BCUC en sueur à la fin de leur show. Crédit : Nicolas Scordia.

Radiomeuh Circus Festival : c’était le cirque à Reblochonland !

On dirait des petits alpin­istes. Frig­ori­fiés, ils ont autour d’eux les escarpées mon­tagnes des jeunes Alpes. Il fait nuit, le sol bâché glisse, mais pas le choix, Radiomeuh Cir­cus Fes­ti­val doit com­mencer, et peu importe s’il s’est mis à neiger quelques dizaines de min­utes seule­ment avant le début de la soirée. Le chapiteau de cirque bleu abri­tant les fes­tiv­ités n’est pas fait pour sup­port­er le poids de cette poudreuse, et alors que les fêtards les plus à l’heure com­men­cent à atten­dre Black Lilys, des bénév­oles grimpeurs con­tin­u­ent de déneiger, arroser, sécuris­er, les mains bleues et les bon­nets plein de flo­cons. Ce n’est pas de tout repos d’organiser un fes­ti­val à la mon­tagne. Il y a la neige bien sûr, qui man­quait un chouia à La Clusaz depuis deux ans et qui a décidé de se rat­trap­er cet hiv­er. Il y a les jour­nal­istes parisiens qu’il faut trim­baler en dameuse en haut des pistes parce le ski ça fait vrai­ment trop peur (coupable !). Et puis il faut de l’endurance : pour sa six­ième édi­tion, le Radiomeuh Cir­cus Fes­ti­val y est allé tout schuss, pro­posant sous son chapiteau des con­certs et DJ-sets tous les soirs du ven­dre­di au dimanche, sans compter une scène off gra­tu­ite de DJs éparpil­lés sur tout le domaine en journée. Pfiou.

Mais il y aus­si pas mal d’avantages à envahir La Clusaz pen­dant cinq jours. Pour ses spots déjà, comme La Ferme, resto au pied des pistes pro­posant des spé­cial­ités locales aus­si indé­centes que déli­cieuses (reblo­chon fon­du, char­cu­terie, gratins, pier­rade, et, pour un peu de ver­dure, un cor­ni­chon). Ou le Télé­mark, cette fois tout en haut des pistes, bar-resto où l’on sent que l’ambiance peut à tout moment décoller et ren­dre tout à fait irre­spon­s­able la rechausse des skis. Ou cette mignonne halle en plein centre-ville, entourée de com­merces, chalets et lam­pi­ons. Le must, donc ? Y danser sur des DJ-sets des Suiss­es d’Alma Negra, des Shei­tan Broth­ers ou d’Alice, rési­dente de Radiomeuh, pour des mix tan­tôt dis­co, tan­tôt house, avec tou­jours quelques touch­es trop­i­cales, afro ou sud-américaines. Le bon­net chauf­fé par le soleil, les pom­pes craquant dans la neige, tout le monde de bonne humeur et sym­pa… Autant dire qu’on est plutôt pas mal.

Crédit : Nico­las Scor­dia

On aurait pu imag­in­er qu’une toute autre ambiance allait s’installer la nuit, sous le chapiteau à la sor­tie du vil­lage. C’est là qu’ont lieu les soirées payantes du fes­ti­val, avec lives, lumières, paiement en cash­less (avec une Ameuhrican Express !) et tout le toutim. Niet. La même atmo­sphère à la cool qu’en journée, des bénév­oles adorables, des hot dog à la saucisse locale (le diot, un régal) et, à chaque con­cert, un pub­lic au taquet qui danse, crie, chante et s’éclate sans compter. Il faut dire que côté pro­gram­ma­tion, ils sont servis, puisque Radiomeuh avait notam­ment invité l’Anglais Romare et son live où bon­gos, gui­tare et flûtes tra­ver­sières ren­con­trent les syn­thés et machines, le tout sous influ­ence africaine. Un par­fait chaud-froid. Razor-N-Tape aus­si, un duo de DJs venus de Brook­lyn et ayant fait réson­ner leur dis­co dans toute la val­lée. Ou encore Dan­it­sa, notre révéla­tion du week-end : chanteuse, MC“maître de sa pro­pre vie”, et à l’origine récem­ment d’un pre­mier album solo EGO, Dan­it­sa sem­ble savoir tout faire, et surtout embar­quer tout le monde en deux temps trois mou­ve­ments. Entre rap, trap et chan­sons soul aux accents reg­gae, plutôt bien portée par un DJ tout sourire et un backeur super en place, elle impres­sionne, et reçoit une ova­tion à la fin de son con­cert. Sauf que per­son­ne n’imaginait à ce moment-là ce qui s’apprêtait à leur tomber sur le nez : la beigne BCUC. Ils sont sept, peut-être huit, ça sautait trop dans la foule pour qu’on puisse compter. Ils vien­nent d’Afrique du Sud, et mélan­gent per­cus­sions, instru­ments tra­di­tion­nels, bass­es vrom­bis­santes, soul et énergie punk. Tout en ten­sion, le pre­mier morceau s’étire et finit pas explos­er dans un grand saut sur scène, un grand pogo dans le pub­lic. Un gros quart d’heure plus tard, on est déjà en sueur, avec un genou en moins et un sourire jusqu’au oreilles, défoulés. Et pour­tant “ce n’était que le sound­check” avance gogue­nard le chanteur Jovi Nkosi. Le joueur de bon­go est déjà torse nu, tout le monde est en transe et danse de tout son soûl, juste­ment aviné ou pas. Impos­si­ble de savoir com­bi­en de temps aura duré ce con­cert où le mot “afrop­unk” n’a jamais eu autant de sens : per­son­ne n’a pen­sé à sor­tir son télé­phone, il aurait de toute façon été trem­pé de sueur ou bal­ancé à l’autre bout du chapiteau dans un mou­ve­ment de danse col­lec­tif. Le meilleur con­cert du week-end — le meilleur con­cert de l’année ?

Un cadre superbe, une pro­gram­ma­tion défricheuse et pleine de bonnes sur­pris­es, un pub­lic chauf­fé à blanc qui met l’ambiance partout où il va pour cet équiv­a­lent mon­tag­nard de Baleapop ou du Yeah!… Le Radiomeuh Cir­cus Fes­ti­val a cette répu­ta­tion d’événement à la cool, fêtard et de bon goût musi­cal, à l’image de la webra­dio qui le porte. Mais ce n’est qu’en se per­dant quelques jours dans ce Reblo­chon­land qu’est La Clusaz qu’on effleure de la mou­fle à quel point cette répu­ta­tion est fondée. Le tout, entre autres, grâce à quelques alpin­istes qui déneigeaient un chapiteau pen­dant qu’on trin­quait au génépi quelques mètres plus bas, à des run­ners qui rame­naient tel artiste à Lyon en plein milieu de la nuit sur les petites routes de mon­tagne, aux organ­isa­teurs sur tous les fronts… Un mot : meuhrci !

Crédit : Nico­las Scor­dia

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