Lorenzo Milelli

Simo Cell remet le dancehall au goût du jour avec un nouvel EP sur BFDM

Cela fait quelques temps déjà que Simo Cell s’affirme comme l’un des DJs et pro­duc­teurs les plus nova­teurs de la scène élec­tron­ique française. Pour autant, le son qui le car­ac­térise n’a pas grand‐chose de frenchy. Plus influ­encé par ce qu’il se passe out­re Atlan­tique, et à Bris­tol tout par­ti­c­ulière­ment, il devient en 2016 le pre­mier Français à sign­er sur Liv­i­ty Sound, le label de Peverelist. Aujourd’hui, sa discogra­phie accueille un nou­v­el EP plus sin­guli­er sur le label BFDM, où des ryth­miques jamaï­caines s’entrechoquent avec des inspi­ra­tions d’une autre décen­nie. Un dance­hall futur­iste qui vient pour­tant de ses années col­lège : décryptage. 

Avec ce nou­v­el EP ori­en­té dance­hall, tu ajoutes une nou­velle corde à ton arc, d’où ça t’est venu ?

Ça fait un an ou deux que je suis tombé là‐dedans. J’ai pris une grosse claque avec Bird Sound Pow­er, le pre­mier album du groupe Equiknoxx. Je trou­vais ça génial, mais je ne me voy­ais pas inté­gr­er ce type de musique dans mes sets. C’est quand j’ai enten­du cer­tains DJs en jouer que ça a fait tilt, je me suis ren­du compte que c’était une musique finale­ment très club.

Face à ces rythmes ralen­tis, com­ment réag­it le pub­lic ?

C’est quitte ou dou­ble. Déjà, ça dépend beau­coup de la manière dont c’est amené. C’est vrai que c’est lent, donc il faut pren­dre ses repères et s’habituer à chang­er de tem­po, mais il y a des tech­niques pour ça. L’idée c’est de faire oubli­er au pub­lic que le rythme a changé. Après, il y a des villes où ça car­tonne, et d’autres où tu joues un morceau, puis tu te ravis­es parce que ça ne prend pas… Glob­ale­ment, il y a  quand même un emballe­ment autour de ces styles. Que ce soit pour le dance­hall qu’on met en avant avec Low Jack et Judaah via BFDM, plutôt sur le versent UK, bass music, dub, que dans d’autres reg­istres défendus par exem­ple par Lena Wil­likens ou le crew du Salon des Ama­teurs — qui jouent des trucs lents, plus EBM. Il y a un engoue­ment pour le down­tem­po en général, mais le dance­hall a peut‐être un statut un peu par­ti­c­uli­er car il a été énor­mé­ment revis­ité dans la musique main­stream sans que l’on s’en rende vrai­ment compte. D’abord dans la musique des années 2000 avec Tim­ba­land, Mis­sy Elliott, Sean Paul, etc, et encore davan­tage au cours de ces cinq dernières années. Incon­sciem­ment, on est influ­encé par ce qu’on entend partout à la radio. C’est dif­férent du dance­hall à l’ancienne, mais les instrus de Rihan­na vien­nent très sou­vent de là par exem­ple. Même le plus gros tube d’Ed Sheer­an, c’est une ryth­mique dance­hall. C’est très actuel au final !

N’y a‐t‐il pas une dimen­sion sec­ond degré dans tout ça ?

Car­ré­ment ! Il y a un coté hyper cheesy, mais je crois que dans la musique et dans l’art en général, tout marche par cycle. On sort d’une phase où il y a eu un regain d’intérêt pour l’underground, le coté un peu sérieux de la tech­no, alors il est pos­si­ble qu’il y ait une cer­taine oppo­si­tion à ça, une espèce de pied de nez un peu mar­rant. Ça fait du bien de décon­ner un peu. Quand on joue avec Judaah ou Low Jack et qu’on bal­ance la “Gasoli­na” par exem­ple, c’est sur qu’il y a un côté un peu troll ! (rires)

Juste­ment, com­ment on en arrive à jouer ce genre de morceau en dehors d’un set à la mai­son ou entre potes ?

J’écoutais énor­mé­ment la radio au col­lège. Les années 2000 m’ont vrai­ment beau­coup nour­ri. Du coup il m’arrive de retomber sur des vieux trucs de Sean Paul ou Nina Sky, et finale­ment on est tous oblig­és de recon­naître que ça défonce ! Sean Paul était un des plus gros vendeurs et ambianceurs à l’époque, je pars du principe qu’il ne faut pas boud­er son plaisir. Ça pre­nait super bien cet été en par­ti­c­uli­er. Il y a le coté esti­val évidem­ment, mais aus­si le coté “sou­venir” qui crée une ambiance vrai­ment cool, ça fait sourire et danser à la fois, c’est tout ce qui compte.

Il y a un an ou deux, tu dis­ais t’épanouir pleine­ment autour de 140 bpm, où en es‐tu vis‐à‐vis de ça ?

Ça com­mence à faire un bon moment que je mixe, alors aujourd’hui je n’ai plus vrai­ment de lim­ite là‐dessus. Il y a vrai­ment plein de trucs qui m’intéressent un peu partout, du coup on va dire que je joue de 80 à 160. Je peux rester fixe, mon­ter, descen­dre, dédou­bler… C’est vaste. J’ai une rési­dence à Nantes dans un lieu qui s’appelle le Trem­poli­no. Env­i­ron une fois par trimestre, j’y organ­ise une teuf de 17h à 2h, c’est l’occasion de se ris­quer à des choses nou­velles et quand tu joues vrai­ment au feel­ing, tu restes pas à 140 !

Juste­ment, peux‐tu vous expli­quer un peu le con­cept de cette rési­dence ?

Le Trem­poli­no, c’est une insti­tu­tion cul­turelle à Nantes, qui pro­pose de la loca­tion de stu­dios, des cours de musique, etc… À la base ils sont plus axés sur le rock, et grossière­ment, sur toute la scène indé. Le nou­veau directeur souhaitait garder cet esprit‐là, mais voulait aus­si s’ouvrir à la musique élec­tron­ique. Il m’a donc pro­posé d’avoir une rési­dence où j’aurais carte blanche. On est dans le build­ing où sont les stu­dios, on trans­forme le bar du rez‐de‐chaussée en club, et ça devient un spot éphémère qui apporte un peu de sang frais sur la scène nan­taise. J’invite un nou­v­el artiste à chaque fois ; pour l’instant il y a eu Batu, Bam­bounou et Low Jack. On joue en back‐to‐back pen­dant les neuf heures, et générale­ment dès 21h, c’est le feu. Du coup à par­tir de là on joue de la musique de peak time, et à 2h t’as l’impression qu’il en est six, c’est assez mar­rant. Pour être hon­nête, je ne pen­sais pas que ça prendrait autant, mais bon, ça con­firme que Nantes est une ville qui bouge bien et où les gens sont chauds !

Et les stu­dios, vous les utilisez ?

On a juste­ment passé trois jours dedans avec Low Jack. Quand les agen­das coïn­ci­dent, on passe une petite semaine ensem­ble, ça nous per­met de se forcer à faire du son parce que même si on habite à deux sta­tions de métro, on fait jamais ça. Ça per­met d’être dans des con­di­tions opti­males et de vrai­ment s’impliquer. On en a sor­ti plusieurs boucles, il faut qu’on ter­mine tout ça mais on est plutôt con­tents. On ne voulait pas faire de dance­hall cette fois‐ci, on est plutôt par­tis vers des trucs un peu grime, trap… Peut‐être qu’on va faire pos­er des gars dessus, on ver­ra.

Un dernier mot sur ton EP 5 par­ty mix ?

C’est peut‐être pas super fla­grant à la pre­mière écoute, mais c’est un EP très influ­encé par toute la musique club US des années 2000. “Baland­Beat” c’est un morceau très Tim­ba­land, il y a beau­coup d’éléments qui rap­pel­lent ses instrus ; les syn­thés ou les suites de claps par exem­ple. Sur “The Ter­ri­ble Effect Of Pur­ple Drank”, il y a des bruits de klax­ons que j’ai sam­plé sur des tracks de Mis­sy Elliott. Et pour revenir à ce qu’on dis­ait sur la dimen­sion sec­ond degré, cer­tains recon­naîtront le vocal que j’ai util­isé pour La Pul­ga. C’est un gamin qui a buz­zé pen­dant la coupe du monde en se fil­mant dans les rues en Argen­tine.Mes­si, traeme la copa !

Release Par­ty le 25 octo­bre chez DDD.

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