Le Rex Club vide en 2020 / ©David Boschet

Pourquoi certains clubs resteront fermés cet été, malgré l’autorisation

Mal­gré une fête de la musique très con­trainte, le 21 juin a pour­tant été une source de joie pour beau­coup. Après plus d’un an de fer­me­ture con­tin­ue, les clubs et dis­cothèques ont enfin obtenu une date de réou­ver­ture : le 9 juil­let prochain. Une nou­velle très ras­sur­ante pour le milieu, mais qui est loin de garan­tir la reprise de la fête. Car entre le délai très court, un pro­to­cole con­traig­nant, le tem­po pro­pre à cette indus­trie et un con­texte par­fois peu prop­ice à la réou­ver­ture, de nom­breux clubs vont rester fer­més jusqu’en septembre.

Les nou­velles ont été meilleures que prévu, chose assez rare pour être soulignée. Alors que les bruits de couloirs par­laient d’une exi­gence accrue sur la ven­ti­la­tion, une inter­dic­tion du ser­vice au bar et surtout l’obligation du port du masque sur la piste de danse, rien de tout ça n’est apparu dans le pro­to­cole présen­té. Au final, l’ouverture des clubs au 9 juil­let sera surtout soumise à deux critères : une jauge de 75 % en intérieur (100 % en extérieur), et surtout l’obligation du pass san­i­taire, quelle que soit cette jauge. Pour rap­pel, le pass peut être obtenu soit par une vac­ci­na­tion com­plète, un test négatif de moins de 48h, ou un test posi­tif de plus de deux semaines, et moins de six mois. En revanche, l’autotest est pro­scrit : il faut avoir recours au clas­sique test PCR, ou au test antigénique (résul­tats en 15 à 30 min­utes). Quant aux gestes bar­rières, ils restent oblig­a­toires à l’intérieur, et seuls les employés seront oblig­és de garder leur masque.

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©Don­ny Jiang

Près des trois quarts des clubs de France pourraient rester fermés jusqu’en septembre

Plus large­ment, les aides finan­cières sont pro­longées tout l’été, que ces clubs choi­sis­sent de rou­vrir ou non. C’est enfin la lumière au bout du tun­nel pour la total­ité du secteur, et tous sont unanimes pour saluer ces annonces. « On peut se féliciter du tra­vail accom­pli » estime Patrick Mal­vaës, du Syn­di­cat Nation­al des Dis­cothèques et Lieux de Loisirs (SNDLL). Pour­tant, selon lui, « c’est une minorité qui va rou­vrir, c’est cer­tain ». Si tous les lieux n’ont pas encore pris de déci­sion, il estime que près des trois quarts pour­raient rester fer­més jusqu’en sep­tem­bre : « Je ne vois pas l’intérêt pour les gross­es dis­cothèques, ou celles de Paris, de rou­vrir ». Pour lui, cette annonce va surtout béné­fici­er aux clubs saison­niers, « qui n’ont pas touché un cen­time depuis sep­tem­bre 2019 ».

Pour les autres, la sit­u­a­tion est bien plus com­pliquée. Beau­coup ont été pris de court par une annonce aus­si soudaine, alors que des travaux étaient en cours. Comme par exem­ple au Biki­ni, lieu incon­tourn­able de Toulouse. Depuis le 9 juin, la salle a ouvert un espace extérieur, le Petit Biki­ni, qui accueille de nom­breux DJs de la scène locale, ain­si qu’un live par semaine. « Main­tenant que c’est lancé, on va priv­ilégi­er cet espace plutôt qu’ouvrir le club » pré­cise Antoine Fan­tuz, le pro­gram­ma­teur. La jauge y est bien inférieure à celle de la salle intérieure, mais « ça per­met de repren­dre pro­gres­sive­ment. C’est dif­fi­cile de com­par­er, mais on voit que la reprise des con­certs [le Biki­ni est d’abord une salle de con­cert, ndr] est frileuse du côté du pub­lic. Il faut pren­dre ça en compte. Mais c’est génial de retrou­ver cette ambiance. Ce n’est pas pareil, il n’y a pas le gros son toute la nuit, mais le pub­lic s’y retrou­ve. » Tout est un prob­lème de tim­ing, donc, car le pro­to­cole san­i­taire lui paraît accept­able. « S’il faut en pass­er par là, on en passera par là. Dans un pre­mier temps, on était plutôt déroutés de la soudaineté de l’annonce. Mais au final, ce sont des bonnes nou­velles, ça va dans le bon sens. »

On ne pour­ra pas faire une pro­gram­ma­tion digne de ce nom d’ici là.”

Même son de cloche au Rex à Paris, où le club a été loué à un stu­dio de télévi­sion jusque début sep­tem­bre. « Le temps qu’ils démon­tent leur matériel, notre réin­stal­la­tion nous prendrait 15 jours, donc on ne peut pas ouvrir avant mi-septembre » nous explique Vic­to­rien Jacque­mond, chargé de com­mu­ni­ca­tion du lieu. Mais dans tous les cas, l’ouverture au 9 juil­let restait impos­si­ble : « On ne pour­ra pas faire une pro­gram­ma­tion digne de ce nom d’ici là » pour­suit Vic­to­rien. « Et une jauge de 75 % est trop con­traig­nante. On préfère atten­dre le mois de sep­tem­bre, en espérant qu’on puisse ouvrir à 100 % d’ici-là ». Selon les dernières infor­ma­tions, le pro­to­cole annon­cé restera en vigueur jusqu’à mi-septembre, dates où seront rené­go­ciées les con­di­tions. Mal­gré tout, les annonces vont égale­ment dans le bon sens, pour lui : « Les autorités ont pris en compte ce qu’il s’est passé l’an dernier : des free par­ties, pas encadrées. Donc autant laiss­er les pro­fes­sion­nels de la nuit rou­vrir avec un pro­to­cole strict, pour que ça ne soit pas n’importe quoi. »

Le Rex Club vide / ©David Boschet

Tou­jours dans la cap­i­tale, le Bad­aboum compte égale­ment rester fer­mé. Pour son co-directeur Aurélien Delaeter, « on se félicite de cette ouver­ture. Mais pour nous, l’été a tou­jours été la pire péri­ode de l’année. » Le départ en vacances des Parisiens est d’habitude com­pen­sé par l’arrivée de touristes « qui risquent de ne pas être là cette année ». Et surtout « on a une con­cur­rence nou­velle cet été avec les dizaines d’open air mon­tés dans Paris et ses abor­ds. On ne peut pas faire le poids, avec notre jauge restreinte. Je défends ces extérieurs : les Parisiens, les Français, ont trop longtemps été empris­on­nés, ils ont envie d’exulter, et on est très con­tents de ça. Donc on préfère laiss­er pass­er l’orage et rou­vrir fin août. C’est notre objec­tif. » Avant d’ajouter, plaisan­tant à peine : « Ça fait deux ans qu’on nous dit qu’on n’est pas essen­tiels, on va le rester encore deux mois. »

L’important, pour lui, est de rou­vrir dans de bonnes con­di­tions : « On ne veut pas que le pub­lic vienne chez nous en se deman­dant s’il ne préfère pas être dans un open air, on les veut pleine­ment. Et puis, on a tou­jours été un club d’hiver. » Cela ne les empêche pas de par­ticiper à la fête : le Bad­aboum et le Rex se sont asso­ciés sur plusieurs événe­ments hors les murs durant l’été, notam­ment le 24 juil­let au Kilo­watt. « On va exis­ter cet été » con­clut Aurélien.

 

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Cepen­dant, tous les clubs n’ont pas encore pris de déci­sion ferme, à l’image du Macadam, à Nantes. Eux qui s’attendaient au pire, pen­saient rester fer­més. Mais les nou­velles ras­sur­antes les ont poussés à y réfléchir. Que ce soit sur le masque non oblig­a­toire, la pos­si­bil­ité de ser­vice au bar ou l’absence d’exigences par­ti­c­ulières sur la ven­ti­la­tion, « c’était les fonde­ments de la pos­si­bil­ité d’ouvrir, pour nous » pose Alex­is Tenaud, co-fondateur du col­lec­tif Androg­y­ne qui pilote le club. « On fait tout ce qu’on peut pour retrou­ver notre pub­lic le plus tôt pos­si­ble » continue-t-il, mais cer­tains enjeux doivent être exam­inés, comme le pass san­i­taire, qui « entrave la spon­tanéité ». « On se pronon­cera dans les pre­miers jours de juil­let. On attend de réu­nir toutes les infor­ma­tions néces­saires sur les con­traintes et nos pos­si­bil­ités. » Rien n’est exclu, que ce soit la date du 9 juil­let, ou une reprise en sep­tem­bre seulement.

 

On ne va pas louper cette opportunité d’ouvrir”

Mal­gré tout – et ils font fig­ure d’exception – cer­tains clubs font le choix de rou­vrir. Par­mi eux, le Sucre, à Lyon. Comme promet le directeur Cédric Dujardin : « Nous allons rou­vrir en for­mat club dès le 9 juil­let. On a enten­du telle­ment de rumeurs folles avant lun­di, mais là, ça nous paraît acces­si­ble. On ne va pas louper cette oppor­tu­nité d’ouvrir. Il y a une vraie attente de la part du pub­lic, et de notre direc­tion artis­tique. » Pour lui, une telle ouver­ture est per­mise par la sit­u­a­tion excep­tion­nelle du lieu. Le lieu est « au cœur d’une ville active ». Ils peu­vent se per­me­t­tre de créer une pro­gram­ma­tion « sur le pouce », à l’aide d’un tra­vail d’accompagnement des artistes locaux, ce dès le début de la pandémie. De nom­breuses rési­dences ont été organ­isées, avec la créa­tion d’un crew de DJs. Depuis sep­tem­bre, ceux-ci for­ment de nou­veaux tal­ents, per­me­t­tant d’avoir un large vivi­er d’artistes disponibles.

Par ailleurs, le lieu héberge une par­tie du fes­ti­val Nuits Sonores, avec qui il partage la même équipe de pro­gram­ma­tion. En pré­pa­ra­tion depuis plusieurs semaines déjà, il pour­ra amen­er plusieurs têtes d’affiche dans le lieu. La reprise se fera donc en douceur : « Ce sera 50 % de jauge, puis 60 %, et 75 % pen­dant Nuits Sonores », pré­cise Cédric. Pour lui, le pass san­i­taire n’est pas un prob­lème : « Le Sucre fonc­tionne plutôt sur le mod­èle d’une salle de con­cert : on regarde la pro­gram­ma­tion et on achète sa place. On ne vient pas au Sucre par hasard, c’est un acte réfléchi. Donc on anticipe plus, et on peut prévoir un test. » C’est donc ce mod­èle très par­ti­c­uli­er qui per­met d’envisager une réouverture.

Et ceux qui sor­tent tous les soirs ou presque, vont-ils pass­er l’été avec le coton-tige dans le nez ?”

C’est peut-être ce point qui néces­site le plus de pré­ci­sions. Tous les clubs inter­rogés sont prêts à accepter le pass san­i­taire. Mais c’est l’incertitude qui règne quant à son appli­ca­tion et la volon­té du pub­lic de s’y pli­er. Pour l’heure, seuls 10 % des moins de 30 ans sont totale­ment vac­cinés. Pour Patrick Mal­vaës, du SNDLL : « Com­ment se faire tester facile­ment le week-end quand on veut sor­tir le dimanche soir ? Et ceux qui sor­tent tous les soirs ou presque, vont-ils pass­er l’été avec le coton-tige dans le nez ? Ça me sem­ble com­pliqué. » Mais surtout, il craint que ce pass ait un effet de con­cur­rence déloyale. « Nous exi­geons que les bars à ambiance musi­cale soient astreints au pass san­i­taire à par­tir du moment où ils ont une activ­ité de dis­cothèque. L’été dernier, tout le monde a fait dis­cothèque sans le dire, entraî­nant une hausse de la cir­cu­la­tion du virus. Notre objec­tif c’est de rou­vrir durable­ment, dans des con­di­tions nor­males. Et pour ça, il faut qu’il n’y ait pas de qua­trième vague. » C’est peut-être là tout l’enjeu de cette ouver­ture. Pour Cédric Dujardin, « si on arrive à prou­ver qu’il n’y a pas de clus­ters dans un club, on aura gag­né ». La fête n’est pas encore de retour, même si elle se pro­file. Mais l’espoir, lui, sem­ble bien là.

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