bal­ançoire, à cause d’une bonne âme qui a voulu nous don­ner une frite en plein vol.

Meilleur moment : clos­ing des mou­tons élec­triques sur “Real­i­ty” de Richard Sander­son, inoubliable.

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