Crédit photo : Nicolas Bresson

Techno de hangar et trance psyché pour l’anniversaire de La Quarantaine

Les soirées ware­house, héri­tières revendiquées des raves des années 90, ne se sont jamais aus­si bien portées, en par­ti­c­uli­er en région parisi­enne. Après seule­ment une année d’existence, le col­lec­tif La Quar­an­taine a réus­si l’exploit de réu­nir same­di plus de 3000 fêtards sur fond de tech­no et de trance dans un hangar d’Ivry-sur-Seine. On n’a pas résisté à l’envie d’aller y faire un tour.

Prévenus dans l’après-midi du lieu de la fête, c’est un peu après deux heures du matin que l’on débar­que devant ce qui s’avère être l’ancienne imprimerie du jour­nal Le Monde à Ivry-sur-Seine. Arrivant après le gros des troupes, l’entrée s’avère rapi­de et flu­ide. On croise l’un des organ­isa­teurs qui nous con­fesse qu’il ne s’attendait pas à voir débouler autant de monde. Déjà, il y a une autre grosse soirée hors club ce soir-là, “Pos­ses­sion” du côté de la Plaine-Saint-Denis, qui s’adresse sen­si­ble­ment au même pub­lic. Ensuite, le col­lec­tif fête seule­ment sa pre­mière année d’existence et ne pos­sède pas la même notoriété que d’autres organ­i­sa­tions. Et puis il n’y a pas vrai­ment de têtes d’affiches au line-up même si La Quar­an­taine a eu la bonne idée d’inviter trois DJs du sound-system Heretik. A la fois un hom­mage aux valeureux con­quérants de la piscine Moli­tor et une forme de pas­sa­tion de pou­voir entre deux généra­tions de “raveurs”. Mais eux, con­traire­ment à leurs aînés, ne pro­posent pas de free par­ty. Ici l’entrée est payante, le lieu occupé en bonne et due forme, un ser­vice de sécu­rité est présent, des issues de sec­ours sont bien sig­nalées et des toi­lettes chim­iques ont même été instal­lées. C’est de la rave 2.0, inso­lite par l’espace investit, mus­clée dans sa tech­no sans con­ces­sion jouée 14 heures durant, mais organ­isée de manière très pro­fes­sion­nelle tout en usant des codes de sa généra­tion. Les sets, par exem­ple, ont été dif­fusés en direct toute la nuit sur les réseaux soci­aux tan­dis que l’on pou­vait pay­er au bar via son smart­phone et une appli­ca­tion cash­less dédiée.

Crédit : Nico­las Bres­son

Mal­gré l’affluence — plus de 3000 per­son­nes — le lieu est suff­isam­ment grand pour que tout se passe bien et que les déplace­ments se déroulent sans accros. Deux salles ont été sonorisées. La pre­mière a été investie par le col­lec­tif Natara­ja qui pro­pose de la trance psy­chédélique. La déco y est sym­pa­thique, l’ambiance bon enfant et le son pro­pre, mais la trance n’étant pas vrai­ment notre tasse de thé nous n’y faisons que de brèves incur­sions. Le deux­ième espace, plus grand, est lui dédié à de la tech­no pure et dure. On com­mence à se laiss­er porter par le set énergique de l’Allemand Intro­ver­sion quand pata­tras, le groupe élec­trogène lâche. Plus de son, plus de lumières et un pub­lic qui crie sa frus­tra­tion. Ren­seigne­ment pris, c’est la pre­mière coupure de la soirée et on peut espér­er que ce sera la dernière – ce sera effec­tive­ment le cas. Après une bonne quin­zaine de min­utes de patience, c’est Aness des Heretik qui reprend la main avec de la tech­no lourde dans laque­lle on recon­nait “Machine” d’Andrea ou le plus old-school “Pon­tapé” de Rena­to Cohen. Il laisse ensuite sa place à son com­parse Lim­ka qui va mon­ter douce­ment mais sure­ment dans les BPMs. Démar­rant avec une électro-tech énervée il bifurque ensuite vers des clas­siques hardtek notam­ment issus des dif­férents labels Heretik. Des vieux Popof, du Noise­builder, his­toire de ne pas relâch­er la pres­sion.

Crédit : Nico­las Bres­son

Il est déjà plus de 6 heures du matin et c’est une fille que l’on voit débar­quer der­rière les platines. On ne con­nais­sait pas EKLPX, son nom de scène, et celle qui est rési­dente des soirées La Quar­an­taine va peut-être faire le meilleur set de la soirée. En tout cas de ce qu’on en a vu, étant par­tis avant la fin annon­cée pour le début d’après-midi. EKLPX joue de la grosse tech­no frontale à 140 BPM, du genre de celle qu’on peut enten­dre dans la salle du bas du Tre­sor de Berlin. Le pub­lic com­mence a franche­ment se lâch­er et on appré­cie la diver­sité de ceux qui nous entourent. Entre le tranceux à dread­locks et sarouel égaré mais qui kiffe quand même la tech­no, le “Berghain man” en short et har­nais de cuir, le quadra nos­tal­gique de ses pre­mières raves et la petite nana qui sem­ble avoir la révéla­tion de sa vie. Alors que KRS, le dernier DJ des Heretik pro­gram­mé, entame sa per­for­mance hardtek, nous quit­tons finale­ment les lieux, étant con­crète­ment plus proches de la “quar­an­taine” que les jeunes organ­isa­teurs du même nom. Heureux de voir qu’une nou­velle généra­tion a pris les choses en main, choisi de ne pas se can­ton­ner au con­formisme des clubs – qu’on appré­cie quand même hein ! – emprun­tant les chemins de tra­vers­es que sont les hangars désaf­fec­tés et les espaces extérieurs. Un retour aux sources inespéré pour la tech­no qui attire un pub­lic de plus en plus nom­breux. Pourvu que ça dure !

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