T.B. Arthur : le fou d’acid que personne ne connaît, mais que tout le monde s’arrache

Mais qui est T.B. Arthur ? Nos col­lègues de Thump, la rubrique musique de Vice, se sont déjà posé la ques­tion, sans toute­fois pou­voir ren­con­tr­er le mys­térieux pro­duc­teur, ce “fan­tôme”, cette “nou­velle obses­sion tech­no”. Ça fait beau­coup d’ad­jec­tifs ampoulées pour un gus’ qui ne veut pas dire son nom. Mais cet anonyme est respon­s­able d’é­patants EPs sor­tis en 2014 et 2015, notam­ment sur Argot, label de Chica­go où se croisent The Black Madon­na ou Amir Alexan­der : une série de titres venus de nulle part à la qual­ité irréprochable, acid sou­vent, dansants tou­jours. De quoi book­er le mys­térieux bon­homme, au club de Tokyo Con­tact le week-end dernier, à Domune ensuite (le stream­ing se regarde ici), à Con­crete ce ven­dre­di aux côtés de Jus Ed et DJ Sprin­kles.

Il y a de grandes chances pour que vous n’ayez encore jamais enten­du par­ler de T.B Arthur, un artiste apparem­ment de Chica­go ayant sur­git de nulle part en 2014, en enchaî­nant des releas­es assez dingues… Les rumeurs vont bon train sur son iden­tité. De notre côté, tout ce qu’on sait, c’est que le live va être vrai­ment très très sérieux…”, teasent les équipes de Con­crete, résumant le peu d’in­for­ma­tions disponibles sur le pro­duc­teur : il viendrait de Chica­go, comme l’indique le numéro de télé­phone inscrit sur cha­cunes de ses sor­ties. Pour au moins véri­fi­er ça, on a décidé d’ap­pel­er Mis­ter TB Arthur, alors en légère gueule de bois après une orgie de shochu (un genre de saké) à Tokyo — la faute à DJ Nobu, nous con­fie le caf­teur. La voix est grave et pro­fonde. Ok, donc c’est un bien un homme (dans sa petite enquête, Thump est par­ti du principe que T.B. Arthur était un dude, on gar­dait un doute). L’anglais n’est pas hési­tant et l’ac­cent sem­ble améri­cain. Ok, il n’est donc pas français mal­gré ses stick­ers et tee-shirts “Je par­le acid”. Mais au final, on n’en saura pas beau­coup plus sur son iden­tité. Et finale­ment, c’est tant mieux. 

Evidem­ment, on n’a pas beau­coup de pho­tos de T.B. Arthur. Du coup, il nous a envoyé ses pho­tos de Tokyo. Celle-ci est sa favorite. 

Car si T.B Arthur ne veut pas révéler son nom, ce n’est pas une pos­ture, ni un caprice. C’est une blague. “Révéler mon iden­tité un jour et dire au monde que je suis David fuck­ing Guet­ta ou un truc comme ça… Non, ce n’est pas le principe. Je veux juste m’a­muser, et gen­ti­ment me moquer de la scène aus­si, juste parce que c’est drôle : il y a telle­ment de straté­gies dans la tech­no, j’ai juste envie de leur dire ‘relax’ ”, explique-t-il, tout en exclu­ant Aphex Twin et ses cinq mil­lions de pseu­dos (“Restons fair-play, je trou­ve qu’il a un sens de l’hu­mour incroy­able, c’est un peu à part”). “Dans les années 90, il y avait déjà des pro­jets anonymes, mais le but était plutôt d’être mys­térieux, pas de faire un effet dan­nonce. Je préfère rester dans le mys­tère, mon nom n’a aucune impor­tance”. Pas de grande révélation-scoop-choc à prévoir donc : “Je vous le jure : je ne suis pas un DJ con­nu qui se fout de la gueule du monde en prenant un pseu­do caché, sans joie, juste pour don­ner un peu plus de poids à mon nom ou avoir plus de book­ing”. Fin de l’his­toire, n’en déplaise aux dizaines de curieux qui appel­lent le numéro chicagoan inscrit sur ses vinyles — “les gens lais­sent des mes­sages trop cool, par­fois ils me vont vrai­ment beau­coup rire”

Rire”, “blague” et “fun” sont d’ailleurs peut-être les mots les plus util­isés par T.B. Arthur tout au long de la con­ver­sa­tion. “J’ai com­mencé à décou­vrir les clubs quand j’é­tais ado, via la scène gay. J’ai appris à danser dans des clubs gay, sur toute sorte de musique, avec beau­coup de folie, d’ac­cep­ta­tion de soi et de lach­er prise. C’est un esprit que je respecte beau­coup, et j’ai encore besoin aujour­d’hui de sen­tir l’hu­mour dans une fête”, confie-t-il. Il y a comme un besoin vis­céral de se mar­rer chez T.B. Arthur, de faire la fête. Il a pour­tant été absent de la scène pen­dant de longues années. Il était act­if dans les années 90, comme le prou­vent deux EPs, 1, 2 et 3, à la date de sor­tie incon­nue mais mas­ter­isés par Mark Richard­son (“Un mec hyper tal­entueux, qui a tra­vail­lé sur les meilleurs dis­ques de Chica­go… Et sur le mien!”), puis n’a plus don­né de nou­velles jusqu’en 2014. “Dans la vie, il y a tou­jours des hauts et des bas. Je n’ai pas vrai­ment envie de par­ler sérieuse­ment de mes pro­pres hauts et bas, je préfère en rire”. Le rire, tou­jours, même pour évo­quer ce qui ressem­ble à une grosse tra­ver­sée du désert. Quoiqu’il en soit, T.B. Arthur a aujour­d’hui plein de pro­jets : son nou­v­el EP Psy­che­del­ic Relics (nom­mé ain­si en hom­mage aux vieilles machines qu’il utilise tou­jours, car il est peut-être “pas très doué avec les ordi­na­teurs”) est sor­ti en dig­i­tal et sera bien­tôt disponible en vinyle, via Hard­wax (le dis­quaire le sou­tient fidèle­ment depuis son retour) et son pro­pre label nom­mé “(312)” — l’indi­catif télé­phone de Chica­go, tou­jours. Sur le label en ques­tion sont prévues pas mal de col­lab­o­ra­tions… Encore mys­térieuses, for­cé­ment. “Et ce ne sera pas David Guet­ta, promis”

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