Crédit photo : Jérome Pouille

Radiohead et frites avec vue sur le beffroi : on était au Main Square Festival

L’important c’est le chemin, pas la des­ti­na­tion. L’adage est con­nu de tous. Trois jours de fête, 125 000 fes­ti­va­liers (un record !), et 36 con­certs sur les deux scènes instal­lées dans la citadelle d’Arras con­stru­ite par Vauban et classée au pat­ri­moine mon­di­al de l’UNESCO. Certes. Mais l’honnêteté nous oblige à con­fi­er que notre ent­hou­si­asme quant à notre escapade dans le Pas-de-Calais résidait prin­ci­pale­ment dans la venue de Radio­head en clô­ture de cette 13e édi­tion du Main Square Fes­ti­val. Un bou­quet final qui n’empêche pas d’apprécier le reste du week-end à sa juste valeur. Tout ama­teur de sport le sait bien : l’intérêt d’un tournoi n’est pas seule­ment la finale. Tout Parisien le sait encore davan­tage : entre-temps on n’est pas à l’abri de quelques surprises.

On com­mence notre week-end avec Frank Carter & The Rat­tlesnakes dont les cris et les riffs ravageurs don­nent le ton de cette soirée du ven­dre­di large­ment placée sous le signe du rock. Cheveux roux et yeux bleus, polo noir et corps qua­si­ment entière­ment recou­vert de tatouage, l’Anglais clame son amour pour les fes­ti­va­liers puis les invite à chanter avec lui les paroles de son morceau “I Hate You”, tor­rent de haine mor­tifère à l’égard de son pire enne­mi. Un petit tour sur les dif­férents stands du fes­ti­val le temps d’engloutir un sand­wich et de jouer à quelques vieux jeux d’arcades, puis vient le con­cert de Machine Gun Kel­ly dont la fusion entre rap, rock, et pop sem­ble avoir trou­vé son pub­lic. Rien toute­fois com­paré à la tête d’affiche du soir Sys­tem of a Down, qui attire toute l’attention des met­alleux venus pour l’occasion sans for­cé­ment savoir que le bat­teur du mythique groupe Sepul­tura s’ap­prête à faire son entrée sur la scène d’à côté. De notre côté on s’échappe donc de la foule juste avant la fin du con­cert et les gros tubes pour aller admir­er Soul­wax.  “C’est plutôt quel genre Soul­wax ?” nous demande-t-on sur le chemin. Com­ment résumer la démarche des frères Dewaele en quelques mots bal­ancés entre deux scènes ? Stephen et David hyp­no­tisent le pub­lic de la Green Room en trit­u­rant les sons avec leurs machines, bien sup­pléés par les trois bat­teurs (dont Igor Cav­alera) qui allient leurs forces pour créer un unique jeu de bat­terie impres­sion­nant. Le meilleur con­cert du soir à n’en pas douter.

Soul­wax sur la scène Green Room. Crédit pho­to : Jérome Pouille

Après avoir large­ment épongé ce qu’on a bu la veille par — allons volon­tiers dans le cliché — un grand cor­net de frites sauce tuche sur la Place des Héros qui donne sur le très joli bef­froi, on est con­va­in­cu d’entrée par les Améri­cains de Cage The Ele­phant. Du bon vieux rock pous­siéreux par­fait pour débuter notre journée, et un sas de décom­pres­sion néces­saire pour un pub­lic rock qui va devoir faire preuve d’ouverture musi­cale pour trou­ver son bon­heur en ce deux­ième jour. On part ensuite écouter la voix pro­fonde de Rag’n’Bone Man pro­gram­mé sur la plus petite scène et dont le tube “Human” et la récente par­tic­i­pa­tion à l’album de Goril­laz a semble-t-il dopé la pop­u­lar­ité. Une foule impres­sion­nante générale­ment réservée aux têtes d’affiches de la Main Stage. Phénomène clas­sique : une fois le morceau phare inter­prété, une par­tie du pub­lic se dis­perse pour vaquer à d’autres occu­pa­tions. On passe ensuite dire bon­jour à Vald, seul représen­tant du rap français pour ce fes­ti­val. En enchaî­nant les titres de son album Agartha et en ayant pris soin de ne pas s’afficher avec un mail­lot du LOSC en ter­res lensois­es, le rappeur aulnaysien se met rapi­de­ment le pub­lic dans la poche. Puis direc­tion la Main Stage pour le show sur­volté des Sud-Africains de Die Antwo­ord dont l’énergie déployée finit de con­va­in­cre ceux qui n’avaient pas été boulever­sés par le duo sur disque.

Rag’n’Bone Man le same­di sur la Green Room. Crédit pho­to : Jérome Pouille

Dernier jour, mais non des moin­dres. On nous prédi­s­ait la pluie tout le week-end… il n’en a rien été. C’est bien der­rière nos lunettes de soleil qu’on appré­cie le con­cert de La Femme. Incon­testable­ment avec son sec­ond album Mys­tère, le groupe a pris une autre ampleur. La scène prin­ci­pale d’un grand fes­ti­val ne sem­ble désor­mais pas de trop pour accueil­lir tous les ama­teurs d’une pop en français rétro et naïve. C’est ensuite au tour de Sav­ages. Lucide, la chanteuse Jen­ny Beth a con­science que nom­bre de spec­ta­teurs sont déjà présents pour Radio­head mais livre une presta­tion sur­pas­sant large­ment le qual­i­fi­catif de pre­mière partie.

Enfin, nous y sommes. Le soleil est sur le point de se couch­er lorsque Radio­head fait son entrée devant une Main Stage plus bondée que jamais. Bien inspirés, les organ­isa­teurs avaient décidé de ne rien pro­gram­mer en face du groupe anglais qui effec­tu­ait là sa seule date de l’année sur le sol français. Deux morceaux de l’album le plus récent A Moon Shaped Pool pour don­ner le ton et prévenir les spec­ta­teurs : les fans des ambiances de stade comme celle du con­cert de Major Laz­er la veille peu­vent pass­er leur chemin. Intran­sigeant, le groupe bal­aie sa discogra­phie et réarrange mag­nifique­ment cer­tains morceaux. On a par exem­ple droit à “Idioteque” dont les per­cus­sions trit­urées le rap­proche d’un morceau drum’n’bass, ou à une ver­sion aux accents élec­tron­iques de “Every­thing In Its Right Place”. Le groupe a beau avoir sor­ti une réédi­tion de Ok Com­put­er il y a peu, il ne se con­tente pas de rejouer ses tubes les plus évi­dents. Pas de “Kar­ma Police”, pas de “Airbag” donc, pas même de “Creep”. Seul un “No Sur­pris­es” après le pre­mier rap­pel vien­dra combler les audi­teurs occa­sion­nels. Mais ça c’était après le moment de grâce. Dans un silence de cathé­drale Thom Yorke inter­prète seul “Exit Music (For a Film)” jusqu’à l’explosion jubi­la­toire de la fin du morceau. Une reprise énervée de “Para­noid Android” pour finir, et le groupe quitte défini­tive­ment (et un peu bru­tale­ment) la scène du Main Square Fes­ti­val. Le chemin était plus que plaisant mais on est enchan­té par l’ar­rivée. Ils sont peu nom­breux les groupes qui peu­vent se per­me­t­tre en clô­ture de fes­ti­val de jouer 2h15 d’une musique sou­vent triste et plain­tive mais tou­jours exigeante, snobant volon­taire­ment ses gros tubes. Radio­head est de ceux-là.

La Main Stage pleine à cra­quer pour Radio­head en clô­ture du fes­ti­val. Crédit pho­to : Jérome Pouille

Meilleur moment : “Exit Music (For a Film)”, ils ont fail­li nous faire chialer les cons.
Pire moment : La prob­a­bil­ité de faire tomber ses lunettes lors d’un con­cert de Die Antwo­ord est très forte. En porter fut une grave erreur.

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