Crédit : Nicolas Bresson

Paradise City : un festival bucolique et bon enfant à 1h30 de Paris

Alors que la sai­son des fes­ti­vals bat son plein, on en vient par­fois à regret­ter le gigan­tisme de cer­tains et les sets autoroutiers/monotones des géants de la tech­no qui y sont pro­gram­més. Alors, quand on nous a pro­posé de venir décou­vrir le Par­adise City, un événe­ment à taille humaine se déroulant dans le parc d’un château XVI­I­Ie au nord de Brux­elles, on n’a pas vrai­ment ter­giver­sé. Tout comme ce jeune néer­landais avec qui on a aimable­ment dis­cuté après qu’il ait ren­ver­sé notre bière dans un élan d’enthousiasme provo­qué par la sélec­tion deep-house vocale/garage bien sen­tie de Jere­my Under­ground. « Il y avait l’énorme fes­ti­val Awak­en­ings chez nous ce week-end. Mais on a préféré venir ici. Il y a moins de monde, plus de place, c’est plus déten­du, famil­ial. Et la musique nous con­vient mieux, c’est plus mélodique, moins ren­tre dedans, on n’est pas dans la grosse tech­no ». Trois scènes avaient en effet été dis­posées dans le parc arboré du château de Rib­au­court. La pre­mière, dédiée à la house authen­tique, vocale, groove, à l’ancienne. Une deux­ième, plus trans­ver­sale, accueil­lait les artistes se pro­duisant live, allant de la bass-music à la deep-techno soyeuse en pas­sant par des for­ma­tions électro-minimale aux accents post-rock. Une troisième enfin — où on est resté le moins longtemps- était plutôt con­sacrée à une tech-house fes­tive ten­dance Ibiza.

Crédit : Nico­las Bresson

Priv­ilège de jour­nal­iste, on a pu prof­iter des « runs » en lan­gage com­mun les voitures qui trans­portent les artistes depuis leur hôtel jusqu’au fes­ti­val. Ce qui présente un dou­ble avan­tage. D’une part, un gain de temps appré­cia­ble sur le trans­port en étant déposé directe­ment dans l’enceinte de l’événement. De l’autre, pou­voir dis­cuter à la cool avec des artistes mais aus­si écouter leurs con­ver­sa­tions qui tour­nent générale­ment autour de leurs dif­férentes dates dans le week-end, de leurs avions loupés ou en retard…  Ou encore de leur san­té physique et men­tale mise à mal par ce rythme de vie infer­nal du jeu­di au dimanche qui les voient dormir peu et boire trop – pour ceux qui boivent. On a ain­si assisté amusé à l’arrivée in-extremis de Kon­stan­tin Sibold atten­du pour un back to back avec le lyon­nais Kosme. Le jeune DJ alle­mand, qui avait enchaîné Ibiza, Zurich, Nurem­berg et donc Brux­elles en trois jours nous avait con­fié avoir un peu tiré sur la corde en accep­tant toutes ces dates. Heureuse­ment pour le pub­lic, une fois arrivé sur scène – en courant – il pui­sait dans ses dernières forces pour délivr­er avec son com­parse une house d’after par­faite pour un dimanche après-midi cham­pêtre.  Ce ne fût hélas pas le cas de l’Américain Nosaj Thing , arrivé lui aus­si en petite forme, qui inter­rompait son set abstract hip-hop/future beats – plutôt plaisant – 20 min­utes avant l’horaire prévu. Pas cool.

Omar S / Crédit : Nico­las Bresson

Mais le pub­lic belge est com­préhen­sif,  plutôt accueil­lant et bien­veil­lant. Et aime beau­coup se déguis­er. On se demandait par­fois si nous n’étions pas dans un décor de BD, du genre car­naval au château de Moulin­sart. Alors que l’on prof­i­tait du con­cert house min­i­male réar­rangé en mode live et rock du groupe autrichien HVOB, on retrou­vait notre chauf­feur du début d’après-midi. Et on se mar­rait quand celui-ci nous expli­quait qu’il avait eu Richard23 de Front242 comme voisin de palier iras­ci­ble, ne sup­por­t­ant pas le moin­dre bruit. Para­dox­al. Heureuse­ment pour lui, le mythique groupe new-wave brux­el­lois n’était pas pro­gram­mé à Par­adise City. Le génie house de Detroit Omar S lui était bien présent. Très con­cen­tré et n’ayant pas un seul regard pour le pub­lic, il délivrait un set house et tech­no que l’on attendait avec impa­tience. Mais le son, qui n’avait pas été adap­té à sa con­fig­u­ra­tion vinyle nous a un peu gâché le plaisir. Pas grave. Lorsque le pub­lic l’applaudissait à la fin de son mixe, il esquis­sait enfin un sourire. La veille on en avait pris plein les oreilles avec l’excellente per­for­mance des alle­mands de Small­peo­ple, en mode deep-house avec des bass­es bien ron­des et groovy. On en oublierait presque le live de Jacques, très col­oré tant musi­cale­ment que visuelle­ment, ce qui com­pen­sait le manque glob­al de soleil durant notre séjour. Organ­isé par une équipe de pas­sion­nés qui ne tra­vail­lent pas à l’année dans l’événementiel, dans un cadre bucol­ique et enchanteur, avec une pro­gram­ma­tion impec­ca­ble, on ne peut que vous recom­man­der le Par­adise City qui fêtait là sa troisième édi­tion. Pour rap­pel, Brux­elles n’est qu’à une heure et demi de TGV de Paris.

Ves­sels / Crédit : Nico­las Bresson

Meilleur moment : Le groupe Ves­sels qui s’excuse pour le Brex­it en mon­tant sur scène avant d’exécuter un excel­lent con­cert electro-post-rock.
Pire moment : Pre­mière fois qu’on voit un fes­ti­val où il faut pay­er pour aller aux toilettes.

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