Crédit photo : Julie Michelet

Techno, disco, planant” : Zimmer explore les contrastes dans son premier album

Zim­mer, le petit pro­tégé de l’écurie Roche Musique, sort son pre­mier album ZIMMER ce 27 sep­tem­bre. À cette occa­sion, il révèle le clip du titre “Make It Hap­pen”, en col­lab­o­ra­tion avec Pana­ma. Entre nappes planantes et tech­no énergique, l’artiste explore de nou­velles pistes musi­cales sur ce qu’il aime à appel­er sa “Tape ultime”.

Tu as sor­ti une dizaine de tapes, 4 EPs, qu’est-ce qui t’as poussé à faire un album ?

J’avais hyper envie d’un for­mat long pour exprimer plus de choses. Dans ma musique, il y a des sonorités à la fois douces et d’autres plus intens­es qui frô­lent la tech­no. Je voulais fouiller ces pen­chants avec beau­coup plus de rad­i­cal­ité, ce que tu peux moins faire sur un EP. J’aime les con­trastes, aller dans les extrêmes et les lier. C’est plus facile à faire sur douze ou treize morceaux et sur une heure de temps. Je souhaitais créer un objet artis­tique com­plet, présen­ter un live, une iden­tité visuelle à tra­vers mes clips pour dévelop­per une oeu­vre totale. L’album c’est un super for­mat pour faire ça. Puis je me sen­tais mûr en tant que pro­duc­teur.

Je trou­ve qu’il y a plus de sonorités tech­no dans ton album, notam­ment dans “Dawn”, “Mou­ve­ment” ou encore “Thun­der”, pourquoi ce virage ?

Ça n’a pas été cal­culé, j’ai fait la musique qui venait à moi plutôt que d’essayer de trop l’intellectualiser. Il y a eu un vrai lâcher-prise, j’en ai fait quand j’en avais envie, je n’avais pas la pres­sion de devoir sor­tir quelque chose dans les six mois. Finale­ment, cet album c’est les treize meilleurs morceaux que j’ai com­posés en 2017 et 2018. Je pense que c’est un poil plus som­bre que ce que je fai­sais avant, il y a un peu plus ce côté tech­no parce que c’est ce que j’ai envie de jouer à 2h du mat’ quand il fait nuit. Pour moi, c’est un équili­bre entre l’ombre et la lumière. Ma musique a évolué.

Zimmer

Crédit pho­to : Julie Michelet

À l’écoute de ton album, on a l’impression d’un mélange de styles entre Super­poze et Bonobo, est-ce que ces deux artistes t’ont inspiré?

C’est des artistes que j’aime écouter, Super­poze m’avait fait un remix il y a quelques années. J’ai pas vrai­ment d’influence dans ce que je fais mais évidem­ment, mes goûts m’in­spirent. J’aime beau­coup l’approche de SBTRKT et Jamie XX dans la façon qu’ils ont de con­cevoir leurs albums. Ils font appel aux mêmes voix, que ce soit Romy ou Sam­pha. C’est un peu ce que j’essaie de faire avec Pana­ma. On a fait deux morceaux ensem­ble et ça donne une cer­taine couleur. Sinon c’est hyper large, ça va de Daniel Avery à Four Tet, puis de Rone à Mod­er­at, tous ces artistes m’influencent.

Quelle serait la col­lab­o­ra­tion de rêve pour toi ?

Il y a la caté­gorie un petit peu réal­iste et la caté­gorie com­plète­ment irréal­iste. Je réfléchis… Diana Ross, c’est la queen. Je crois que j’ai trou­vé la nou­velle appel­la­tion de ma musique, avant je fai­sais de l’horizontal dis­co, main­tenant je fais de la tech­no dis­co donc un morceau avec Diana Ross ce serait incroy­able.

Quel est ton titre préféré dans l’album ?

Tu peux pas me deman­der ça, c’est mes bébés, je les aime tous! Bon, je les aime tous mais en même temps j’ai plus trop envie de les écouter. S’il fal­lait en choisir un, ce serait le dernier, “Make it Hap­pen”, qui est égale­ment le dernier que j’ai com­posé. Il y a une struc­ture hyper linéaire, pas de break et il m’emmène assez loin. Émo­tion­nelle­ment j’ai une attache par­ti­c­ulière à ce morceau, donc en ce moment ce serait lui.

Peux-tu nous par­ler du proces­sus de créa­tion de ton album ?

Pour mon album, j’ai tout fait tout seul à part les voix. Il y a deux morceaux dans lesquels le gui­tariste de Chris a joué. Alex Gopher a mas­ter­isé l’album. Mais sinon j’ai com­posé, pro­duit, arrangé et mixé le tout. Quand tu fais de la musique élec­tron­ique, la façon dont tu mix­es est telle­ment impor­tante que je n’arrive pas à le laiss­er à quelqu’un d’autre. Je suis un peu con­trol freak. J’aime bien l’art total et avoir le con­trôle sur ce que je fais pour que ce soit le plus proche pos­si­ble de la vision que j’en avais au début et pour la com­mu­ni­quer aux autres. Je crée de la musique pour sus­citer des moments mag­iques où les gens con­nectent.

Une anec­dote à racon­ter sur ton album ?

Thun­der”, le morceau le plus intense de l’album, je l’ai fait à 10h du matin dans un cof­fee shop. On était en vacances à Los Ange­les avec ma copine, elle bos­sait sur son PC, on était au milieu des gens qui buvaient leur café et moi j’étais là avec mon casque à faire un morceau tech­no. La musique a ce truc mag­ique, il peut être 10h du matin, tu fer­mes les yeux, tu te sens dans une ware­house dans le noir puis tu vois la machine à fumée et les lights. Je bosse plutôt le matin parce que j’aime bien avoir des horaires nor­maux pour essay­er de main­tenir une vie sociale même si c’est pas for­cé­ment évi­dent.

Pourquoi est-ce que tu t’es asso­cié avec le stu­dio H5 pour la réal­i­sa­tion de la pochette de l’al­bum ?

J’avais envie de voir ce que ça don­nait si je con­fi­ais ça à des gens qui savent le faire mieux que moi. Je suis hyper con­tent du résul­tat qu’on a trou­vé, cet hybride un peu futur­is­tique tout en image de syn­thèse. Je suis hyper con­tent de ce qu’on a trou­vé avec eux. Cette pochette elle a mis un an à se faire. On a beau­coup dis­cuté avec Ludovic, le directeur du stu­dio H5. Il m’a présen­té plein de con­cepts et assez vite il m’a par­lé de la foule. Ca a été notre point de départ, c’était une belle métaphore de cette con­nex­ion par la musique. Sur toutes mes pochettes précé­dentes, j’étais seul donc ça con­traste assez joli­ment je trou­ve. D’ailleurs, sur la pochette c’est moi le petit per­son­nage en 3D, scan­né x1000. Je suis con­tent de l’univers qu’on a créé et j’aurais jamais pu faire ça tout seul.

Zimmer cover

Pochette de l’al­bum Zim­mer

Tu t’occupes de la con­struc­tion de la scéno­gra­phie de ton live, peux-tu nous expli­quer com­ment ça se passe ?

Je trou­ve ça hyper impor­tant de pou­voir con­trôler l’environnement visuel que les gens ont quand ils écoutent ma musique. C’est ce qui me plait dans les lives et j’avais envie d’expérimenter ça. Sur chaque morceau j’ai une idée assez pré­cise de ce que je veux, je vois des couleurs, des sen­sa­tions d’éclairages et comme la musique élec­tron­ique c’est plutôt une musique de sen­sa­tion physique, c’est hyper impor­tant d’avoir ça. Sur chaque morceau, on définit à l’avance ce qui va se pass­er, on divise par blocs ce qui fait qu’en live, je peux quand même chang­er ce qui se passe. Je ne suis pas figé dans quelque chose de linéaire, je peux chang­er l’ordre des morceaux puisque chaque par­tie a son bloc que j’ai imag­iné avec l’ingénieur lumière pour que ce soit exacte­ment ce qu’on avait en tête. À chaque fois que tu con­stru­is des choses cus­tom, il faut met­tre la main à la pâte. C’est un truc qui m’amuse. À la base je suis design­er, donc créer des objets de scéno­gra­phie c’est quelque chose qui me plait for­cé­ment.

Com­ment s’est passé la col­lab­o­ra­tion avec Pana­ma, le duo aus­tralien qui a tra­vail­lé avec Petit Bis­cuit ?

Tout s’est passé par mes­sages sur Sound­cloud. On ne s’est pas ren­con­trés mais on va peut-être essay­er de s’organiser pour tourn­er ensem­ble en Asie. Il appa­raît dans mon nou­veau clip, “Make It Hap­pen”. Je trou­ve ça assez rigo­lo qu’on ait fait une col­lab­o­ra­tion tout en dig­i­tal et qu’on fasse un clip où on est ensem­ble virtuelle­ment. C’est assez cohérent finale­ment.

Quelle rela­tion entretiens-tu avec Roche Musique ?

Je trou­ve ça assez rigo­lo de voir com­ment le label a évolué parce qu’au début on avait un son com­mun, une esthé­tique com­mune. On fait tous de la musique un peu douce. Main­tenant, cha­cun explore quand même des champs dif­férents et je trou­ve ça hyper intéres­sant. On a fait pas mal de soirées où on jouait en for­mat label. On a fait une super tournée aux États-Unis avec Kartell, Cézaire et Dar­ius, c’est hyper agréable d’être avec tes potes au bout de la terre, de jouer dans des salles pleines de gens qui veu­lent écouter ta musique. Roche ça con­tin­ue fort. On a un stu­dio com­mun à Paris. Il y a 2 jours, j’y étais pour finir des choses pour le live, j’ai croisé Cray­on on est allé boire des ver­res au bar du coin. On se croise quand même assez régulière­ment. On en par­lait avec Cray­on, on se dis­ait qu’on avait tous com­mencé à jouer au Wan­der­lust et au Social Club en 2011, 2012 et de voir qu’on est encore là, tou­jours potes et que cha­cun avance bien dans sa car­rière, c‘est chan­mé quoi.

Vas-tu con­tin­uer les Zim­mer Tapes à chaque sai­son ?

Pen­dant l’album, j’avais un peu de mal à con­tin­uer les tapes. J’avais pas trop envie de dig­ger des nou­veaux morceaux pour éviter d’être influ­encé. Finale­ment l’album c’est un peu ma tape ultime.

L’al­bum est en écoute ici :

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