Tsugi 127, avec DJ Shadow en couverture, disponible en kiosque à partir du 5 novembre !

On racon­te sou­vent que dans les années 90, les Chem­i­cal Broth­ers ou Under­world ont fait aimer la tech­no à des dingues de rock. On peut aus­si affirmer que DJ Shad­ow a per­mis l’ouverture vers le hip-hop d’un bon nom­bre de fans des musiques élec­tron­iques, au départ réfrac­taires à un genre qui, rappelons-le, est pour­tant né à la même source dans les années 80. En met­tant le Cal­i­fornien sur notre une à l’occasion d’un dou­ble album fleuve, témoignage vir­u­lent con­tre l’Amérique de Trump (le “mon­stre” comme il l’appelle), il nous est aus­si revenu à la mémoire toute une époque. Celle des débuts de Shad­ow sur le label anglais Mo’Wax au milieu des années 90, avec ces pépites inou­bli­ables “What Does Your Soul Look Like” ou “Lost And Found” et bien sûr son pre­mier album Endtro­duc­ing, où l’on se pre­nait de plein fou­et ce drôle de hip-hop instru­men­tal entière­ment basé sur des sam­ples, et qui tenait large­ment la route sans rappeur. Mais l’Américain n’a pas été seul à suiv­re le même par­cours, et c’était impor­tant aus­si de citer dans ce numéro le français DJ Cam ou le Japon­ais DJ Krush, qui ont large­ment apporté une touche essen­tielle à ce fameux abstract hip-hop. Mais ce Tsu­gi est égale­ment mar­qué par des anniver­saires : il y a tout juste 30 ans, le mur de Berlin tombait et on vous racon­te l’influence de cet événe­ment sur la nais­sance de la scène tech­no berli­noise. Au fil de ces pages, on souf­fle aus­si les bou­gies des 20 ans du fameux Sur­ren­der des Chem­i­cal Broth­ers (encore eux !), l’album de leur con­sécra­tion. Une manière de se sou­venir de notre his­toire pas si loin­taine, et surtout sans tomber pour autant dans la nos­tal­gie un peu moisie. C’est d’ailleurs le même chem­ine­ment qu’a suivi French 79, dont nous élevons le mag­nifique Joshua au rang envié d’album du mois. Clap, clap, clap. Au début du proces­sus de créa­tion, Simon Hen­ner (son vrai nom) est tombé sur de vieilles VHS de films des années 80/90, dans lesquelles il a puisé une par­tie de son inspi­ra­tion pour en tir­er un man­i­feste élec­tron­ique non pas rétro, mais rétro­fu­tur­iste. Un peu à l’image de Tsu­gi quoi.

Vous retrou­vez égale­ment dans ce numéro des ren­con­tres avec Sebas­t­iAn, Michael Kiwanu­ka, Boris Bun­nik, on par­ti­ra en Géorgie pour décou­vrir ce nou­v­el El-Dorado tech­no, on retrou­vera la Dj house Mari­na Trench en plein blind-test, Dim­itri Vallein nous par­lera des orig­ines sa chaine Youtube Peo­ple Of. Un numéro qui com­portera évidem­ment votre lot de chroniques, tests de casques et autres bons plans sor­tie, ain­si qu’un petit cours de surf par Jean Tonique — l’autre pas­sion du pro­duc­teur français. Rendez-vous en kiosque ou sur notre bou­tique en ligne à par­tir du mar­di 5 novem­bre ! Mais comme on est trop sym­pas, on vous offre déjà le début de l’interview de l’in­ter­view de Dj Shad­ow par Vin­cent Brun­ner :

À 47 ans, le Cal­i­fornien DJ Shad­ow réalise un fan­tasme, sor­tir un dou­ble album exposant ses deux vis­ages, avec d’un côté le pro­duc­teur hip-hop, de l’autre celui qui fait pleur­er les sam­ples. Ren­con­tre avec un artiste qui perd ses illu­sions dans l’humanité, mais garde foi en la musique.

Si la pro­mo­tion n’était pas un impératif, sans doute qu’il préfér­erait rester chez lui, entre sa famille et son stu­dio. B‑boy intro­ver­ti, Josh Davis alias DJ Shad­ow ne fait pas par­ler de lui par ses frasques. La vie du fon­da­teur de ce que l’on a appelé l’abstract hip-hop se con­fond avec une discogra­phie qui se balade entre hip-hop et expéri­men­ta­tion, instru­men­taux mélan­col­iques et trap music. Pour autant, il n’y a pas besoin de lui tir­er beau­coup les vers du nez pour com­pren­dre qu’il est préoc­cupé. L’état du monde, les USA dans la dérive à cause du prési­dent qu’il appelle le Mon­stre, les réseaux soci­aux qui l’inquiètent… Ren­con­tre avec un homme qui, quand il se livre, ne mâche pas non plus ses mots.

D’où vient cette envie de con­cevoir, en 2019, un dou­ble album ?

Quelqu’un de mon équipe l’a sug­géré. C’est comme si on m’avait lancé un défi…j’ai relevé le gant ! Je suis le genre de per­son­ne qui a besoin de buts à attein­dre. Il a fal­lu atten­dre le mois de févri­er de cette année pour que je sois cer­tain d’avoir assez de matériel. Trois chan­sons me posaient prob­lème – Nas n’avait pas encore posé sa voix sur “Drone War­fare” par exem­ple.

Tu réfléchis tou­jours en amont de tes albums ?

Pour celui-ci, je voulais par­venir à écrire des mélodies plus sophis­tiquées et rich­es… et donc pas seule­ment en bal­adant un seul doigt sur le clavier. Pour quelqu’un comme moi qui n’est jamais allé dans une école de musique, ça revient à essay­er dif­férentes com­bi­naisons, les enreg­istr­er, écouter, tri­er.

Tu as com­mencé la musique grâce au sam­pling, mais, depuis, tu as éten­du ton champ des pos­si­bles.

J’aime à penser que ce que j’amène de neuf ne rem­place jamais rien, mais vient en com­plé­ment. Imag­ine que je tra­vaille sur un chantier de con­struc­tion. Avant, j’avais seule­ment deux marteaux à ma cein­ture, main­tenant j’en porte cinq. Le sam­pling représente un pre­mier out­il, enreg­istr­er de l’instrumentation live ou des syn­thé­tiseurs vin­tage un deux­ième et un troisième, etc. Tu peux aus­si pren­dre des sons préen­reg­istrés et les déformer en les faisant tra­vers­er du matos analogique. Jack Dan­gers (de Meat Beat Man­i­festo, ndr) habite à 800 m de chez moi et il a une col­lec­tion incroy­able de syn­thés. Il faut une blouse blanche pour savoir les manip­uler ! Jack a fait pass­er mes sam­ples à tra­vers leurs cir­cuits, ça a don­né des bruits étranges que tu ne peux pas obtenir avec un ordi.

…La suite à retrou­ver en kiosque le mar­di 5 novem­bre ou sur notre bou­tique en ligne !

 

(Vis­ité 558 fois)