© Eetu Ahanen

Pour ses deux ans, le Hasard Ludique s’installe sur 2000m² de la Petite Ceinture

Il y a deux ans, ils étaient peu à s’aventurer le soir Porte de Saint‐Ouen pour aller boire un verre, manger un bout ou assis­ter à un con­cert. Il faut dire qu’il ne s’y pas­sait pas grand‐chose à cette Porte de Saint‐Ouen, car­refour paumé sur l’une des branch­es de la ligne 13, ayant comme seul décor le mas­sif hôpi­tal Bichat. Et là, sur­prise : en 2017 ouvrait le Hasard Ludique, dans les murs d’une anci­enne gare de la Petite Cein­ture, au même titre que la Recy­clerie de la Porte de Clig­nan­court ou feu la Flèche d’or de la rue de Bag­no­let. De grandes fenêtres, de grands espaces, les rails en contre‐bas et un quai amé­nagé en ter­rasse avec poufs et petites tables… Il fait bon vivre au Hasard Ludique, qui depuis sa créa­tion a pour objec­tif de défendre des pro­jets inclusifs et sol­idaires, où se mélan­gent familles du quarti­er et gens venus pour les con­certs pro­gram­més dans la petite salle de 270 places. La nuit tombée, ce sont des for­mats club qui pren­nent le relais, tan­dis que le midi d’autres prof­i­tent de l’offre de restau­ra­tion. Un lieu de vie, un lieu de quarti­er, qui souf­flera ses deux bou­gies les 27 et 28 avril, avec un change­ment de taille : le Hasard Ludique fera sauter les bar­rières et fêtera son anniver­saire directe­ment sur les rails de la Petite Cein­ture, dans un espace de 2000m² que l’équipe n’avait jamais pu exploiter à ce point. Hâte. En atten­dant, on a dis­cuté avec Vin­cent Mer­let, le co‐fondateur et respon­s­able com­mu­ni­ca­tion du lieu.

Le Hasard ludique est un lieu hybride entre resto, bar, salle de con­cert et club. Mais le Hasard Ludique, c’est qui ?

Toute activ­ités con­fon­dues, on est une quin­zaine, dont 7–8 du côté des bureaux, à peu près le même nom­bre de per­son­nes pour la régie ou le bar. Côté resto, on a main­tenant délégué la cui­sine aux Cuis­tots migra­teurs, qui tra­vail­lent avec nous depuis un an et col­lent vrai­ment à ce qu’on voulait. Déjà, parce que c’est super bon (rires). Mais aus­si parce qu’ils ont un pro­jet social et sol­idaire qui nous intéres­sait beau­coup : ils embauchent à 80%, en CDI, des cuisiniers qui ont le statut de réfugiés. Ils les aident à s’insérer en leur don­nant un tra­vail donc, mais aus­si des cours de français, un coup de main sur l’administratif ou la recherche d’un loge­ment. Nous sommes une coopéra­tive et attachés à cer­taines valeurs (l’ancrage dans le quarti­er, le lien social, l’innovation sociale à notre petit niveau). Et ça col­lait bien à la ligne artis­tique du Hasard Ludique, où l’on défend sou­vent des musiques métis­sées, hybrides – vu qu’eux-mêmes mix­ent des cuisines du Moyen‐Orient, du Népal, du Bangladesh ou d’Afrique de l’Est.

Que veux‐tu dire quand tu par­les d’ancrage dans le quarti­er ?

Avant même que le lieu n’existe dans sa forme actuelle, on a lancé La Fab­rique du Hasard Ludique, il y a qua­tre ans, bien­tôt cinq. La démarche était d’impliquer les riverains dans la con­struc­tion du Hasard Ludique, aus­si bien con­ceptuelle que matérielle. Ça a duré deux ans avant l’ouverture, pen­dant lesquels les gens ont vrai­ment par­ticipé à la réflex­ion sur les futurs con­tenus, usages, pro­gram­ma­tions, activ­ités, et aus­si sur un gros pro­jet de design col­lab­o­ratif – toute la charte graphique du lieu et la déco­ra­tion intérieure a été pen­sée avec les habi­tants. On a eu plus de 1000 “bâtis­seurs”. Une fois que le Hasard Ludique a ouvert, on s’est demandé ce qu’on allait faire avec cette moti­va­tion, ça aurait été dom­mage que ça retombe ! On a donc décidé de leur con­fi­er chaque année un gros temps fort de notre pro­gram­ma­tion, en créant le Fes­ti­val Fab­rique qui a lieu en juin. Ça dure trois jours et ils ont carte blanche. Des comités d’habitants réfléchissent ensem­ble à la DA, les thèmes, la com’ et la pro­gram­ma­tion de ce fes­ti­val. C’est chou­ette, ça change vrai­ment, et surtout ça crée du lien : les riverains se ren­con­trent, entre jeunes, vieux, gens très con­nec­tés ou per­son­nes plus éloignées des offres cul­turelles. Et chaque année on est sur­pris ! Ils nous ont pro­posé des con­cepts d’événements hyper auda­cieux, voire com­plète­ment bar­rés. De manière un peu bête, on s’attendait à une grande ker­messe, quelque chose de facile. Mais pas du tout : il y a deux ans, ils nous ont pro­posé de créer un événe­ment autour du lan­gage émoticône, avec une démarche hyper mar­rante, et par exem­ple une con­férence sur les nou­veaux lan­gages emo­jis. Ou une scène ouverte hip‐hop très cool avec des crews de rappeurs du quarti­er, des jeunes qui n’auraient pas néces­saire­ment pen­sé à venir ici autrement. Cette année, on devrait par­tir sur un trib­ute pour les 50 ans de Wood­stock. Nous, on est là pour véri­fi­er que ces propo­si­tions sont réal­is­ables con­crète­ment, en ter­mes de bud­get ou d’organisation, mais ces “voisins” arrivent avec des propo­si­tions orig­i­nales et une vraie démarche. C’est assez représen­tatif de la sin­gu­lar­ité du Hasard Ludique.

© Fleas Pic­tures

Vous fêtez vos deux ans ce mois‐ci…

On est par­ti d’une petite base­line. L’année dernière, pour notre pre­mier anniver­saire, c’était “Le Hasard Ludique prend son envol”. Cette année, c’est “Le Hasard Ludique est sur de bons rails”, pour pour­suiv­re cet envol et occu­per cette Petite Cein­ture qui nous tend les bras depuis tant d’années. On va vrai­ment pou­voir faire une belle fête sur ces rails qui n’attendaient que nous !

Pour le moment, la Petite cein­ture est en train d’être net­toyée, c’est ça ?

Oui, un chantier d’insertion mis­sion­née par la SNCF est en train de net­toy­er les tronçons ouverts au pub­lic comme les autres, car mal­heureuse­ment cette Petite Cein­ture est trop sou­vent con­sid­érée comme une déchet­terie à ciel ouvert. Les gens y jet­tent leurs encom­brants, et, on a beau ador­er les street‐artists, ils ont ten­dance à bal­ancer toutes leurs bombes après avoir graf­fé. Et puis la nature a un peu repris ses droits, avec des arbustes de deux mètres de haut qui ont poussé un peu partout, il va fal­loir éla­guer avant qu’on puisse faire la fête fin avril !

C’est une des pre­mières fois où vous pou­vez utilis­er cet espace sur les rails. Ça se repro­duira ?

His­torique­ment, la Petite Cein­ture appar­tient à la SNCF. Mais depuis quelques années, la Mairie de Paris pousse pour que ces espaces de res­pi­ra­tion en plein Paris soient réou­verts. Des négo­ci­a­tions sont en cours pour déléguer la ges­tion de cette Petite Cein­ture à la ville de Paris – dès que cette con­ven­tion est signée, on pour­ra ouvrir ce tronçon aux vis­i­teurs du Hasard Ludique. On par­le du mois de juin, avec comme idée d’ouvrir ça pour l’été. Pour le moment, l’anniversaire est un one‐shot, ou presque parce qu’on va ouvrir les rails égale­ment lors d’un futur Marché de l’Illustration imper­ti­nente – c’est une sélec­tion d’illustrateurs un peu coquins, décalés ou drôles.

Quels sont les critères pour avoir accès à cette Petite cein­ture ?

Des critères de sécu­rité et de nui­sances poten­tielles, et puis le paiement d’une rede­vance. On loue le quai à l’année, et on doit louer égale­ment les voies fer­rées pour notre anniver­saire et le marché de l’illustration. On par­le de 1500 euros pour les deux jours, ce n’est pas rien, d’autant que ce sont des événe­ments qu’on pro­duit nous‐mêmes et pour lesquels on ne reçoit pas de sub­ven­tion. Les gens pensent sou­vent qu’on est un lieu appar­tenant à la Mairie de Paris et que l’on est large­ment aidés finan­cière­ment, or pas du tout, nous sommes un lieu privé, et la Mairie a sim­ple­ment financé une par­tie des travaux avant que l’on n’ouvre — le bâti­ment, que nous louons à l’année, leur appar­tenant.

A quoi s’attendre pour cet anniver­saire ?

On va met­tre une petite scène sur les rails, en invi­tant des DJs de col­lec­tifs avec qui on tra­vaille à l’année. Mais aus­si un ter­rain de pétanque, la Douche‐box (une cab­ine de douche dans lequel tu peux faire un karaoké, c’est très drôle), une fan­fare avec un réper­toire hyper pop, des hap­pen­ings sur­prise, un bar­beuc’… Tout ça le same­di en journée et en accès libre. Et le soir, on passe en mode club, dans la gare cette fois, avec une grosse nuit de sonorités afro‐electroniques, avec Nihilox­i­ca, ce génial groupe ougandais de tech­no instru­men­tale, transe shamanique, bien bar­ré. On ouvre leur tournée européenne après qu’ils aient été repérés aux Trans Musi­cales l’an dernière. Bamao Yendé de Boukan Records vien­dra aus­si faire un set afro‐house, et on invite You Man en DJ‐set pour finir la nuit avec de la dark dis­co. Tout ça sera pail­leté, décoré, déguisé. Et le dimanche, on organ­ise une chas­se au tré­sor sur le thème du street‐art pour les enfants, des jeux en libre ser­vice, un tournoi de pétanque (un truc sérieux, sur inscrip­tion, avec des cadeaux à gag­n­er et organ­isé par des gens du quarti­er – gros niveau!). Deux ans, c’est encore jeune, mais on meurt tout le temps d’envie de faire la fête, donc une occa­sion comme un anniver­saire on la saisit immé­di­ate­ment ! (rires)

Les deux ans du Hasard Ludique, 128 avenue de Saint‐Ouen, Paris 18.
Infos et bil­let­terie sur l’event Face­book ou le site du Hasard Ludique.

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