Panteros666 : “J’ai l’impression d’être plus proche du chanteur d’Aqua que de Rødhåd”

Trois ans qu’il n’avait pas sor­ti de nou­veau morceau en solo. Après une pause méritée, un paquet de DJ sets, un label lancé, un démé­nage­ment à Lon­dres et un pied posé dans le monde du ciné­ma, Panteros666 revient en solo avec “Catch Me IRL”, pre­mier extrait d’un EP à venir sur le géant améri­cain Ultra Music, où il vient tout juste de sign­er aux côtés de mastodontes EDM comme Calvin Har­ris, Deadmau5, Steve Aoki ou Net­sky. L’occasion pour l’entité de Club Cheval de se pos­er une heure à Paris pour dis­cuter de son retour musi­cal, d’amour à l’ère du numérique, et de AER_OS, son nou­v­el avatar numérique inspiré par Poke­mon Go. Oui, Panteros666 n’a pas telle­ment changé. Non, sa musique n’est plus vrai­ment la même.

Depuis 2017, tu as sor­ti très peu de musique pour faire beau­coup de DJ sets et d’autres pro­jets à côté. Pourquoi avoir ralen­ti au niveau de la musique ? 

Entre le moment où j’ai mis mes pre­miers morceaux sur inter­net et aujour­d’hui il a dû se pass­er huit-neuf ans, comme si j’é­tais ren­tré dans un tun­nel duquel je venais de sor­tir en 2017. Je me suis dit que j’é­tais arrivé au bout d’un cycle. Ça m’a fait cet effet-là notam­ment à la fin de Bro­mance et des deux années de tournée avec Club Cheval où je me suis dit qu’il fal­lait que je prenne une pause, que j’ar­rivais à la fin d’un chapitre. Après l’al­bum de Club Cheval, on a sen­ti qu’on avait besoin de faire des choses musi­cales dif­férentes et c’est ce qu’on a fait : on s’est don­né quarti­er libre. J’avais envie de col­la­bor­er avec plein de nou­veaux pro­duc­teurs que j’avais ren­con­tré à Paris et j’ai essayé de créer mon pro­pre label, mais je crois que ce n’était pas trop fait pour moi. Je suis trop le nez dans la créa­tion, dans mes morceaux, mes pro­jets, pour arriv­er à bien gér­er la paperasse et la ges­tion et ça ne m’a pas vrai­ment plu. Entre-temps, j’ai aus­si été approché par un pro­duc­teur de ciné­ma qui m’a con­tac­té pour écrire des scé­nar­ios de films. Du coup, j’ai prof­ité de cette pause pour me for­mer en auto­di­dacte aux métiers d’écri­t­ure de scé­nario, de dia­logue, de réal­i­sa­tion… J’ai lu une ving­taine de bouquins académiques, uni­ver­si­taires, de grands réal­isa­teurs sur l’écri­t­ure fic­tion­nelle et j’ai tourné mon pre­mier court-métrage cet été, qui par­le de mas­culin­ité et de roman­tisme. Donc ça aus­si ça m’a pris huit mois de ma vie. Et évidem­ment j’ai bossé sur la musique, en tour­nant beau­coup, et en m’enfermant dans mon stu­dio pour faire plein de morceaux dans le but de faire évoluer ma musique. Je suis passé d’un son qui était très club à une musique plus pop aujour­d’hui. Donc même si je n’ai pas sor­ti grand-chose, il s’est finale­ment passé pas mal de choses pour moi entre 2017 et aujourd’hui.

Tu par­lais d’aller vers la pop. C’est un peu ce que tu avais entamé avec ta col­lab­o­ra­tion avec Wood­kid non ?

C’est vrai. Le truc c’est que je ne trou­vais pas vrai­ment d’é­cho pour ce genre de morceau un peu vocal-house dans des labels en France. Alors je me suis intéressé à l’An­gleterre et plus pré­cisé­ment à ce qu’il se pas­sait à Lon­dres et j’ai eu l’im­pres­sion de décou­vrir la Terre Promise pour les mélanges qui cassent les fron­tières entre ce qui est pop et ce qui est club. J’ai démé­nagé là-bas. Ma con­som­ma­tion de musique a aus­si changé : main­tenant je suis entre Soulseek et Spo­ti­fy, et je me suis un peu détaché de la musique de club, pour écouter des choses plus pop, plus incar­nées. Ce n’est pas for­cé­ment de la musique faite pour foutre le feu en soirée.

Tu as écouté quoi par exemple ?

J’ai beau­coup écouté Gor­gon City, Jack Jones, Son­ny Fodera, Chris Lake, toute cette scène… et j’ai mélangé ça avec des styles de nich­es obscurs que j’ai tou­jours aimé comme l’eurodance des années 2000. Déjà en ter­mes d’esthé­tique et de fash­ion, ils avaient un super look, con­traire­ment aux DJs som­bres, ultra sobres d’au­jour­d’hui, et dans lesquels je ne me recon­nais pas vrai­ment. C’est pour ça que j’aime bien met­tre des élé­ments un peu dance/eurodance dans mes sons. Ça me donne l’im­pres­sion d’être plus proche du chanteur d’Aqua que de Rødhåd (rires).

Tu t’es plus ouvert à la pop ces trois dernières années ?

Oui, claire­ment. Avant, met­tre des voix dans des morceaux élec­tron­iques c’é­tait un peu tabou pour les Français. Et on a brisé un peu ça avec Club Cheval en faisant notre album. Mais on était plus dans des trucs r’n’b, rap, ou alors c’é­tait des petits cuts. Surtout, il y a eu un vrai virage dans la musique actuelle ces dernières années avec énor­mé­ment de pop stars qui chantent vrai­ment : même dans le rap tu le vois, de Lomepal à Post Mal­one, on a des chanteurs à voix main­tenant. On est dans un monde de chan­son­niers et j’aime bien suiv­re les évo­lu­tions du monde, en musique ou ailleurs. C’est impor­tant pour moi d’apporter ma pro­pre vision des choses mais je n’ai pas non plus envie de ramer con­tre ce qu’il se passe autour de moi. Je trou­ve ça bien quand il y a une vague et que tout le monde se laiss­er porter par elle pour ensuite faire ce qu’il veut avec. Après, cha­cun son style de surf (sourire).

Je me suis totale­ment décom­plexé sur le fait de savoir si c’est trop mélodique, trop EDM, trop bass-house…”

Quand on réé­coute tes EPs solo, il y a tou­jours eu des voix au final.

C’est quelque chose que j’adore. Un track sans vocal c’est un peu comme un squelette. Et lorsque tu mets une voix tu as direct de la peau et des fringues par-dessus. J’aime bien tra­vailler avec cette matière. Donc pour mes nou­veaux morceaux, j’ai bossé avec des chanteurs. En réal­ité, j’ai eu un vrai déclic avec “One Kiss” de Calvin Har­ris et Dua Lipa : c’é­tait de la Chica­go house du futur, hyper bien pro­duite, tout en étant sobre. Je voulais faire la même chose avec des chanteurs/euses plus indés, moins formatés/mainstream, pour avoir ma pro­pre esthé­tique. J’ai donc com­mencé à faire une cen­taine de morceaux, et je suis allé chercher des potes pour chanter par-dessus : ça va de Claude Violante, avec qui j’ai fait le pre­mier son, à Floyd Shakim, Camp Claude ou Ana Zim­mer. J’ai écrit moi-même des mélodies de chant et j’ai vrai­ment adoré faire ça. Et je me suis totale­ment décom­plexé sur le fait de savoir si c’est trop mélodique, trop EDM, trop bass-house…

Tu te posais ces ques­tions avant ?

Ce n’est pas moi qui me les posais mais plutôt le regard des autres. Com­ment tu veux t’in­sér­er et adopter les codes d’une scène… Alors que l’in­térêt de faire des pro­jets pop, c’est que sa richesse mélodique fait que tu peux sor­tir de toutes ces scènes de DJs un peu rigides. C’est quelque chose qui te donne une cer­taine lib­erté, et tu n’es plus éti­queté dans un genre musi­cal pré­cis. J’ai tou­jours tout sac­ri­fié pour ma musique donc je ne vais pas essay­er de copi­er des scènes, vu que j’ai envie de créer quelque chose d’o­rig­i­nal. J’ai donc fait mes cinq pre­miers morceaux comme je voulais sur mon EP à venir. Et j’ai main­tenant envie de faire pareil en Angleterre et aux États-Unis. Mais il fal­lait d’abord que je trou­ve ma pro­pre cui­sine à Paris.

Tu as par­al­lèle­ment con­tin­ué à faire beau­coup de DJ sets. C’é­tait quelque chose d’im­por­tant pour toi ?

J’aime tou­jours trop sor­tir en club (rires). J’aime aller danser, aller voir des DJ sets de potes… La cul­ture club, l’am­biance, les ren­con­tres que tu fais dans les clubs, ça reste un monde à part. À chaque fois que je ren­tre d’une nuit en club, je retourne dans mon stu­dio et j’ai trop d’idées. En vrai, c’est comme mélanger les théories et la pra­tique. Tout ce que tu écoutes, ce que tu fais der­rière ton ordi­na­teur, c’est de la théorie. La pra­tique, c’est de jouer ces morceaux en club et de voir ce qu’il se passe. Et suiv­re aus­si ce qu’il se passe en soirée. Le futur, il passe énor­mé­ment par les musiques, les cul­tures under­ground, et le club­bing, parce que c’est là que toutes les inno­va­tions humaines et de pen­sées se déroulent. La manière dont tu t’ha­billes, les stan­dards de beauté, l’i­den­tité sex­uelle, c’est en club que j’ai vu tout ça arriv­er et évoluer. C’est pas dans le métro à 8h du mat’ ni à l’Assem­blée Nationale.

Tu as récem­ment démé­nagé à Lon­dres. C’était pour des raisons musi­cales, c’est ça ?

Com­plète­ment. C’est vrai­ment un endroit où je sens qu’il y a une com­préhen­sion de ce que je veux faire. Quand je fai­sais écouter mes nou­veaux morceaux en France, on me dis­ait que c’é­tait trop dance, trop pop. Alors qu’en Angleterre les gens étaient super ent­hou­si­astes, ils étaient super ouverts. C’est aus­si un peu pour cette rai­son que je viens de sign­er avec Ultra Music. Parce qu’ils com­pren­nent vrai­ment ce qu’est la cul­ture club au sens large.

Le futur, il passe énor­mé­ment par les musiques, les cul­tures under­ground, et le club­bing, parce que c’est là que toutes les inno­va­tions humaines et de pen­sées se déroulent. La manière dont tu t’ha­billes, les stan­dards de beauté, l’i­den­tité sex­uelle, c’est en club que j’ai vu tout ça arriv­er et évoluer. C’est pas dans le métro à 8h du mat’ ni à l’Assem­blée Nationale.”

Com­ment la sig­na­ture avec Ultra s’est faite d’ailleurs ?

J’ai ren­con­tré Ultra France, des gens d’An­gleterre sont ensuite venus écouter mes démos, et ça leur a plu. C’é­tait un défi pour moi de pou­voir son­ner aus­si bien que les Anglais et les Améri­cains. Je voulais que ça tape aus­si fort, tout en ayant quelque chose qui reste Français. En voy­ageant, je me suis ren­du compte que la déf­i­ni­tion de la musique élec­tron­ique à la Française, c’est quand tu fais de la musique élec­tron­ique avec une forme d’é­mo­tion mélan­col­ique et des voix pop. Il y a ce truc-là. Que ce soit Chica­go, ou dis­co, de Ban­gal­ter à Break­bot, ça revient sou­vent. Je ne voulais pas spé­ciale­ment ça dans ma musique mais tu baignes dedans en écoutant des artistes de ton pays et c’est ce que tu crées. Au final, j’ai l’impression d’avoir un peu ce mélange moi aussi.

Le fait d’être chez une machine comme Ultra, c’est aus­si une façon d’avoir plus de moyens financiers pour réalis­er des clips, faire de la réal­ité aug­men­tée… ? 

Oui, c’est le but ! Le dernier clip, je l’ai tourné avec un iPhone 4K pour pou­voir utilis­er les fil­tres d’In­sta­gram. Au lieu de tourn­er sur des fonds verts et faire des incrus­ta­tions 3D par la suite, je me suis dit qu’il valait mieux tout avoir direct. Et je pense que dans 15 ans, les Mar­vel seront tournés comme ça, avec la 3D en direct (sourire). Et puis c’é­tait un moyen d’in­nover un peu avec des out­ils de réal­ité aug­men­tée que j’aime beau­coup. Je trou­ve que le mot “réal­ité aug­men­tée” définit bien l’époque dans laque­lle on vit. Ta vie physique est vache­ment définie par ta vie en ligne : qui tu ren­con­tres, tes dates, com­ment tu par­les de manière amoureuse en DM puis IRL. C’est ça le thème du sin­gle. Com­ment on se court après en ligne et aus­si dans la vraie vie. On est dans une péri­ode où on mélange un retour à la nature, où tout le monde mange bien, avec un désir de tout pouss­er. Tes pho­tos, tes ren­con­tres, tes potes…

Et en même temps on par­le aus­si de dig­i­tal detox. 

Com­plète­ment. J’ai l’impression d’être passé d’enfant d’In­ter­net à “penseur” d’In­ter­net, je suis un peu plus méfi­ant. Parce qu’il y a des pièges qui ont été posés partout sur le Net, et on a tous fon­cé dedans. C’est pour ça que j’ai fait un clip à l’esthé­tique cyber­punk, en mode ville futur­iste, avec une esthé­tique assez années 2000. Les années 2000, c’é­tait une péri­ode où on pen­sait que le futur de l’hu­man­ité allait être la sym­biose entre l’homme et la nature. Et en fait on a eu le 11 sep­tem­bre, les crises écologiques, et tout ne s’est pas du tout passé comme prévu… On a peur du futur, il y a de l’éco-anxiété, et j’avais envie d’ex­plor­er la dernière ère d’op­ti­misme de l’être humain vis-à-vis de la tech­nolo­gie du début des années 2000 : ça s’ap­pelait le Y2K, et j’ai essayé de remet­tre au goût du jour cette esthé­tique. J’ai donc créé un AER_OS, qui est ma petite créa­ture 3D qui sera partout.

Tu peux nous en dire plus ?

Je voulais créer un avatar dig­i­tal qui me suit partout en tournée, qui dansera avec moi sur des pan­neaux holo­graphiques, que j’ai aus­si en fil­tre sur Insta­gram, et qui va être un peu ma mas­cotte. Ça s’ap­pellera AER_OS : “Aer” parce qu’il plane, et aus­si parce que ça fait Aug­ment­ed Real­i­ty Oper­at­ing Sys­tem. Et ça finit en “os”, comme Pan­teros (rires). Je veux en déclin­er pas mal, on en a créé plusieurs avec Ines Alpha sur toute la par­tie implé­men­ta­tion dig­i­tale, en col­lab­o­ra­tion avec une artiste croate qui s’ap­pelle Flufflord. Le fait d’avoir cette mas­cotte va me per­me­t­tre de pou­voir l’u­tilis­er comme une exten­sion de moi-même totale­ment dig­i­tale. Et ça rejoint un peu tous les thèmes que j’ai envie d’aborder dans ma musique : “Catch Me IRL” par­le par exem­ple d’in­ter­ac­tions dig­i­tales, de romances sur Inter­net, de souf­france dans la vraie vie liées à la pres­sion des réseaux soci­aux. Je trou­vais ça bien d’en par­ler tout en restant un grand fan des out­ils dig­i­taux. La preuve, je me suis créé un avatar digital !

Ce n’é­tait pas com­pliqué de faire écrire les chanteurs/euses sur ces thèmes ?

Je les guidais un peu sur les thé­ma­tiques sinon on allait poten­tielle­ment par­ler d’his­toires d’amour méga vagues, où moi je ne me recon­nais pas vrai­ment. Je ne drague pas sur des dance­floors (sourire). Mais l’écriture n’a pas été vrai­ment com­pliquée. Parce que les rela­tions amoureuses, les prob­lèmes roman­tiques, ça reste les mêmes depuis que l’être humain est sur deux pattes. C’est juste le médi­um qui change. Ce n’est pas parce que tu as des smart­phones, ou une plume et de l’en­cre, que les sen­ti­ments vont changer.

On par­lait de la tech­nolo­gie, du futur : toi qui aime beau­coup ça, est-ce que tu t’en méfies ?

Avant je ne m’en méfi­ais pas. Main­tenant, beau­coup plus. Quand tu vois qu’un morceau sur Spo­ti­fy est plus nocif pour l’en­vi­ron­nement qu’un CD parce qu’il se trou­ve dans des serveurs au fond de l’eau, tu t’in­ter­ro­ges. C’est pour ça que je suis par­ti dans une esthé­tique cyber­punk dans mon dernier clip et que je regarde à nou­veau Matrix (rires). En ce moment on est à fond sur la tech­nolo­gie, on veut pouss­er le pro­grès au max, et tout le monde attend de cette tech­nolo­gie qu’elle résolve les prob­lèmes d’inégalités, d’écologie, que l’ex­is­tence soit sauvée grâce à ça. On avance les yeux bandés et ça ressem­ble à un saut vers l’in­con­nu col­lec­tif. Tout est devenu une ver­sion cheap de ce qu’on imag­i­nait du futur : il n’y a pas d’im­meubles avec des pla­fonds volants et des ani­maux trop­i­caux. Les ani­maux crèvent et on a un nou­v­el iPhone tous les six mois. Mais je n’ai pas envie de faire croire que je suis en dehors de la société, je joue aus­si le jeu de tout ça. Et j’en suis l’ac­teur comme la vic­time. Comme tout le monde.

Pour­tant tu dis­ais être influ­encé par le Y2K qui était opti­miste. 

Oui mais j’ai dû remon­ter vingt ans en arrière pour le trou­ver. C’é­tait avant que les courbes de crois­sance et écologiques com­men­cent à baiss­er. On pen­sait que le dig­i­tal était le nou­veau truc qui allait abolir les iné­gal­ités, le racisme, mais en fait on est tous en gueule de bois de ça. Au moins tu avais des penseurs de l’avenir, avec une vision opti­miste et fun de tout ça. Et j’ai envie de remet­tre en avant cet opti­misme, mais de manière plus créa­tive et pas unique­ment pour répon­dre à des besoins ou à une com­péti­tion sur le nom­bre de likes, le nom­bre d’é­toiles ou d’amis que tu as, qui fait bad­er tout le monde une fois que les lumières sont éteintes et que tu es à poil dans ta douche. Je le ressens comme ça et j’en fais par­tie aus­si. Tu utilis­es un fil­tre dans tes sto­ries Insta­gram pour être beau gosse, et peut-être que tu vas plus plaire. Mais à quel prix ? “I’ve won, but at what cost?” (rires)

Tout est devenu une ver­sion cheap de ce qu’on imag­i­nait du futur : il n’y a pas d’im­meubles avec des pla­fonds volants et des ani­maux trop­i­caux. Les ani­maux crèvent et on a un nou­v­el iPhone tous les six mois.”

Ça va faire dix ans que vous êtes sur la scène élec­tron­ique avec Club Cheval. Pour­tant on a tou­jours l’im­pres­sion que vous êtes très proches entre vous. Com­ment est-ce que tu l’expliques ?

Comme un groupe de potes, c’est un peu Le Cœur des Hommes (rires). On a vécu telle­ment de choses pos­i­tives et dures ensem­ble que ça nous a soudé. Tu boss­es à qua­tre comme un ouf, tu ne sais pas ce que ça va don­ner, tu sors un son, tu ne fais gaffe qu’aux cri­tiques… Tu te prends col­lec­tive­ment des tartes dans la gueule et ça t’oblige à grandir, donc c’est une belle his­toire. Et ce n’est pas parce qu’on a des envies dif­férentes, que tu ren­con­tres des per­son­nes dif­férentes, que tu ne gardes pas ça. On est un groupe de potes où on se fait des vannes qui sont tou­jours les mêmes, sur le gars en retard, le gars qui ne se brosse pas les dents, le gars qui fume trop de weed, celui qui ne pense qu’à bouf­fer… c’est resté la même chose. Par­fois on essaye d’être adulte, c’est un peu bizarre. Mais on a tou­jours eu un vrai respect et un amour pour cha­cun, et tant qu’il y a ça, même si on prend des voix dif­férentes, ça ne bougera pas. On a démar­ré ensem­ble à Lille, et on a finale­ment été un peu à la guerre ensem­ble. Quand tu es face à 4 000 per­son­nes sur scène, que tu as dor­mi deux heures, que tu as un câble qui se débranche et que tu dois trou­ver un moyen pour que l’autre le rebranche, c’est une scène d’ac­tion dans Star Wars. Et ça te soude.

Pho­tos : Brice Bossavie et Quentin Crestinu (Lap­top)
Incrus­ta­tions : Lam­bert Duch­esne (Ville, Ciel) et Math­éo Favrel (Espace, Laptop)
Stu­dio : Bon Coeur Studio

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