©Flavien Prioreau

Un album, un livre, un film : les inspirations du génial Chassol

Chas­sol s’amuse. Se référant tou­jours à son ultra­score, méth­ode de com­po­si­tion se bas­ant sur l’harmonisation des sons du quo­ti­di­en et leur syn­chro­ni­sa­tion avec l’image, il livre un nou­v­el objet artis­tique avec Ludi. À la fois film, album et objet de réflex­ion sur l’activité du jeu, on a surtout affaire ici à une musique tout à fait acces­si­ble, faisant le pont entre expéri­men­ta­tion et pop, dans la lignée de ses artistes favoris.

Arti­cle issu du Tsu­gi 131, tou­jours disponible à la com­mande en ligne.

  • Son disque
    Don Sebesky, Giant Box (CTI

C’est du third stream (genre qui mélange musique savante et jazz, ndr), un genre que je trou­ve ultime. On y trou­ve des stars du jazz comme Bil­ly Cob­ham, John McLaugh­lin, Fred­die Hub­bard, et un orchestre sym­phonique en plus. Ils repren­nent en même temps l’Oiseau de feu de Stravin­sky et Birds Of Fire de Mahav­ish­nu Orches­tra (com­posé par McLaugh­lin, ndr), en mélangeant les thèmes. J’adore Sebesky, j’ai étudié l’arrangement avec son livre de 1975, The Con­tem­po­rary Arranger. Il a arrangé beau­coup de dis­ques pour le label CTI, un super label de jazz des années 70, avec des albums iconiques de Fred­die Hub­bard ou Hubert Laws.

Hermann Hesse, Le Jeu des perles de verre

 

  • Son livre
    Her­mann Hesse, Le Jeu des per­les de verre

J’ai l’impression que c’est un livre qui a été écrit pour moi. C’est la biogra­phie fic­tive d’un mec qui, tout petit, a une révéla­tion par la musique en jouant des fugues, et qui arrive à lier le monde des esprits et le monde rationnel grâce à la musique. C’est le genre de bouquin qui te ren­verse, et une des références prin­ci­pales pour Ludi.

 

  • Son film
    Ser­gio Leone, Le Bon, la brute et le truand

Pour la musique de Mor­ri­cone, pour la syn­chro, pour les per­son­nages, pour l’attitude de Clint East­wood, pour la beauté plas­tique du film. Je ne crois pas avoir aimé un seul film dont la musique n’était pas bonne.

 

  • Sa dernière œuvre
    Ludi
    (Tri­ca­tel)

Après Big Sun (2015), je cher­chais ce que je voulais faire ensuite. Et je me suis dit que j’allais tra­vailler sur le jeu, parce que c’est un thème où il y a énor­mé­ment de choses à filmer, qui sont hyper bien à voir comme à enten­dre. Donc je me suis mis à boss­er dessus en 2016, j’ai lu des soci­o­logues, et j’ai relu Le Jeu des per­les de verre d’Hermann Hesse. Ce roman d’anticipation qui me boule­verse, qui con­tient un jeu imag­i­naire. J’ai voulu en fig­ur­er une par­tie en musique, en album et en film. Je suis allé filmer pas mal de sit­u­a­tions de jeu, une cour d’école durant la récréa­tion, une par­tie de bas­ket, les jeux d’arcade et les mon­tagnes russ­es à Tokyo, et j’ai filmé un cadavre exquis avec des amis chanteurs. Pour me pré­par­er, en guise d’entraînement, j’ai mélod­i­fié tous les Jeux olympiques de Tokyo et Mex­i­co. Et après avoir filmé, il fal­lait trou­ver des grilles d’accords pour reli­er tout ça. Donc à par­tir des séquences, j’ai fait un tra­vail de cou­ture: répéter les images, les super­pos­er, les étir­er, don­ner une cohérence au tout, et aboutir à un album et un live.

Arti­cle issu du Tsu­gi 131, tou­jours disponible à la com­mande en ligne.

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