© Toiler Paper pour Tsugi

Tsugi 123, avec Cassius en couv’ et un CD mixé par Radio Slave en cadeau, en kiosque ce 8 juin !

On a tou­jours aimé Cas­sius. Depuis longtemps. Et pas seule­ment pour leur musique. Nou­velle con­fir­ma­tion lorsque nous les avons inter­viewés pour ce numéro. Parce qu’évidemment, on est sûr de se mar­rer quand on ren­con­tre le duo Zdar et Boom Bass. À mille lieues de ces artistes qui déroulent, peinards et flem­mards, l’habituel dis­cours pro­mo­tion­nel, les deux amis n’hésitent pas à se livr­er en toute lib­erté pour jeter un regard très lucide sur leurs 20 ans de car­rière avec, certes, des hauts (les hits “Cas­sius 1999”, “I <3 U So” ou “Toop Toop”), mais aus­si des dis­ques con­stru­its comme des super­pro­duc­tions (Au Rêve, Ibi­for­nia), qui ont peiné à trou­ver un pub­lic qui attendait avant tout de Cas­sius de la matière “house” pour s’agiter sur le dance­floor. Dreems, leur nou­v­el album plus spon­tané et intime, rem­plit large­ment cette mis­sion, mais le duo n’a pas pour autant mis aux oubli­ettes cette vibra­tion pop qui est sa mar­que de fab­rique depuis ses débuts. Il la déploie aujourd’hui de manière inédite dans une euphorique sim­plic­ité, sans la noy­er sous des couch­es d’arrangements et d’effets sonores. Comme quoi, à 50 ans passés, il est tou­jours pos­si­ble de se remet­tre en ques­tion. C’est bien aus­si le par­cours suivi par Ellen Allien, une autre jeune quin­qua qui, après avoir été “bouse du mois” il y a quelques années dans nos pages avec le très ennuyeux Nost, retrou­ve une belle per­ti­nence au fil de son pas­sion­nant Alien­tron­ic. Et si la vie com­mençait une fois le demi-siècle franchi ? Je ne vais pas pré­ten­dre le con­traire.

Vous retrou­verez égale­ment dans ce numéro Cas­sius une ren­con­tre avec Hot Chip ou le dessi­na­teur culte Philippe Druil­let, Molécule nous racon­tant sa pas­sion pour la pein­ture, on par­ti­ra à la décou­verte des rockeurs de black midi (sans majus­cules mais avec beau­coup de gui­tares !), un émou­vant réc­it autour du fes­ti­val en atten­dant la dix­ième (et dernière) édi­tion de Baleapop, les boss du label Pain Sur­pris­es pas­sant l’épreuve du blind­test, une inter­view à coeur ouvert de Kate Tem­pest, une table ronde autour de la nou­velle garde élec­tron­ique invitée à The Pea­cock Soci­ety (Emma DJ, Toma Kami, Jardin et Okto­ber Lieber) ou encore une his­toire du mal­oya, cette musique tra­di­tion­nelle réu­nion­naise jouis­sant aujour­d’hui d’un renou­veau elec­tro. Et puis bien sûr votre lot habituel de chroniques, reports de con­certs, bons plans et autres albums oubliés, sans omet­tre un impec­ca­ble CD mixé par Radio Slave. Le tout à retrou­ver en kiosque ce same­di 8 juin ou sur notre bou­tique en ligne ! Mais en atten­dant, comme on est sym­pas, on vous partage le début de l’in­ter­view de Cas­sius par Patrice Bar­dot… Enfin plutôt par Zdar et Boom Bass eux-mêmes : 

Trois ans après la richesse gar­gantuesque d’Ibi­for­nia, le duo Zdar-Boom Bass renoue sur le rafraîchissant Dreems avec une forme jouis­sive de sim­plic­ité et d’efficacité qu’il n’avait plus con­nue depuis ses débuts il y a 20 ans. Still rockin’. Enfin, still housin’ plutôt.

Lâch­er prise. Pas for­cé­ment le plus facile à réalis­er lorsque l’on s’attache à la pro­duc­tion d’un album. Surtout lorsque l’on s’appelle Philippe Cer­boneschi, alias Zdar, et Hubert Blanc-Francard, alias Boom Bass. Hormis leur pre­mier essai 1999 (un nom qui cor­re­spond bien sûr à la date de sa sor­tie), les deux Cas­sius se sont tou­jours lancés dans des œuvres rich­es se bal­adant entre la house, la pop, le reg­gae ou le funk, à l’allure de puz­zles sonores, dont l’assemblage des pièces pou­vait pren­dre jusqu’à dix ans, comme le temps écoulé entre 15 Again (2006) et Ibi­for­nia (2016), rec­u­lant ain­si sans cesse le moment de leur sor­tie. Pour­tant quoi de plus impor­tant que la tem­po­ral­ité pour un disque? Un album prévu pour l’été n’aura pas du tout la même aura s’il sort en automne ou pire en hiv­er. Hasard ou pas, pile deux décen­nies après l’insouciance de 1999, Zdar et Boom Bass, tout juste la cinquan­taine, osent enfin avec Dreems lâch­er un album dans le bon tim­ing. Que ce disque sorte de manière indépen­dante, en étant juste en dis­tri­b­u­tion chez une divi­sion d’Universal, a allégé aus­si l’éternel proces­sus des majors où l’on trou­ve tou­jours une (mau­vaise) rai­son pour retarder le lance­ment d’un disque, surtout lorsqu’il a peu de chance de tit­iller les som­mets “main­stream”, les seuls qui les intéressent. C’est donc deux com­plices en totale sérénité que l’on retrou­ve début mai, dans les stu­dios Motor­bass, l’antre de Zdar où il a pro­duit récem­ment les derniers Franz Fer­di­nand et Hot Chip. Pour coller avec la fraîcheur réjouis­sante de Dreems, on leur a demandé, et c’est une pre­mière dans Tsu­gi, de se prêter à un petit jeu, où chaque Cas­sius jouerait cha­cun son tour à l’interviewer et à l’interviewé, avec des ques­tions que nous leur avions pré­parées. Mais comme sou­vent avec eux, le cadre figé débor­de libre­ment vers un dia­logue où la langue de bois n’est surtout pas de mise.

Boom Bass : L’album s’appelle Dreems, on en avait déjà bap­tisé un Au Rêve, crois-tu que l’on préfère les rêves à la réal­ité?

Zdar : Oui, on a tou­jours rêvé et on con­tin­ue à le faire. Encore main­tenant, on n’arrive pas à être assez cal­cu­la­teur pour se dire “allez, on ne sort plus que des morceaux”. Donc on pro­duit tou­jours des albums, et on part à Milan pour réalis­er une pochette, bien que l’on sache per­tinem­ment que plus per­son­ne ne les regarde. Mais on con­tin­ue à rêver de cela. Et c’est pareil pour les clubs, on con­tin­ue de rêver de Ron Hardy ou Frankie Knuck­les au Ware­house à Chica­go…

Zdar : Qu’est-ce qui te rend le plus fier dans Dreems ?

Boom Bass : La manière dont on l’a fait. Avec le temps, on arrive enfin à tra­vailler plus vite.
Zdar : Moi, sans aucun cynisme, ce qui me rend le plus fier dans ce disque, c’est le détache­ment total dont on fait preuve à son égard.
Boom Bass : Si cela pou­vait servir de leçon: une fois qu’un album est fini, men­tale­ment il faut pass­er à autre chose. Mais on a pris pas mal de baffes pour arriv­er à ça.
Zdar : Comme dis­ait l’écrivain Samuel Beck­ett: “Ever tried. Ever failed. No mat­ter. Try again. Fail again. Fail bet­ter.” Très hon­nête­ment, depuis 1999, avec Hubert, nous ne vivons que des échecs avec nos albums. Et je crois que notre détache­ment aujourd’hui vient de là.

… La suite à décou­vrir en kiosque ou sur notre bou­tique en ligne

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