Tsugi 120, avec Irène Drésel, The Hacker, Kiddy Smile, Laurent Garnier et La Fraicheur en couv, est dispo en kiosque !

Trente ans et des poussières. À peu près l’âge des musiques électroniques. Enfin de celles qui font danser. “Musiques électroniques”, au pluriel. Parce que plus que tout autre style musi­cal, elles se con­juguent avec des sex­es et des orig­ines différentes. Et depuis ses débuts, si on s’est un peu intéressé à son his­toire. Mais hélas, pen­dant longtemps, la house et surtout la tech­no ont été cataloguées à tort “musique de blancs hétéros”. Derrière et devant la scène. Aujourd’hui, même si beau­coup de com­bats restent à men­er, on se réjouit de voir les barrières tomber et la diver­sité apporter enfin un souf­fle nou­veau. C’est pour cela que nous sommes particulièrement fiers d’avoir pu organ­is­er pour ce numéro – et à l’occasion de la prochaine exposition/rétrospective à la Phil­har­monie de Paris, Électro : de Kraftwerk à Daft Punk –, cette ren­con­tre entre Lau­rent Gar­nier, Irène Drésel, The Hack­er, La Fraicheur et Kid­dy Smile, qui traduisent cha­cun d’une manière différente ce fameux rêve électro. Il nous habite également depuis la première fois où l’on a mis les pieds et surtout les oreilles dans une rave, à Mozi­nor, du côté de Mon­treuil, il y a vingt‐ cinq ans et des poussières.

Vous retrou­verez égale­ment dans ce numéro un CD mixé par Djed­jotron­ic, notre enquête sur l’épopée du pop­pers, des inter­views de Folam­ourFoalsHubert Lenoir, Mod­e­se­lek­tor et Cin­e­mat­ic Orches­tra ou encore Malik Djou­di jouant au blind­test. Et bien sûr de nom­breuses chroniques, inter­views, reportages, bons plans et por­traits… En kiosque (ou sur notre bou­tique en ligne) ce ven­dre­di 8 mars ! En atten­dant, vu qu’on est sym­pa, voici le début de notre grand débat avec Irène Drésel, The Hack­er, Kid­dy Smile, Lau­rent Gar­nier et La Fraicheur :

The Hack­er : Au début des années 90, nous avons cru que nous allions chang­er le monde et d’ailleurs c’est un peu ce qui s’est passé. J’étais à la fac en 1992 à 20 ans quand j’ai découvert la tech­no, et comme beau­coup de gens de ma génération j’ai tout plaqué pour me lancer dans cette musique. C’était la révolution. Une utopie. Toute une époque. Je me demande sou­vent si quelqu’un qui découvre la tech­no à 20 ans aujourd’hui ressent la même chose.

Lau­rent Gar­nier : Je ne pense pas. C’est une musique trop vieille, elle a une his­toire, ses codes sont con­nus.

The Hack­er : Cela fait un peu vieux con de le rap­pel­er, mais à l’époque, c’était à la fois une nou­velle musique, une nou­velle manière de faire la fête, les raves… Tout était nou­veau dans les années 90 et c’était à nous. C’était le truc de notre génération et nous étions con­va­in­cus qu’avec la tech­no nous allions chang­er le monde.

La Fraicheur : Aujourd’hui, c’est un univers dont les codes sont con­nus et moins révolutionnaires qu’ils ne l’ont été, mais cela reste quand même un espace de lib­erté face à l’oppression du monde con­tem­po­rain. La tech­no reste un exu­toire.

Irène Drésel : La recherche de plaisir est sans doute ce qui pousse en pre­mier les gens vers la tech­no. Pour ma part, venant des arts plas­tiques, j’ai fait le choix de m’écarter du style par­fois austère de la tech­no, en l’abordant d’une manière plus sen­suelle et colorée. La tech­no vient de la ville, alors que je com­pose en pleine cam­pagne. Je fonc­tionne donc à l’inverse de ses codes tra­di­tion­nels, ce qui n’empêche pas ma musique de pro­jeter un ressen­ti déjà présent chez un cer­tain nom­bre d’artistes du passé. Je me sers du kick pour délimiter un espace et installer une transe. Puis je viens cisailler cette matière pour y gliss­er des mélodies, pass­er de la réalité au rêve, de quelque chose de physique à quelque chose de men­tal.

Kid­dy Smile : Du fait de mon his­toire, con­traire­ment à vous j’ai un rap­port différent au mot “rêve”. Je viens d’un quarti­er de ban­lieue où, par tra­di­tion, on n’écoute que du rap. Quand j’ai découvert la musique électronique, le seul endroit où je pou­vais en pro ter tran­quille­ment c’était dans les clubs, mais mal­heureuse­ment, je n’avais pas accès aux clubs. Je suis noir et croyez‐moi, entr­er dans un club quand vous êtes noir, ce n’est pas sim­ple. Alors, oui, d’une cer­taine manière, la musique électronique était un “rêve” pour moi, entr­er libre­ment dans un club également. Je me sou­viendrais tou­jours de ma première soirée dans un club, c’était au CAB à Palais Roy­al pour une soirée qui mélangeait sonorités hip‐hop et musique électronique, la tran­si­tion idéale pour moi.

… La suite à décou­vrir en kiosque ou sur notre bou­tique en ligne dès ce ven­dre­di 8 mars !

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