St Germain / ©Charlotte Vasseneix

St Germain : l’histoire derrière “Tourist”, œuvre fondamentale de la French Touch (2/2)

Avec son sec­ond album Tourist, sor­ti en 2000, Ludovic Navarre a con­nu un car­ton mon­di­al comme jamais aucun artiste français avant lui. Vingt ans plus tard, St Ger­main ne réalise tou­jours pas. Il nous raconte.

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À quoi reconnaît-on un « clas­sic album » ? À ses ventes, certes, mais surtout à sa manière de tra­vers­er les épo­ques, les pays et les vies de cha­cun. À ce compte-là, la jazz-house du Tourist de St Ger­main, que l’on entend encore plus de vingt ans après sa sor­tie en fond sonore dans un bar de Rio, un mag­a­sin de Los Ange­les, un restau­rant de Tokyo, ou en bande-son avant un con­cert à Paris, fig­ure par­mi ces œuvres dont l’universalité ne fait pas débat. En 2000, cinq ans après Boule­vard – déjà une réus­site –, mais tou­jours en prise avec l’underground, Ludovic Navarre, bien mal­gré lui, accède au rang de meilleur expor­ta­teur de la musique française. Alors qu’un album de remix­es (signés Ron Trent, DJ Deep ou Traumer) hon­ore les 20 ans de la ver­sion orig­i­nale, St Ger­main nous racon­te les hauts, mais aus­si les bas, d’une aven­ture dont il a mis longtemps à se remettre.

Ensuite, j’ai tout coupé, je n’ai plus fait de musique, et cela a été une péri­ode un peu longue pour retrou­ver la flamme.”

Qu’est-ce qui te vient immé­di­ate­ment à l’esprit lorsque tu pens­es à Tourist ?

Je pense à l’aboutissement d’une péri­ode d’essais pour arriv­er à ce résul­tat. On peut me com­par­er à un coureur de fond, car la con­cep­tion de cet album ne s’est pas réal­isée sur une seule année. Je croy­ais que Boule­vard ne marcherait pas du tout, parce que c’était à contre-courant de ce qu’il se fai­sait à l’époque : de la tech­no rapi­de de plus en plus dure. Donc je comp­tais vrai­ment soit arrêter, soit ralen­tir ma pro­duc­tion. Mais sur­prise, cela a fonc­tion­né et je me suis dit qu’il fal­lait con­tin­uer et même aller plus loin.

Quel est le point de départ de Tourist ?

Comme tou­jours chez moi, c’est un long chem­ine­ment qui a démar­ré en 1993 avec Moth­er­land EP, mon deux­ième maxi sur Fnac Music. J’avais déjà trou­vé mon petit mélange que j’ai dévelop­pé par la suite avec Boule­vard puis Tourist. Mais le maxi que je préfère c’est Mez­zot­in­to EP, avec notam­ment “My Mama Said”. J’étais très con­tent de ce morceau qui son­nait super bien, j’avais accen­tué le jazz et le blues, il mar­que un peu le début de tout ce que je vais sor­tir par la suite.

St Ger­main en 2000 / ©Philippe Levy

Tu es dif­fi­cile dans ton choix des musiciens ? 

Je déteste ceux qui sont trop tech­niques. Je cherche avant tout quelqu’un qui a un feel­ing. Il faut que ça vive, qu’il y ait de l’impro. Un jour, on répé­tait dans le grand stu­dio de chez EMI, en vue d’un live en Chine. Il y avait Tony Allen notam­ment. Et là un bassiste se pointe, il veut jam­mer avec nous. Pourquoi pas ? Eh bien on a tous regret­té ! C’était un mas­sacre, il en met­tait partout ! C’est ce que je dis­ais tou­jours aux musi­ciens : les mecs qui par­lent pour ne rien dire, je ne sup­porte pas. (rires)

J’adorais quand on me dis­ait : « Ben faut sourire quand même ! » C’est ça, vous m’emmerdez tous ! (rires)”

Après Tourist, tu aurais imag­iné qu’il te faudrait quinze ans pour sor­tir un nou­v­el album ? 

Très hon­nête­ment, non. Mais je savais qu’après la tournée, il fal­lait vrai­ment que je fasse une pause parce que j’étais très fatigué. On avait dû faire pas loin de 300 con­certs. C’était com­pliqué de gér­er les musi­ciens, la tech­nique. Mes journées étaient bien chargées. On arrivait sur une date, je posais le sac à l’entrée de l’hôtel. On m’emmenait tout de suite pour des inter­views, puis je par­tais à la bal­ance, je reve­nais dans ma cham­bre pour une douche… Mais il y avait tou­jours quelqu’un à voir ou quelque chose à faire. On ne se rend pas compte, mais c’est vrai­ment épuisant. Sans compter que les con­certs et les inter­views, à la base ce n’était pas mon truc, et là je baig­nais en plein dedans. J’adorais quand on me dis­ait : « Ben faut sourire quand même ! » C’est ça, vous m’emmerdez tous ! (rires) Heureuse­ment, bien sûr il y a eu des super moments, mais quand on a arrêté, je n’étais pas mécon­tent. Et ensuite, j’ai tout coupé, je n’ai plus fait de musique, et cela a été une péri­ode un peu longue pour retrou­ver la flamme. Aujourd’hui, de m’être occupé de ce disque de remix­es m’a redonné envie de repar­tir dans ce mélange house-jazz à la Tourist. J’avoue que ça me manque et j’aimerais bien sor­tir quelque chose d’ici la fin d’année si la Covid nous laisse faire.

Retrouvez l’intégralité de cet article dans le Tsugi 137 : Bicep, la house prend feu, disponible en kiosque et à la commande en ligne le 5 février

 

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Pour les 20 ans de l’al­bum Tourist, St Ger­main sort aujour­d’hui une ver­sion “trav­el” qui invite des pro­duc­teurs du monde entier à le remixer.

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