©Theo McInnes

Tsugi 128 : Rencontre exclusive à Londres avec Caribou

par Tsugi

On avait con­nu Cari­bou en implaca­ble archi­tecte sonique. Il con­firme avec Sud­den­ly ce qu’il lais­sait entr’apercevoir sur Our Love il y a cinq ans : le Cana­di­en est aujourd’hui égale­ment un song­writer intimiste et rare, en cav­ale. Un peu hébété par la lumière du jour, il est sor­ti de sa cave-studio lon­doni­enne pour par­ler de maths, de silence, de pianos qui ont le mal de mer et d’ours.

Le Cana­di­en, con­nu sous le nom de Daniel Vic­tor Snaith pour l’état civ­il, a affec­tive­ment désor­mais besoin de regards extérieurs pour trou­ver un sens à un chantier de cinq ans, où il a fal­lu fil­tr­er, adapter un mil­li­er de bouts de chan­sons en un album. Et mir­a­cle : sous ses allures de best-of de toutes les facettes de Cari­bou – des plages ambi­ent à la tech­no de bom­barde­ment –, sous ses faux airs de DJset ou de mix­tape, Sud­den­ly impres­sionne par la cohérence de ses humeurs et couleurs. Une unité qui tient beau­coup aux pianos tor­turés, au chant exalté du Cana­di­en, désor­mais omniprésent, mais surtout à une écri­t­ure très per­son­nelle de textes cathar­tiques peu fréquents dans les musiques élec­tron­iques. Ce proces­sus d’humanisation, d’ouverture au monde, Cari­bou l’avait entamé en 2014 avec son album Our Love. Il le pro­longe avec Sud­den­ly, disque radieux et sen­si­ble, où un coeur humain bat au coeur des machines, comme chez ses héros Daft Punk, Bri­an Eno ou Kraftwerk. Car même s’il con­tin­ue de tra­vailler inlass­able­ment dans sa cave du nord de Lon­dres, bunker sans joie, sans déco­ra­tion, sans fenêtre, Dan Snaith n’y passe plus sa vie. En haut, des enfants jouent, une famille l’attend. Le change­ment est rad­i­cal : Dan Snaith est sor­ti de sa cave, sor­ti de sa tête.

Tu te sou­viens de la pre­mière fois où tu as con­sciem­ment écouté de la musique ?

Oui, très bien, je me revois face à la radio famil­iale en train d’écouter religieuse­ment le Top 40. C’est la pre­mière fois où j’ai enten­du autre chose que les albums folk de mes par­ents. J’ai alors com­mencé à jouer sur une bat­terie bricolée. J’avais cinq ans. Depuis cet âge, je suis obsédé par le son, la musique. J’ai alors com­mencé à pren­dre des cours de piano avec ma grande soeur, une fille très hip, qui est mal­heureuse­ment par­tie à l’université au bout de quelques années. Là, ma mère a repris mon appren­tis­sage du piano, mais ce n’était plus pareil. C’était ma mère, c’était moins cool ! J’ai alors un peu délais­sé ma musique pour en écouter sans répit, sur mon Walk­man. Je me fai­sais des com­pi­la­tions en piratant la radio, en copi­ant de cas­sette à cas­sette… Mes par­ents sont très musi­caux, ce sont des expa­triés anglais en Ontario, mon père jouait du folk anglais au vio­lon et à la gui­tare clas­sique, nous avions même un orchestre famil­ial, où je jouais des mara­cas. Selon ma mère, le rythme a tou­jours été ma pas­sion.

Caribou

Crédit pho­to : Theo McInnes

Tu as totale­ment aban­don­né le piano alors ?

De six à treize ans, j’ai totale­ment décroché. Mais là, je suis tombé sur un prof qui ne me forçait pas à jouer du clas­sique, mais de la pop, voire du rock pro­gres­sif, comme Yes ou Pink Floyd… Car il avait une col­lec­tion de syn­thés ! Je me suis alors dit que j’avais trou­vé ma voie, mon son… J’ai demandé à mes par­ents, et j’ai tenu à ce qu’ils respectent le deal, de ne pas m’acheter le moin­dre cadeau de Noël ou d’anniversaire pen­dant cinq ans pour cou­vrir l’achat de mon pre­mier syn­thé. Il coû­tait $2 000… Ils ont vu à quel point ça comp­tait pour moi et ont accep­té. J’ai alors com­mencé à m’enregistrer obses­sive­ment, sur un petit mag­né­to­phone qua­tre pistes à cas­settes. J’habitais en rase cam­pagne, je n’avais rien d’autre à faire. Et puis un jour, je suis tombé sur le sin­gle “Pump Up The Vol­ume” de M|A|R|R|S. Je n’y com­pre­nais rien, mais j’ai immé­di­ate­ment su que c’était ce je voulais faire. Un copain qui reve­nait de Lon­dres m’a alors passé une cas­sette qui m’a lit­térale­ment explosé la tête : dessus, il y avait Aphex Twin et le pre­mier sin­gle des Chem­i­cal Broth­ers. Je n’avais aucun back­ground, aucune cul­ture de cette musique : ça a été une révéla­tion. Moi qui pen­sais qu’il fal­lait religieuse­ment étudi­er un instru­ment pour jouer de la musique, je décou­vrais des gens qui enreg­is­traient des albums en n’étant pas musi­ciens ! C’est là que je me suis ren­du compte de l’importance de la pro­duc­tion. Ils ne voulaient pas être Mozart, mais créer leur pro­pre bruit. Ce copain, Koushik (auteur d’un album sur Stones Throw, ndr), a été fon­da­men­tal dans ma vie, dans ma recherche de nou­veaux sons. Comme il n’existait qu’un dis­quaire ringard dans notre petite ville, j’ai com­mencé à acheter des dis­ques sur les bro­cantes, pour y dénich­er des idées, des arrange­ments…

Depuis, tu es en quête ?

…La suite de l’in­ter­view de JD Beau­val­let avec Cari­bou à retrou­ver en kiosque le same­di 7 décem­bre ou sur notre bou­tique en ligne !

Caribou TheoMcInnes

Crédit pho­to : Theo McInnes

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