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© Toiler Paper pour Tsugi
7 juin 2019

Tsugi 123, avec Cassius en couv’ et un CD mixé par Radio Slave en cadeau, en kiosque ce 8 juin !

par Clémence Meunier

On a toujours aimé Cassius. Depuis longtemps. Et pas seulement pour leur musique. Nouvelle confirmation lorsque nous les avons interviewés pour ce numéro. Parce qu’évidemment, on est sûr de se marrer quand on rencontre le duo Zdar et Boom Bass. À mille lieues de ces artistes qui déroulent, peinards et flemmards, l’habituel discours promotionnel, les deux amis n’hésitent pas à se livrer en toute liberté pour jeter un regard très lucide sur leurs 20 ans de carrière avec, certes, des hauts (les hits « Cassius 1999 », « I <3 U So » ou « Toop Toop »), mais aussi des disques construits comme des superproductions (Au Rêve, Ibifornia), qui ont peiné à trouver un public qui attendait avant tout de Cassius de la matière « house » pour s’agiter sur le dancefloor. Dreems, leur nouvel album plus spontané et intime, remplit largement cette mission, mais le duo n’a pas pour autant mis aux oubliettes cette vibration pop qui est sa marque de fabrique depuis ses débuts. Il la déploie aujourd’hui de manière inédite dans une euphorique simplicité, sans la noyer sous des couches d’arrangements et d’effets sonores. Comme quoi, à 50 ans passés, il est toujours possible de se remettre en question. C’est bien aussi le parcours suivi par Ellen Allien, une autre jeune quinqua qui, après avoir été « bouse du mois » il y a quelques années dans nos pages avec le très ennuyeux Nost, retrouve une belle pertinence au fil de son passionnant Alientronic. Et si la vie commençait une fois le demi-siècle franchi ? Je ne vais pas prétendre le contraire.

Vous retrouverez également dans ce numéro Cassius une rencontre avec Hot Chip ou le dessinateur culte Philippe Druillet, Molécule nous racontant sa passion pour la peinture, on partira à la découverte des rockeurs de black midi (sans majuscules mais avec beaucoup de guitares !), un émouvant récit autour du festival en attendant la dixième (et dernière) édition de Baleapop, les boss du label Pain Surprises passant l’épreuve du blindtest, une interview à coeur ouvert de Kate Tempest, une table ronde autour de la nouvelle garde électronique invitée à The Peacock Society (Emma DJ, Toma Kami, Jardin et Oktober Lieber) ou encore une histoire du maloya, cette musique traditionnelle réunionnaise jouissant aujourd’hui d’un renouveau electro. Et puis bien sûr votre lot habituel de chroniques, reports de concerts, bons plans et autres albums oubliés, sans omettre un impeccable CD mixé par Radio Slave. Le tout à retrouver en kiosque ce samedi 8 juin ou sur notre boutique en ligne ! Mais en attendant, comme on est sympas, on vous partage le début de l’interview de Cassius par Patrice Bardot… Enfin plutôt par Zdar et Boom Bass eux-mêmes : 

Trois ans après la richesse gargantuesque d’Ibifornia, le duo Zdar-Boom Bass renoue sur le rafraîchissant Dreems avec une forme jouissive de simplicité et d’efficacité qu’il n’avait plus connue depuis ses débuts il y a 20 ans. Still rockin’. Enfin, still housin’ plutôt.

Lâcher prise. Pas forcément le plus facile à réaliser lorsque l’on s’attache à la production d’un album. Surtout lorsque l’on s’appelle Philippe Cerboneschi, alias Zdar, et Hubert Blanc-Francard, alias Boom Bass. Hormis leur premier essai 1999 (un nom qui correspond bien sûr à la date de sa sortie), les deux Cassius se sont toujours lancés dans des œuvres riches se baladant entre la house, la pop, le reggae ou le funk, à l’allure de puzzles sonores, dont l’assemblage des pièces pouvait prendre jusqu’à dix ans, comme le temps écoulé entre 15 Again (2006) et Ibifornia (2016), reculant ainsi sans cesse le moment de leur sortie. Pourtant quoi de plus important que la temporalité pour un disque? Un album prévu pour l’été n’aura pas du tout la même aura s’il sort en automne ou pire en hiver. Hasard ou pas, pile deux décennies après l’insouciance de 1999, Zdar et Boom Bass, tout juste la cinquantaine, osent enfin avec Dreems lâcher un album dans le bon timing. Que ce disque sorte de manière indépendante, en étant juste en distribution chez une division d’Universal, a allégé aussi l’éternel processus des majors où l’on trouve toujours une (mauvaise) raison pour retarder le lancement d’un disque, surtout lorsqu’il a peu de chance de titiller les sommets “mainstream”, les seuls qui les intéressent. C’est donc deux complices en totale sérénité que l’on retrouve début mai, dans les studios Motorbass, l’antre de Zdar où il a produit récemment les derniers Franz Ferdinand et Hot Chip. Pour coller avec la fraîcheur réjouissante de Dreems, on leur a demandé, et c’est une première dans Tsugi, de se prêter à un petit jeu, où chaque Cassius jouerait chacun son tour à l’interviewer et à l’interviewé, avec des questions que nous leur avions préparées. Mais comme souvent avec eux, le cadre figé déborde librement vers un dialogue où la langue de bois n’est surtout pas de mise.

Boom Bass : L’album s’appelle Dreems, on en avait déjà baptisé un Au Rêve, crois-tu que l’on préfère les rêves à la réalité?

Zdar : Oui, on a toujours rêvé et on continue à le faire. Encore maintenant, on n’arrive pas à être assez calculateur pour se dire “allez, on ne sort plus que des morceaux”. Donc on produit toujours des albums, et on part à Milan pour réaliser une pochette, bien que l’on sache pertinemment que plus personne ne les regarde. Mais on continue à rêver de cela. Et c’est pareil pour les clubs, on continue de rêver de Ron Hardy ou Frankie Knuckles au Warehouse à Chicago…

Zdar : Qu’est-ce qui te rend le plus fier dans Dreems ?

Boom Bass : La manière dont on l’a fait. Avec le temps, on arrive enfin à travailler plus vite.
Zdar : Moi, sans aucun cynisme, ce qui me rend le plus fier dans ce disque, c’est le détachement total dont on fait preuve à son égard.
Boom Bass : Si cela pouvait servir de leçon: une fois qu’un album est fini, mentalement il faut passer à autre chose. Mais on a pris pas mal de baffes pour arriver à ça.
Zdar : Comme disait l’écrivain Samuel Beckett: “Ever tried. Ever failed. No matter. Try again. Fail again. Fail better.” Très honnêtement, depuis 1999, avec Hubert, nous ne vivons que des échecs avec nos albums. Et je crois que notre détachement aujourd’hui vient de là.

… La suite à découvrir en kiosque ou sur notre boutique en ligne

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