© Jean Adrien Morandeau

Trois jours d’amour, de musique et de bonne bouffe à Rennes avec Big Love

La météo capricieuse et ses avers­es, aus­si soudaines que tor­ren­tielles, ont fail­li avoir rai­son des trois jours de la qua­trième édi­tion du fes­ti­val ren­nais Big Love. Mais les Bre­tons sont têtus, on le sait tous. Il faut croire que tout l’amour porté par ce fes­ti­val à taille humaine, assor­ti d’une pro­gram­ma­tion qui laisse la part belle aux jeunes tal­ents et con­sid­ère Jen­nifer Car­di­ni comme sa mar­raine, a eu rai­son des nuages menaçants.

Com­mencé en beauté le ven­dre­di soir par une croisière mise‐en‐bouche et mise en jambes, où dance et gour­man­dise s’associaient pour le meilleur, le same­di soir attaquait les fes­tiv­ités dans un lieu secret, situé à une ving­taine de min­utes de Rennes et acces­si­ble unique­ment par navettes his­toire de ne pas abimer le lieu, véri­ta­ble havre de paix et de sérénité, mais de pro­téger les club­bers qui aiment trop la bière des dan­gers de la route. Dans un cadre bucol­ique avec manoir, riv­ière, sculp­tures ludiques et deux dance­floors (un de plein air, un cou­vert) c’est Gigs­ta qui, dès qua­tre heures de l’après-midi, ouvrait le bal et l’arrivée des pre­miers fes­ti­va­liers, avec un set plutôt expéri­men­tal où les gen­res se bous­cu­laient. Quelques heures plus tard c’est Job Job­se, alors que le soleil com­mençait à déclin­er, qui déroulait un set italo‐disco parsemé de bouts de Depeche Mode et d’Hercules & Love Affair, un grand mix réal­isé avec son fiancé, et garan­ti con­cen­tré en « queer anthems ». Pen­dant ce temps‐là sur l’autre scène, la Française Fan­tas­tic Twins exilée à Berlin (et qu’on a con­nu sous le pseu­do Sashi­enne en duo avec Sasha Funke) livrait, seule comme une grande, un live femme‐machine décoif­fant comme on n’en avait pas vu depuis longtemps, empoignant entre deux rythmes sans con­ces­sion le micro pour des ablu­tions dignes d’une Nina Hagen en pleine transe mys­tique. Plus tard, alors que la nuit avait posé ses étoiles dans le ciel, le duo Dis­co­dro­mo nous don­nait un cours magis­tral de dis­co revis­itée années 2018, les Français Scratch Mas­sive -dont on attend un nou­v­el album pour septembre‐ bas­ton­naient sévère façon rave sauvage. Et Jen­nifer Car­di­ni ter­mi­nait la nuit avec un des sets soutenus mais tout en caress­es dont elle a le secret.

Le lende­main c’est dans le square de la Touche, en plein Rennes, que tous les club­bers fatigués s’étaient don­née rendez‐vous dès le début de l’après-midi. Un espace tenu par l’assoce « Le marché à manger » pro­po­sait, aidé par les meilleurs restau­rants de la région, des petits plats régionaux à se léch­er les babines et à moins de six euros (moins cher qu’un McDo) pen­dant que Luke (joyeux organ­isa­teur du fes­ti­val et fig­ure de l’électro ren­naise) nous berçait avec un set tout en douceur plein de Junior Boys, de Kate Bush, de Bicep ou de Nina Simone… Par­fait pour étren­ner les chais­es longues dis­séminées dans le parc. Après le set plus exotico‐tropical de Mafal­da, ce fut au tour de Wil­hem, fig­ure de la scène élec­tron­ique de Leipzig, de faire mon­ter tout douce­ment le BPM avec un set de tech­no mus­clée et mélan­col­ique des nineties rem­plie de stom­per du moment et de clas­siques comme “Don’t You Want Me” de Davina ou le “Pas­sion” de Gat Decor. De quoi pré­par­er l’arrivée, alors que le cré­pus­cule com­mençait à mon­tr­er le bout de son nez, de DJ Ten­nis dont la venue était bien plus qu’attendue et qui en deux temps, trois mou­ve­ments (et aus­si une set list à se damn­er) trans­for­mait le car­ré de gazon en dance­floor à ciel ouvert et pieds nus où jeunes et moins jeunes, queer comme straight, punk à chiens comme bécébégé com­mu­ni­aient à coups de galipettes, de pail­lettes dans les yeux et de sourires aux lèvres.

© Lau­rie Guille­mot

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