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We Will Kaleid / ©David Tabary
15 septembre 2021

đŸŽȘ Roubaix : le Crossroads Festival nous a rappelĂ© l’importance d’ĂȘtre curieux en musique

par Lolita Mang

On est parti Ă  Roubaix pour le Crossroads, un festival pour les curieux de musique et les soldats des festivals. On vous raconte.

« Non mais meuf, qu’est-ce que tu vas faire Ă  Roubaix ? » J’avoue que je pars un peu Ă  reculons, sac sur le dos, Gare du Nord, direction Lille-Flandres. BourrĂ©e de prĂ©jugĂ©s, je me demande Ă  quoi va ressembler une semaine au cƓur d’une ville du nord, Ă  regarder des concerts de groupes ou projets Ă©mergents que je ne connais ni d’Ève, ni d’Adam. Bon, quelques noms me sont vaguement familiers, comme les dĂ©ginglos de Murman Tsuladze ou les mĂ©lodies armĂ©niennes de Ladaniva. Mais pas assez pour me dire que je vais passer une semaine de malade. Et pourtant.

En moins de deux heures, je me retrouve entourĂ©e d’immeubles aux briques rouges. « On aime bien se dire que c’est une sorte de petit Brooklyn », me glisse le dernier jour du festival Nicolas Lefevre, directeur de la Cave aux PoĂštes. Si le public est un peu timide, et relativement peu nombreux le premier jour, l’allĂ©gresse de retrouver du monde et de pouvoir Ă  nouveau claquer la bise fait son effet. Tellement que j’en loupe les premiers concerts. Je me rattrape trĂšs vite avec ce groupe qui me fait esquisser mes premiers pas de danse. Originaire de Cologne, le trio post-punk Sparkling invite la foule, d’abord indĂ©cise, Ă  se rapprocher de la scĂšne. En deux temps, trois mouvements, le premier rang est dĂ©jĂ  pieds nus. OK, vous ĂȘtes chauds Roubaix. J’enchaĂźne avec Ladaniva, ce groupe menĂ© par la gĂ©niale Jacqueline Baghdasaryan au chant et Louis Thomas Ă  la trompette. On ne comprend pas trop ce qu’il se passe, on finit dans une chenille alors qu’il n’est pas 23h. OK bis.

Ladaniva / ©David Tabary

Petite particularitĂ© de cette Ă©dition 2021 : le festival se tient sur une seule scĂšne, Ă  la salle Henri Watremez – la salle Condition Publique originelle Ă©tant en travaux. Ce qui veut dire plus de concerts qui s’enchaĂźnent sur les deux scĂšnes, mais des pauses d’une demie-heure entre chaque showcases, oĂč la tension retombe un peu (et les verres, eux, se remplissent). Comment rassembler l’énergie perdue ? Le trio Murman Tsuladze rĂ©ussit ce tour de force. Du second soir, on retient Ă©galement la dĂ©couverte du quatuor strasbourgeois Cheap House qui, malgrĂ© son public amenuisĂ© par le dernier mĂ©tro, emmĂšne le public vers un ailleurs un peu plus beau. Big up Ă  cette femme, abonnĂ©e du premier rang, au cri aussi puissant qu’interminable, qui chauffe autant qu’il amuse la galerie. On vous doit tout, madame.

Jusqu’au dernier jour du festival, les dĂ©couvertes ne feront que pleuvoir. C’est le vendredi soir oĂč le public se fait le plus dense et surtout le plus dĂ©ment. Qui blĂąmer ? Le week-end qui arrive Ă  grands pas, ou le duo GargĂ€ntua, dont la techno/eurodance/chansonnette mĂ©diĂ©vale et blasphĂ©matoire harangue les foules. Quelques aventureux·ses dĂ©barquent sur scĂšne, tombent, rient, se font gentiment ramener parmi la plĂšbe, sous les regards fous du chanteur. On est mĂȘme plutĂŽt heureux·ses de tomber sur une bande de Lillois venus sans connaĂźtre aucun groupe de la programmation, avides de retrouver les concerts et de garnir leurs playlists de nouveaux joyaux. « C’est exactement ce public-lĂ  que nous souhaitons capter », confie Tanguy AubrĂ©e, Ă  la communication du festival.

Mais, on l’a remarquĂ© cet Ă©tĂ©, cette reprise Ă©vĂ©nementielle fut difficile pour beaucoup de faiseurs de fĂȘtes qui ont du composer avec un public encore un peu frileux Ă  retourner se frotter Ă  des inconnus. Peut-ĂȘtre croit-il encore, Ă  tort, que les concerts seront assis et avec port du masque obligatoire ? Mais si l’équipe du festival voit cette Ă©dition davantage comme une transition, avant la prochaine, on ne peut que rappeler l’importance de la curiositĂ© en musique. Crossroads puise toute sa force dans son rĂ©seau de professionnels de la rĂ©gion des Hauts-de-France (comme la B.I.C, la Brigade d’Intervention Culturelle), dans les accompagnements qu’ils offrent aux artistes, dans les confĂ©rences qui rĂ©unissent divers professionnels du milieu, pour affronter les questions qui secouent l’industrie – comme la santĂ© mentale des artistes, avec notamment, le collectif Cura. Tous les chemins ne mĂšnent pas Ă  Roubaix, mais Ă  ce croisement entre le nord et la Belgique, on fait tout de mĂȘme de prĂ©cieuses rencontres.

ThérÚse / ©David Tabary

Gargäntua / ©David Tabary

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