©Cha Gonzalez

Fermeture de Dehors Brut : retour sur 9 ans de règne de Surprize

Une triste nou­velle est tombée hier, l’a­gence Sur­prize est en liq­ui­da­tion judi­ci­aire. De sur­croît, cela sonne la fer­me­ture du club Dehors Brut et la fin du Weath­er Fes­ti­val. Retour sur cer­tains des grands moments de l’un des crew les plus influ­ents de la vie noc­turne parisienne.

La pre­mière Sur­prize Par­ty et les soirées itinérantes Twist­ed, puis celles à Con­crete, Dehors Brut, les ponctuelles Hors-Série ou le Weath­er Fes­ti­val auront eu un impact énorme sur le milieu de la fête à Paris. Dans le même temps, leurs respon­s­ables (Brice Coud­ert, Aurélien Dubois, Adrien Betra, Pete Vin­cent, Renaud Gay, Tejjy Gau­thi­er) ont per­mis de faire venir à Paris des artistes qu’on ne voy­ait à l’époque qua­si­ment jamais, dont Motor City Drum Ensem­ble, Robert Hood, Nina Krav­iz ou Rød­håd, et même fédér­er autour du label Con­crete Music une scène tech­no et house française solide avec Antigone, Ben Vedren, Sweely ou Leo Pol. En 2011, Con­crete avait souf­flé un vent d’e­spoir par­mi le pub­lic élec­tron­ique parisien, mar­quant le retour en grâce de la tech­no et per­me­t­tant de remet­tre Paris sur la carte de la scène élec­tron­ique mon­di­ale, stop­pant la jalousie du pub­lic français pour les fêtes berli­nois­es. Retour en cinq étapes sur l’un des crew les plus inno­vants, débrouil­lards et influ­ents de la vie noc­turne parisienne.

Le crew Con­crete cir­ca 2016. De gauche à droite : Jonathan Malaisé, Brice Coud­ert, Aurélien Dubois, Pete Vin­cent et Reno Gay. Crédit : Math­ieu Zaz­zo pour Tsugi

2011 et les débuts de Surprize

La pre­mière teuf qu’on a faite, c’était à la Machine du Moulin Rouge. On avait vu grand avec Aurélien”, racon­tait Adrien Berta dans un précé­dent entre­tien pour Tsu­gi. Cette pre­mière Sur­prize Par­ty s’est déroulée le 12 mars 2011. À la pro­gram­ma­tion : South Cen­tral, Detroit Grand Pub­ahs, D.S.L ou encore Only For The Kids. SURPR!ZE prend d’as­saut la machine du moulin rouge pour la pre­mière soirée d’une longue série”, pouvait-on lire alors sur un post Face­book de l’agence.

Quand on a com­mencé avec Aurélien, on n’avait même pas de quoi se pay­er un bureau.”

Dans Tsu­gi, Adrien Betra se remé­more les débuts de l’a­gence : “Je me sou­viens du chemin de croix quand il a fal­lu mon­ter Sur­prize. J’ai dû galér­er trois semaines pour dépos­er les statuts. J’étais plutôt fier de mon résul­tat, mais quelque temps plus tard on a eu la chance d’avoir un vrai compt­able qui a dû tout repren­dre. Là j’ai com­pris de l’intérêt d’avoir un bon compt­able. Quand on a com­mencé avec Aurélien, on n’avait même pas de quoi se pay­er un bureau. Un ami nous a prêté son appart à Abbess­es. On arrivait le matin quand il par­tait tra­vailler, on amé­nageait notre bureau dans le salon avec qua­tre tréteaux, deux planch­es. Le soir on rangeait tout avant qu’il ren­tre du taf. La pre­mière teuf qu’on a faite, c’était à la Machine du Moulin Rouge. On avait vu grand avec Aurélien (propulseur de cotil­lons, sculp­teur de bal­lon, décors, 10 DJs…). On avait créé des t‑shirts pour des filles genre ‘les Sur­prizettes’ avec mar­qué dessus ‘Sur­prize’ devant et der­rière. Ce n’était peut-être pas du meilleur goût, heureuse­ment elles les ont enfilés telle­ment rapi­de­ment qu’elles n’ont pas dû lire la phrase inscrite au dos.”

Concrete, phare de la nuit parisienne

Un jour que je sor­tais de la Sun­day sur le quai de la Rapée dans le 12e, je suis tombé sur la barge de Con­crete, flam­bant neuve”, révélait Brice Coud­ert dans un entre­tien pour i‑D. Après des négo­ci­a­tions avec les pro­prié­taires du lieu, la fête pou­vait s’or­gan­is­er. “La pre­mière sur le bateau c’é­tait avec Matt John, San Prop­er, Dario Zenker, Grego G… Ça a été un énorme suc­cès”. Et c’est ce suc­cès qui les encour­agea à con­tin­uer sur la péniche, met­tant ain­si de côté les soirées Twst­ed (qui les précé­daient) cen­sées être itinérantes : en 2011 tou­jours, Con­crete était né. Après quelques soirées au port de la Rapée, la péniche se trans­for­ma offi­cielle­ment en club et Sur­prize déci­da d’y jeter l’an­cre. Par sa direc­tion artis­tique claire et sans con­ces­sion, Con­crete est rapi­de­ment devenu un phare de la nou­velle scène tech­no et house de l’époque, faisant de Paris un pas­sage obligé pour tous les clubbeurs européens.

Le Weather Festival, monstre électronique

En 2013, l’a­gence Sur­prize était allée encore plus loin en créant son pro­pre fes­ti­val de musique élec­tron­ique. Le Weath­er Fes­ti­val se tenait chaque année dans la cap­i­tale française. Le pre­mier avait eu lieu au Palais des Con­grès à Mon­treuil où près de 16 000 per­son­nes s’é­taient retrou­vées. Selon Brice Coud­ert, DA de Sur­prize, c’est la seule édi­tion qui leur a per­mis de génér­er des béné­fices financiers. Voy­ant les choses plus grandes encore, la deux­ième édi­tion s’é­tait tenue sur trois lieux, l’île Seguin, le Bour­get et l’In­sti­tut du Monde Arabe. Une édi­tion hiver­nale s’é­tait même lancée dès la deux­ième année. Après une troisième et mon­strueuse édi­tion au bois de Vin­cennes (sur l’actuel emplace­ment du We Love Green), le fes­ti­val fait une pause de trois ans, surtout pour des raisons économiques mais pas que, avant de finale­ment revenir en 2019 avec une pro­gram­ma­tion moins costaud mais tout en finesse. Octo Octa b2b Eris Drew, Djrum, Daniel Avery ou l’im­pres­sion­nant live de Lanark Arte­fax avaient ren­ver­sé la Seine Musicale.

Concrete : touché-coulé

Après huit années d’al­lé­gresse sur le club flot­tant, le couperet tombe : Sur­prize se fait expulser le 22 juil­let 2019 (après une fête his­torique de 50 heures avec 50 artistes) par la société pro­prié­taire de la péniche, la com­pag­nie des Bateaux de Paris et d’Ile-de-France. Pour l’équipe, c’est l’in­com­préhen­sion, et mal­gré une péti­tion de plus de 21 500 sig­na­tures et une propo­si­tion de rachat du bateau par la Mairie de Paris, Con­crete est prié de décam­per (telles sont les lois du secteur privé). On par­lera de “rela­tions com­pliquées” entre Sur­prize et le pro­prié­taire de l’embarcation. Le club aura vu défil­er tous les plus grands noms de la musique électronique.

Le haut-le-cœur Dehors Brut

Heureuse­ment, l’équipe de feu Con­crete s’est vite relevée. Il y a presque un an, le 27 juil­let dernier, Dehors Brut ouvrait ses portes. Le “Grand Open­ing” avait été orchestré par les DJs G’Boï & Jean Mi, Leo Pol, Park Hye Jin et Saoirse sur le grand ter­rain en plein air de 5000 m² dans le 12e arrondisse­ment de Paris (pas très loin de l’an­ci­enne péniche). Mal­gré le change­ment de décor, l’am­biance y était la même qu’à Con­crete mais avec plus d’e­space, le club s’é­ta­lant sur un ter­rain appar­tenant à SNCF Immo­bili­er. À l’o­rig­ine, Dehors Brut ne devait être qu’un lieu éphémère de trois mois, mais il aura finale­ment con­quis le cœur des Parisiens même en hiv­er, en se parant d’une bâche et de chauffages, jusqu’aux pre­mières mesures san­i­taires liées au Covid-19 où le club fut con­traint de fer­mer. Nous étions loin de nous douter que le club ne rou­vri­rait mal­heureuse­ment jamais ses portes.

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