We Will Kaleid / ©David Tabary

đŸŽȘ Roubaix : le Crossroads Festival nous a rappelĂ© l’importance d’ĂȘtre curieux en musique

On est par­ti à Roubaix pour le Cross­roads, un fes­ti­val pour les curieux de musique et les sol­dats des fes­ti­vals. On vous raconte.

« Non mais meuf, qu’est-ce que tu vas faire Ă  Roubaix ? » J’avoue que je pars un peu Ă  recu­lons, sac sur le dos, Gare du Nord, direc­tion Lille-Flandres. Bour­rĂ©e de prĂ©jugĂ©s, je me demande Ă  quoi va ressem­bler une semaine au cƓur d’une ville du nord, Ă  regarder des con­certs de groupes ou pro­jets Ă©mer­gents que je ne con­nais ni d’Ève, ni d’Adam. Bon, quelques noms me sont vague­ment fam­i­liers, comme les dĂ©gin­g­los de Mur­man Tsu­ladze ou les mĂ©lodies armĂ©ni­ennes de Ladani­va. Mais pas assez pour me dire que je vais pass­er une semaine de malade. Et pourtant.

En moins de deux heures, je me retrou­ve entourĂ©e d’immeubles aux briques rouges. « On aime bien se dire que c’est une sorte de petit Brook­lyn », me glisse le dernier jour du fes­ti­val Nico­las Lefevre, directeur de la Cave aux PoĂštes. Si le pub­lic est un peu timide, et rel­a­tive­ment peu nom­breux le pre­mier jour, l’allĂ©gresse de retrou­ver du monde et de pou­voir Ă  nou­veau cla­quer la bise fait son effet. Telle­ment que j’en loupe les pre­miers con­certs. Je me rat­trape trĂšs vite avec ce groupe qui me fait esquiss­er mes pre­miers pas de danse. Orig­i­naire de Cologne, le trio post-punk Sparkling invite la foule, d’abord indé­cise, Ă  se rap­procher de la scĂšne. En deux temps, trois mou­ve­ments, le pre­mier rang est dĂ©jĂ  pieds nus. OK, vous ĂȘtes chauds Roubaix. J’en­chaĂźne avec Ladani­va, ce groupe menĂ© par la gĂ©niale Jacque­line Bagh­dasaryan au chant et Louis Thomas Ă  la trompette. On ne com­prend pas trop ce qu’il se passe, on finit dans une che­nille alors qu’il n’est pas 23h. OK bis.

Ladani­va / ©David Tabary

Petite par­tic­u­lar­itĂ© de cette Ă©di­tion 2021 : le fes­ti­val se tient sur une seule scĂšne, Ă  la salle Hen­ri Watremez – la salle Con­di­tion Publique orig­inelle Ă©tant en travaux. Ce qui veut dire plus de con­certs qui s’enchaĂźnent sur les deux scĂšnes, mais des paus­es d’une demie-heure entre chaque show­cas­es, oĂč la ten­sion retombe un peu (et les ver­res, eux, se rem­plis­sent). Com­ment rassem­bler l’énergie per­due ? Le trio Mur­man Tsu­ladze rĂ©us­sit ce tour de force. Du sec­ond soir, on retient Ă©gale­ment la dĂ©cou­verte du quatuor stras­bour­geois Cheap House qui, mal­grĂ© son pub­lic amenuisĂ© par le dernier mĂ©tro, emmĂšne le pub­lic vers un ailleurs un peu plus beau. Big up Ă  cette femme, abon­nĂ©e du pre­mier rang, au cri aus­si puis­sant qu’interminable, qui chauffe autant qu’il amuse la galerie. On vous doit tout, madame.

Jusqu’au dernier jour du fes­ti­val, les dĂ©cou­vertes ne fer­ont que pleu­voir. C’est le ven­dre­di soir oĂč le pub­lic se fait le plus dense et surtout le plus dĂ©ment. Qui blĂąmer ? Le week-end qui arrive Ă  grands pas, ou le duo GargĂ€n­tua, dont la techno/eurodance/chansonnette mĂ©dié­vale et blas­phé­ma­toire harangue les foules. Quelques aventureux·ses dĂ©bar­quent sur scĂšne, tombent, rient, se font gen­ti­ment ramen­er par­mi la plĂšbe, sous les regards fous du chanteur. On est mĂȘme plutĂŽt heureux·ses de tomber sur une bande de Lil­lois venus sans con­naĂźtre aucun groupe de la pro­gram­ma­tion, avides de retrou­ver les con­certs et de gar­nir leurs playlists de nou­veaux joy­aux. « C’est exacte­ment ce public-lĂ  que nous souhaitons capter », con­fie Tan­guy AubrĂ©e, Ă  la com­mu­ni­ca­tion du festival.

Mais, on l’a remar­quĂ© cet Ă©tĂ©, cette reprise Ă©vĂ©ne­men­tielle fut dif­fi­cile pour beau­coup de faiseurs de fĂȘtes qui ont du com­pos­er avec un pub­lic encore un peu frileux Ă  retourn­er se frot­ter Ă  des incon­nus. Peut-ĂȘtre croit-il encore, Ă  tort, que les con­certs seront assis et avec port du masque oblig­a­toire ? Mais si l’équipe du fes­ti­val voit cette Ă©di­tion davan­tage comme une tran­si­tion, avant la prochaine, on ne peut que rap­pel­er l’importance de la curiositĂ© en musique. Cross­roads puise toute sa force dans son rĂ©seau de pro­fes­sion­nels de la rĂ©gion des Hauts-de-France (comme la B.I.C, la Brigade d’Intervention Cul­turelle), dans les accom­pa­g­ne­ments qu’ils offrent aux artistes, dans les con­fĂ©rences qui rĂ©u­nis­sent divers pro­fes­sion­nels du milieu, pour affron­ter les ques­tions qui sec­ouent l’industrie – comme la san­tĂ© men­tale des artistes, avec notam­ment, le col­lec­tif Cura. Tous les chemins ne mĂšnent pas Ă  Roubaix, mais Ă  ce croise­ment entre le nord et la Bel­gique, on fait tout de mĂȘme de pré­cieuses rencontres.

ThérÚse / ©David Tabary

Gargäntua / ©David Tabary

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