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© Jean Adrien Morandeau
28 juin 2018

Trois jours d’amour, de musique et de bonne bouffe à Rennes avec Big Love

par Patrick Thévenin

La météo capricieuse et ses averses, aussi soudaines que torrentielles, ont failli avoir raison des trois jours de la quatrième édition du festival rennais Big Love. Mais les Bretons sont têtus, on le sait tous. Il faut croire que tout l’amour porté par ce festival à taille humaine, assorti d’une programmation qui laisse la part belle aux jeunes talents et considère Jennifer Cardini comme sa marraine, a eu raison des nuages menaçants.

Commencé en beauté le vendredi soir par une croisière mise-en-bouche et mise en jambes, où dance et gourmandise s’associaient pour le meilleur, le samedi soir attaquait les festivités dans un lieu secret, situé à une vingtaine de minutes de Rennes et accessible uniquement par navettes histoire de ne pas abimer le lieu, véritable havre de paix et de sérénité, mais de protéger les clubbers qui aiment trop la bière des dangers de la route. Dans un cadre bucolique avec manoir, rivière, sculptures ludiques et deux dancefloors (un de plein air, un couvert) c’est Gigsta qui, dès quatre heures de l’après-midi, ouvrait le bal et l’arrivée des premiers festivaliers, avec un set plutôt expérimental où les genres se bousculaient. Quelques heures plus tard c’est Job Jobse, alors que le soleil commençait à décliner, qui déroulait un set italo-disco parsemé de bouts de Depeche Mode et d’Hercules & Love Affair, un grand mix réalisé avec son fiancé, et garanti concentré en « queer anthems ». Pendant ce temps-là sur l’autre scène, la Française Fantastic Twins exilée à Berlin (et qu’on a connu sous le pseudo Sashienne en duo avec Sasha Funke) livrait, seule comme une grande, un live femme-machine décoiffant comme on n’en avait pas vu depuis longtemps, empoignant entre deux rythmes sans concession le micro pour des ablutions dignes d’une Nina Hagen en pleine transe mystique. Plus tard, alors que la nuit avait posé ses étoiles dans le ciel, le duo Discodromo nous donnait un cours magistral de disco revisitée années 2018, les Français Scratch Massive -dont on attend un nouvel album pour septembre- bastonnaient sévère façon rave sauvage. Et Jennifer Cardini terminait la nuit avec un des sets soutenus mais tout en caresses dont elle a le secret.

Le lendemain c’est dans le square de la Touche, en plein Rennes, que tous les clubbers fatigués s’étaient donnée rendez-vous dès le début de l’après-midi. Un espace tenu par l’assoce « Le marché à manger » proposait, aidé par les meilleurs restaurants de la région, des petits plats régionaux à se lécher les babines et à moins de six euros (moins cher qu’un McDo) pendant que Luke (joyeux organisateur du festival et figure de l’électro rennaise) nous berçait avec un set tout en douceur plein de Junior Boys, de Kate Bush, de Bicep ou de Nina Simone… Parfait pour étrenner les chaises longues disséminées dans le parc. Après le set plus exotico-tropical de Mafalda, ce fut au tour de Wilhem, figure de la scène électronique de Leipzig, de faire monter tout doucement le BPM avec un set de techno musclée et mélancolique des nineties remplie de stomper du moment et de classiques comme « Don’t You Want Me » de Davina ou le « Passion » de Gat Decor. De quoi préparer l’arrivée, alors que le crépuscule commençait à montrer le bout de son nez, de DJ Tennis dont la venue était bien plus qu’attendue et qui en deux temps, trois mouvements (et aussi une set list à se damner) transformait le carré de gazon en dancefloor à ciel ouvert et pieds nus où jeunes et moins jeunes, queer comme straight, punk à chiens comme bécébégé communiaient à coups de galipettes, de paillettes dans les yeux et de sourires aux lèvres.

© Laurie Guillemot

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